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Xinyi Cheng, Monroe, 2020
60 x 45 cm • Collection privée • © Aurélien Mole
Sa bouille, c’est vrai, est irrésistible. Étendu sur un tapis (ou une moquette, difficile à dire) bleu, moucheté de rouge, Monroe a des allures d’odalisque… à poils ! Le petit chien nous observe fixement à côté d’un os décidément trop gros pour lui. La scène, d’une banalité confondante – et pourtant singulièrement étrange – est dépeinte par la jeune peintre Xinyi Cheng (née en 1989 à Wuhan et installée à Paris), qui ce printemps s’empare de la fondation Lafayette Anticipations, le temps d’une exposition intitulée « Seen Through Others ». Si le public parisien a déjà pu admirer son travail à l’occasion de la saison Anticorps au Palais de Tokyo en 2020 ou lors de l’exposition inaugurale de la Bourse de Commerce l’an passé, elle est encore peu connue du grand public. Et pour cause, il s’agit ici de sa première exposition d’envergure en France.
Xinyi Cheng, Where do the noses go ?, 2021
60 × 73 cm • Courtesy de l’artiste, Antenna Space, Shangaï, et Balice Hertling, Paris / © Aurélien Mole
Maîtresse des atmosphères énigmatiques, elle plonge le visiteur dans un entre-monde où le bizarre côtoie l’insignifiant, qu’elle met en scène méthodiquement. Un jeune homme pendu au téléphone, échoué sur un canapé, un baiser passionné, une coupe de cheveux chez le barbier… Si certaines toiles de l’artiste montrent des instants volés, beaucoup sont au contraire orchestrés lors de séances de pose avec ses modèles – pour la plupart des proches – à qui elle suggère les postures, et parfois même la couleur des vêtements. Xinyi Cheng les photographie ensuite sous tous les angles, créant ainsi, simplement à l’aide de son iPhone, une riche banque d’images qu’elle dessine, puis peint.
Xinyi Cheng peint ses proches comme des personnages étrangers à leur propre existence, prisonniers de rêveries insondables.
Son œuvre sensible délibérément ancrée dans l’intime met en scène l’énigme de l’existence. La figure humaine (ou animale) est, à de rares exceptions près, toujours présente et s’incarne dans des décors dépouillés, dépourvus d’éléments de contexte et de repères visuels. Comme pris en tenaille par l’artiste et ses modèles, le spectateur n’a d’autre choix que de se livrer à un face-à-face avec la toile, disons-le, souvent déroutant. Xinyi Cheng peint ses proches comme des personnages étrangers à leur propre existence et au monde qui les entoure, prisonniers de rêveries insondables. Leur regard vague, voire absent, semble vouloir s’échapper de la toile et suggérer par la même occasion l’existence de vies parallèles, qui se déroberaient à nos yeux. Il n’est d’ailleurs pas rare de lire, dans ces mises en scène silencieuses, des évocations aux compositions figées d’Edward Hopper. La peintre questionne ainsi l’idée de seuil, du moment de bascule entre ce qui fut et ce qui n’est pas encore advenu.
Xinyi Cheng, Landline, 2021
146 × 160 cm • Courtesy de l’artiste et Matthew Marks Gallery, New York / © Aurélien Mole
Au-delà de toute tentation voyeuriste, la peinture de Xinyi Cheng mêle douceur et inquiétude. Des sentiments ambivalents que l’artiste rend palpables grâce à une matière dense et des couleurs profondes dont le rendu, presque mat, fait parfois penser au velours… Dans ses interstices d’intimité, elle redéfinit aussi le regard porté sur la masculinité. À l’heure où l’idée d’un female gaze se fait de plus en plus prégnante, Xinyi Cheng dépeint les hommes dans toute leur vulnérabilité, à la fois physique et sensible, comme pris au piège de leur oisiveté, absorbés par le doute et le néant… Envoûtant !
Xinyi Cheng. Seen through others
Du 23 mars 2022 au 28 mai 2022
www.lafayetteanticipations.com
Lafayette Anticipations • 9 Rue du Plâtre • 75004 Paris
www.lafayetteanticipations.com
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