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Portrait

Clément Cogitore, fabuliste des temps modernes

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Publié le , mis à jour le
En ce moment, il est partout. Dans les salles d’exposition du BAL, à la galerie Eva Hober, au cinéma avec son film Braguino (sorti le 1er novembre) et dans le nouvel accrochage des collections du Centre Pompidou. Portrait d’un jeune artiste fasciné par le sacré et l’insensé.
Clément Cogitore
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Clément Cogitore

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© Johann Bouché-Pillon

Théories du complot, légendes urbaines, phénomènes paranormaux… Pourquoi, en 2017, a-t-on toujours besoin de se raconter des histoires et, plus encore, d’y croire ? Pourquoi la réalité ne nous suffit-elle pas ? Pourquoi continue-t-on de narrer des contes aux enfants, de partager des faits divers terrifiants au coin du feu, de mettre en scène nos vies ? Telles sont les interrogations qui traversent l’œuvre de cet artiste, soutenant qu’il « n’y a pas d’images hors du récit, qu’il est toujours quelque part, même dans un endroit infime ».

Qu’il s’approprie des photos ou vidéos glanées dans les tréfonds d’internet, qu’il en tourne en Italie, dans la taïga sibérienne ou encore dans les grottes de Lascaux, l’artiste teinte toujours de fiction ses images.

Né en 1983 à Colmar, Clément Cogitore se forme à l’École supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg et à l’école du Fresnoy. Trois ans plus tard, il remporte le Prix du Salon de Montrouge, puis entre en résidence à la prestigieuse Villa Médicis à Rome, marquant le début de son ascension dans le monde de l’art. En 2015, récompensé du Prix BAL pour la jeune création, il voit son premier film, Ni le ciel ni la terre, nominé à la fois au Festival de Cannes et aux César. Le prodige rafle tout sur son passage : un an plus tard, il reçoit le Prix Sciences Po pour l’art contemporain et le Prix de la Fondation d’Entreprise Ricard.

Clément Cogitore est avant tout un conteur. Qu’il s’approprie des photos ou vidéos glanées dans les tréfonds d’internet, qu’il en tourne en Italie, dans la taïga sibérienne ou encore dans les grottes de Lascaux, le jeune artiste teinte toujours de fiction ses images, pourtant bien ancrées dans le réel. Avec lui, donc, impossible de délimiter la part de vérité de l’affabulation. C’est notamment le cas de Un Archipel, vidéo primée en 2016 par la Fondation Ricard et qui découle d’un fait divers.

En ce moment même, dans la pénombre de la galerie Eva Hober, l’artiste présente une capture d’écran pixelisée, extraite d’une vidéo réalisée par un amateur sur la place Tahrir, lors de la révolution égyptienne. Une figure fluorescente, prenant la forme d’un cavalier, se détache de la foule indistincte. Manifestation divine ou simple produit du bruit numérique et de l’imaginaire humain? Cette image fera le tour des réseaux sociaux, certains y reconnaissant un chevalier de l’Apocalypse. « Je suis fasciné par la peinture religieuse », nous confie l’artiste.

Clément Cogitore, L’Annonciation
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Clément Cogitore, L’Annonciation, 2012

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Photographie, impression couleur • 120 x 100 cm • Courtesy de l'artiste et de la galerie Eva Hober, Paris

On se souvient alors de L’Annonciation, une photographie en clair-obscur d’une jeune fille éclairée par un smartphone. Clément Cogitore poursuit : « J’essaie de réinjecter l’aura de l’œuvre d’art […], de la fabriquer autrement à l’heure de l’image numérique ». Souvent enveloppés d’une lumière mystique et crépusculaire, les protagonistes et paysages de l’artiste, résurgences de la mémoire collective, glissent dans les territoires du rêve et de la mémoire. Une façon pour l’artiste de questionner le pouvoir à la fois dangereux et merveilleux des images : leur capacité à nous hypnotiser, nous transporter, mais aussi à nous manipuler.

« Je pars de l’infiniment petit pour aller vers l’infiniment grand. »

En 2011, c’est à la lueur vacillante des bougies que Clément Cogitore filme Ely et Nina Bielutine, un couple de collectionneurs moscovites qui perd complètement la tête, vivant avec un corbeau en liberté, dans un bric-à-brac de tableaux et d’objets poussiéreux. L’artiste a toujours le chic pour trouver des pépites, des embryons d’histoires, fenêtres potentielles sur des mondes fictionnels. « Je pars de l’infiniment petit pour aller vers l’infiniment grand », explique-t-il. Il y a deux ans, il enquêtait en Alaska sur les prétendus sons émis par les aurores boréales. Considérés comme bien réels par les populations autochtones, bercées par les mythologies inuit et saami, ces sons sont un jour perçus par un scientifique alors qu’ils sont jugés comme imaginaires par ses pairs. Aurait-il commis une erreur ? Clément Cogitore excelle lorsqu’il dépeint la confrontation de l’homme avec des phénomènes inexplicables, lorsqu’il dévoile ces interstices où la raison déraille, la science n’étant plus d’aucune aide.

Clément Cogitore, « Bielutine »
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Clément Cogitore, « Bielutine », 2011

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Ely, au milieu de son bric-à-brac de tableaux et d’objets poussiéreux.

Documentaire, HDCAM 16/9, Couleur • 36 min • Production SEPPIA / MDR / ARTE

Dans Ni le ciel ni la terre, un film fantastico-guerrier, il suivait le quotidien de militaires désemparés face à la disparition mystérieuse de soldats. La grande trouvaille de l’œuvre était de filmer à travers des caméras infrarouges. Friand d’images scientifiques obscures, d’images troubles, Clément Cogitore aime laisser le spectateur dans l’incertitude. Dans la vie comme dans son art : lorsqu’on lui demande quels sont ses projets, il ne s’épanche pas, reste vague. Heureusement, il finit par avouer qu’il travaille sur le scénario d’un nouveau long-métrage. Dans quel coin du monde posera-t-il cette fois-ci sa caméra ? « À Paris », nous dit-il, « dans un cabinet de médium ». Autant dire qu’on trépigne d’impatience.

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"Braguino"

Clément Cogitore

0h50 min

Sortie en salles le 1er novembre 2017

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