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PARIS

XXL et inhabituel : Ron Mueck de retour à la fondation Cartier

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Publié le , mis à jour le
Après deux précédentes expositions iconiques en 2005 et 2013, Ron Mueck (né en 1958), connu pour ses personnages troublants en silicone d’un réalisme saisissant, est de retour à la fondation Cartier ! La star australienne de l’art contemporain y présente deux créations au style inédit, qui semblent marquer un tournant dans son art…
Ron Mueck, Mass
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Ron Mueck, Mass, 2017. Vue de l’exposition "Ron Mueck" à la Fondation Cartier pour l’art contemporain

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Matériaux divers • Dimensions variables • National Gallery of Victoria, Melbourne, Felton Bequest, 2018 Photo © Marc Domage

Dès l’extérieur, Mass attire tous les regards. Posés à même le sol, empilés les uns sur les autres et contre les grandes parois vitrées de la fondation Cartier, cent crânes géants d’une blancheur immaculée s’entassent, formant un paysage chaotique, caressé par la lumière changeante du jour. Étrange vision que cet écrin transparent, œuvre du célèbre architecte Jean Nouvel, plein à craquer d’immenses restes humains ! Fabriquées en fibre de verre pour imiter l’aspect de l’os, ces vanités colossales dialoguent avec la verdure environnante et les jeux de reflets des cloisons translucides. Tout en étant séduit par leur épure, amusé par leur échelle et intrigué par leur présence incongrue, on frissonne face à ces rappels grinçants de notre propre finitude…

Ron Mueck et Charlie Clarke pendant le montage de l’exposition à la Fondation Cartier pour l’art contemporain
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Ron Mueck et Charlie Clarke pendant le montage de l’exposition à la Fondation Cartier pour l’art contemporain

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Photo © Michel Slomka / MYOP / Lumento

L’Australien Ron Mueck est un habitué des lieux : c’est précisément là, en 2005, dans ce même espace parisien inondé de lumière, qu’avait eu lieu sa toute première exposition personnelle en France, ayant fait l’effet d’une bombe, avant d’y être acclamé de nouveau en 2013. Mais c’est une facette différente, méconnue et quasiment inédite de son travail que la fondation héberge aujourd’hui. Car si elle avait été dévoilée en 2017 à la National Gallery of Victoria à Melbourne, l’installation Mass – la plus grande qu’il ait jamais réalisée – n’avait encore jamais été montrée hors d’Australie. Or formellement cette œuvre s’écarte du travail habituel de l’artiste…

Seulement quarante-huit sculptures

Un minuscule nouveau-né, accroché au mur tel un petit Christ en croix, qui nous dévisage d’un œil torve…

Né d’un père danois et d’une mère allemande, cet ex-confectionneur de marionnettes pour le « Muppet Show » est connu pour ses personnages « hyperréalistes » (bien que Mueck rejette ce terme) qu’il fabrique minutieusement en silicone peint, fibre de verre, résine polyester et cheveux synthétiques, seul dans son atelier de l’île de Wight, au large des côtes anglaises. Parfois monumentales, ces prouesses illusionnistes demandant de longs mois de travail, d’où le fait que cet artiste secret n’ait produit à ce jour que quarante-huit sculptures ! Par leur réalisme extrême et leurs jeux d’échelle renversants, ces êtres étranges, tantôt immenses, tantôt réduits, s’abordent en silence, le temps d’un moment suspendu. Donnant lieu à chaque fois à une rencontre intense, intime et perturbante…

Ron Mueck, A Girl
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Ron Mueck, A Girl, 2006. Vue de l’exposition "Ron Mueck" à la Fondation Cartier pour l’art contemporain

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Matériaux divers • 110,5 x 501 x 134,5 cm • Courtesy Thaddaeus Ropac Photo © Marc Domage

Ces œuvres qui ont fait la gloire de l’artiste (remarqué dès ses débuts en 1996, Mueck est presque immédiatement devenu une star de l’art contemporain), la fondation Cartier en montre très peu dans cette exposition. Mass occupant une bonne partie de la surface disponible, l’artiste n’y présente que trois œuvres (non inédites mais puissantes) représentatives de son style emblématique. La première, A Girl (2006), est un nouveau-né gigantesque, encore luisant et maculé de sang, qui s’impose à notre regard, nous renvoyant à l’étrangeté déroutante, inquiétante, voire « dégoûtante », de notre propre corps…

Hyperréalisme et existentialisme

Ron Mueck, Man in a Boat
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Ron Mueck, Man in a Boat, 2002. Vue de l’exposition « Ron Mueck » à la Fondation Cartier pour l’art contemporain

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Matériaux divers • Dimensions variables • Courtesy Thaddaeus Ropac Photo © Michel Slomka / MYOP / Lumento

Présentée au rez-de-chaussée, A Girl a son pendant miniature au sous-sol : Baby (2000). Un minuscule nouveau-né, accroché au mur tel un petit Christ en croix, qui nous dévisage d’un œil torve… Ces images des premiers instants de la vie sont l’antithèse des crânes géants de Mass, mais aussi leur complément, l’ensemble renvoyant à l’étrangeté de notre existence, représentée par ses deux extrémités. Car c’est bien la condition humaine qu’interroge Ron Mueck, dans une veine qu’on pourrait qualifier d’existentialiste. En témoigne le magistral Man in a Boat (2002), qui saisit les visiteurs dans la dernière salle du sous-sol : un homme nu, seul et frêle dans une immense barque de bois noir. Bras croisés, sourcils froncés et cou tendu, le sujet semble scruter quelque chose d’un air interrogateur. Une métaphore du côté dérisoire et absurde de notre existence, dont on ignore le sens, mais qui nous laisse seul maître à bord…

On regrette de ne pas croiser ici une ou deux de ces œuvres déroutantes !

Geste à la fois tendre et morbide, le sculpteur avait même osé en 1997 reproduire en taille réduite, jusqu’au moindre poil et grain de chair blêmie, le corps nu de son père mort (Dead Dad). Sont venues ensuite de nombreuses autres pièces iconiques (Boy, 1999 ; Mother and Child, 2000 ; In Bed, 2005, Wild Man, 2005 ; Couple Under an Umbrella, 2013…). Qu’il s’agisse d’une géante pensive allongée sous sa couette immaculée, d’un boudeur nu aux grandes ailes blanches, perché sur un tabouret plus grand que lui, de deux petites vieilles dames médisantes en plein conciliabule, d’un barbu échevelé au regard fou, d’une femme croulant sous un énorme fagot de bois, ou d’un couple de retraités géants installés sous un parasol, saisis dans un moment de complicité, Mueck n’a cessé de surprendre et de fasciner. Si bien qu’on regrette de ne pas croiser ici une ou deux de ces œuvres déroutantes !

Ron Mueck, Untitled, Three Dogs
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Ron Mueck, Untitled, Three Dogs, 2023. Vue de l’exposition « Ron Mueck » à la Fondation Cartier pour l’art contemporain

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Matériaux divers • Dimensions variables • Courtesy Thaddaeus Ropac Photo © Marc Domage

À la place, une sculpture imposante, réalisée pour l’exposition, a été installée au sous-sol : trois chiens menaçants de couleur sombre – Untitled (Three Dogs). Certes, le rendu de la musculature des animaux et de leurs expressions est minutieux. Mais leur matière lisse de couleur unie (et peut-être aussi le manque d’originalité et de singularité du motif comparé à d’autres créations de Mueck) les apparente à de simples figurines de grande taille, qui ne parviennent pas à provoquer autant d’émotion que ses humains « de chair et de poils ». Le même défaut se retrouve lorsque l’on s’approche des crânes de Mass, qui apparaissent alors trop faux et « désincarnés » pour susciter le même trouble que les extraordinaires rencontres vivantes auxquelles le génie australien nous avait habitués…

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Ron Mueck

Du 8 juin 2023 au 5 novembre 2023

www.fondationcartier.com

Retrouvez dans l’Encyclo : Hyperréalisme

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