Vue du musée Sandelin à Saint-Omer en 2024
© Quentin Maillard / Tourisme en Pays de Saint-Omer
L’histoire paraît invraisemblable. Mercredi 22 mai, la police a annoncé avoir remis la main, lors d’une perquisition, sur un nombre important d’œuvres et d’objets d’art (au moins 92 selon de nouvelles informations divulguées ce jeudi 23 mai) qui avaient été dérobés il y a plus de dix ans, entre 2009 et 2013, dans les réserves du musée Sandelin de Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais (Hauts-de-France), ainsi que dans des églises environnantes. Mais ce qui interpelle est surtout le lieu où ont été retrouvées ces pièces : à soixante kilomètres de là, exposées dans un château ouvert au public !
Le pot aux roses a été découvert par un amateur de céramique qui, lors d’une visite au château de Cercamp, à Frévent (Pas-de-Calais), a constaté la présence d’un fond de baromètre en céramique qu’il savait appartenir au musée Sandelin, qu’il a aussitôt contacté. Le conservateur du musée, Romain Saffré, s’est alors rendu sur place pour découvrir avec stupeur que de nombreux objets et œuvres – peintures, statuettes, médaillons, porcelaines et un éventail ancien – qui décoraient le château ressemblaient étrangement à ceux qui avaient disparu des réserves de son établissement. Disparition qui avait été constatée à l’occasion d’un inventaire entamé en 2013 ! Suite à cette trouvaille, la ville de Saint-Omer a déposé plainte, et l’enquête de police s’est accélérée…
L’hôtel Sandelin, actuel musée des Beaux-Arts et de l’histoire de Saint-Omer
Photo Jean-Pol Gandmont
La pièce la plus précieuse parmi ces petits trésors retrouvés a été présentée le 23 mai avec sept autres objets lors d’une conférence de presse menée par le conservateur du musée Sandelin : il s’agit d’une « magnifique boîte du XVIIIe siècle en bronze doré », ornée de « scènes en miniature peintes extrêmement finement » et estimée à plusieurs centaines de milliers d’euros.
Au château de Cercamp, on dit ignorer l’existence des vols et attendre que l’enquête suive son cours.
Un homme, soupçonné d’être impliqué dans le vol, a été mis en garde à vue tandis que l’enquête (à laquelle s’est joint un membre de l’OCBC – Office central de lutte contre le trafic des biens culturels) se poursuit. 46 œuvres et objets ont pour l’instant été restitués au musée et aux églises Saint-Sépulcre et Saint-Denis, également situées à Saint-Omer. Au total, sur 280 pièces disparues des réserves du musée Sandelin et des églises environnantes, près de 200 restent manquantes, a indiqué le conservateur Romain Saffré.
Suite à une enquête, les policiers du commissariat de Saint-Omer ont retrouvé au château de Cercamp, à Frévent, 92 oeuvres d’art volées au musée Sandelin, 22 mai 2024
© Police Nationale 62
Au château de Cercamp, on dit ignorer l’existence des vols et attendre que l’enquête suive son cours. Classé monument historique et niché au cœur d’un parc de 33 hectares, l’édifice est présenté sur son site comme une ancienne abbaye cistercienne jusqu’à la Révolution française, qui fut ensuite une manufacture de tissage de laine, puis la résidence des barons de Fourment, et le quartier général du maréchal Foch en 1915. Son parc ainsi que ses vingt pièces meublées et décorées, dont la « chambre de Foch » et plusieurs salons ornés pour certains de boiseries anciennes, sont ouverts au public du 1er mai au 30 septembre.
Le propriétaire des lieux est un certain Serge Dufour (né en 1955), guide-conférencier et passionné d’histoire, qui a fait l’acquisition du château en 2012 avec son conjoint Patrick Bertreux (décédé en 2021) pour le restaurer petit à petit, devenant ainsi le sujet de plusieurs articles de presse locale.
La façade du château de Cercamp à Frévent
© Château de Cercamp
Fin 2021, un article publié sur le site actu.fr décrivait le « combat de chaque jour » de ce châtelain (qui, bien qu’il ressemble en tous points à Serge Dufour sur les photographies, y est étrangement nommé Éric Du Four), son « sacerdoce » et sa « vie pas si facile », celle d’un passionné engagé dans une aventure « non rentable », qui « se saigne » pour « préserver le patrimoine » – l’entretien du château coûtant chaque année 50 000 euros, loin d’être couverts par les 3 500 visiteurs annuels. « Grâce à de bonnes affaires, des prêts et des dons, Éric Du Four (sic) a réussi à redonner le charme d’antan à de nombreuses pièces, décorées avec des éléments de l’époque XVIIIe », y précise une légende…
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