L’entrée du musée des Beaux-Arts de Brest
© musée des Beaux-arts de Brest Métropole
C’est un coup dur pour Brest. Au sein de son musée des Beaux-Arts (le principal musée d’art de la ville), des moisissures ont été découvertes en janvier dernier sur 18 des 190 tableaux exposés, couplées à une humidité chronique du bâtiment. Ce qui a contraint sa directrice à prendre une décision radicale : l’établissement devra fermer pendant au moins quatre ans, et probablement une dizaine d’années au total.
Ces moisissures, qui touchent notamment un tableau du XVIIIe siècle de la peintre autrichienne Angelica Kauffmann, se nourrissent des protéines présentes dans les peintures, ce qui peut entraîner une altération irréversible de la couche picturale. « Leur développement peut être fulgurant. En 24 heures, vous pouvez avoir une collection qui est complètement contaminée », a insisté Sophie Lessard, directrice du musée des Beaux-Arts de Brest, lors d’une conférence de presse.
Angelica Kauffmann, Allégorie chrétienne, 1798
Huile sur toile • 154,5 × 121,5 cm • Coll. musée des Beaux-arts de Brest Métropole
Des déshumidificateurs et des ventilateurs ont donc été installés dans les galeries permanentes, où sont effectués des contrôles quotidiens. Si la propagation a « heureusement » été « limitée » grâce à cette réaction rapide, il faudra néanmoins « jusqu’à 2029 » pour « contenir l’infestation » et « stabiliser la situation », a expliqué Réza Salami, conseiller délégué aux équipements culturels de la métropole brestoise.
Dans le même temps, une nouvelle réserve va être construite pour garantir des « conditions optimales » de conservation. Les 15 000 œuvres du musée y seront alors transférées, pour que commencent des travaux de réhabilitation, voire de reconstruction totale du bâtiment. Ce qui rallongera encore la durée de fermeture de plusieurs années, mais permettra ensuite à la fois une meilleure conservation et la présentation d’un plus grand nombre d’œuvres.
« C’était essentiel. Nous devons préserver à tout prix la collection », justifie la directrice. « C’était une décision lourde à prendre, mais il le fallait », a renchéri François Cuillandre, maire PS de Brest et président de la métropole. En attendant, des fac-similés d’œuvres seront présentés au public à la médiathèque des Capucins et à la Maison de la fontaine.
La galerie du premier étage du musée des Beaux-Arts de Brest, 2025
© musée des Beaux-arts de Brest Métropole
Fondé en 1877 mais entièrement détruit en 1941 par des bombardements qui ont anéanti presque toute sa collection, le musée a été reconstruit dans les années 1960. Le bâtiment de 1968, bien que très humide en raison d’une mauvaise ventilation, ne serait cependant pas la seule cause du problème. Selon sa directrice, « le changement climatique » est aujourd’hui « questionné » comme un facteur possible de l’accélération du phénomène qui a « déjà touché huit musées au Danemark » et auquel seraient confrontés d’autres musées français, qui l’auraient contactée pour échanger à ce sujet.
« Avec l’augmentation des températures et de l’humidité, les conditions deviennent idéales pour la croissance des moisissures. […] Au début des années 2000, c’était surtout le sud de l’Europe qui était concerné. Mais depuis, la zone affectée remonte vers le nord, et ce n’est pas près de s’arrêter », explique en effet le microbiologiste Louis Delaunay sur le blog Supermicrobiologistes, point de rendez-vous des microbiologistes francophones, qui rappelle que ces changements sont « dus aux activités humaines ». Une raison de plus, s’il en fallait, pour ne pas prendre la crise environnementale à la légère…
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