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Le nouveau pôle culturel le Cube Garges à Garges-lès-Gonesse
© Photo Sergio Grazia
Les Gargeois n’auront pas eu beaucoup de temps pour profiter de leur nouveau pôle culturel flambant neuf, qui comptabilisait déjà plus de 20 000 visiteurs. Dans la nuit de dimanche à lundi, ce dernier a été lourdement saccagé par des vandales. Tablettes et ordinateurs dérobés, portes cassées, équipements détruits, œuvres d’art numériques dégradées… Le bilan laisse le maire et l’équipe profondément attristés, mais déterminés à remettre l’établissement sur pied, pendant que la police tente de retrouver les coupables. Jusqu’à samedi inclus, le Cube devra rester fermé (entraînant l’annulation de ses cours et ateliers programmés pour les vacances) le temps de réparer les dégâts. En attendant sa réouverture, voici le portrait du lieu tel qu’il était lorsque notre journaliste s’y était rendue il y a quelques semaines…
Au sud-est du Val-d’Oise, Garges-lès-Gonesse fait partie de ces villes d’Île-de-France qui peuvent s’enorgueillir de la jeunesse de leurs habitants, comme de la diversité de leurs origines (« avec plus de 60 nationalités représentées », nous annonce-t-on fièrement). La bonne nouvelle, c’est que ce terreau est favorable aux initiatives de démocratisation culturelle, attendues de pied ferme par des habitants éloignés du centre de Paris et de ses musées. En interne, les équipes observent d’ailleurs avec que la plupart des Gargeois ont immédiatement adopté cette nouvelle institution, ouverte depuis le mois de janvier et regroupant d’importants pôles pour la vie quotidienne, tels qu’une grande médiathèque (où l’on peut lire la presse et trouver les derniers romans à la mode, mais aussi jouer à des jeux vidéo dans une salle dédiée) et le théâtre Lino-Ventura, bien ancré dans les habitudes puisqu’il préexistait et a été inclus dans le projet d’architecture signé de l’agence archi5.
Installation pour l’exposition « Le miroir d’un moment » dans le Hall du Cube
Le Cube © Photo Sergio Grazia
Lors de notre visite en mars dernier, ni le cinéma (prévu pour juin) ni le bar n’avaient encore ouvert, et pourtant l’endroit grouillait de monde : on y a vu des mères avec leur bébé, des ados, des retraités… Comme si, à l’instar du Centquatre à Paris, le Cube Garges était fréquenté par les riverains comme une artère de la ville, où il est possible de se balader, traîner entre copains, musarder en famille. Le tout, au contact de l’art contemporain et de la création, puisque son « avenue » principale, c’est-à-dire le hall d’exposition de 1 000 mètres carrés qui accueille les visiteurs et dessert les autres espaces, regorge d’œuvres numériques signées Sépànd Danesh, Aaron Jablonski ou Ethel Lilienfeld. Cette première exposition, « Le miroir d’un moment », a été pensée par le directeur des arts visuels et numériques Clément Thibault comme une galerie de portraits des temps modernes, où le visage subit mille et une métamorphoses. « Il me semblait important de traiter de la notion d’identité au pluriel pour débuter nos activités, nous éclaire-t-il. Ceci va avec une réflexion sur ce que peut faire l’art, sur la relation de l’art au public. »
Axel Fried, « Quantum Jungle » de l’exposition « Étrange Labo Microcosmique des Oumpalous », 2022
© Axel Fried
Et si les œuvres peuvent assurément parler à des amateurs avertis et cultivés, certaines sont interactives et incluent quiconque accepte de jouer le jeu, par exemple en s’amusant avec les filtres créés par Inès Alpha (Holoctopus, 2023) qui maquillent le visage, ou en se faisant dessiner durant une vingtaine de minutes par la machine de Patrick Tresset (Human Study #1, 2013–2022). On notera aussi la jolie intention inclusive du Cube Garges, qui a commandé à la photographe Yohanne Lamoulère des portraits des habitants de la ville. Dès l’entrée, leurs visages et leurs corps ponctuent le parcours artistique, dans une ambition affichée de leur souhaiter la bienvenue dans ce nouveau lieu − le leur.
Exposition ” Le miroir d’un moment ». À gauche, Mario Klingemann, “Uncanny Mirror”, 2018 ; à droite, Inès Alpha, “Reflection”, 2021
Installation générative, intelligence artifcielle ; Filtres en réalité augmentée • © Le Cube, Garges-lès-Gonesse
Le jeune directeur explique être très attentif à « ce qui est fait à l’intérieur du territoire, au tissu associatif de la ville, pour mieux entrecroiser les géographies ».
C’est aussi le message que veut envoyer Clément Thibault en travaillant étroitement avec l’équipe qui planifie les ateliers de pratique artistique et numérique : pour chacune des expositions, le jeune directeur souhaite mettre en place des programmations croisées. « Par exemple, pour ‘Le miroir d’un moment’, nous avons travaillé sur des ateliers qui permettent d’apprendre à utiliser des logiciels et des imprimantes 3D, afin que les participants fassent des autoportraits qui seront ensuite intégrés dans l’exposition. » Il explique aussi être très attentif à « ce qui est fait à l’intérieur du territoire, au tissu associatif de la ville, pour mieux entrecroiser les géographies ». Et inclure le « déjà-là » dans un projet qui se veut innovant, pluridisciplinaire, qui engage les scolaires (un collège du coin a travaillé sur une médiation contée de l’exposition), mais pas que.
Exposition « Le miroir d’un moment » dans le Hall du Cube Garges
Le Cube © Photo Sergio Grazia
Approcher de près des technologies complexes et coûteuses, mais aussi les désacraliser.
L’autre clé du Cube Garges, c’est l’arme qu’il constitue dans la compréhension du numérique et de l’intelligence artificielle, dont tout le monde parle mais qui demeurent encore très mal connus. Or, qui mieux que les artistes peuvent en montrer les beautés et les dérives ? D’autant qu’après ces expositions en forme d’introductions, les ateliers de pratique numérique permettent d’approcher de près des technologies complexes et coûteuses, mais aussi de les désacraliser et de les mettre à portée de tous (à partir de trois ans seulement !).
Ceci marche d’autant mieux que les entrepreneurs et artistes sont les bienvenus : ils peuvent s’emparer d’un atelier de fabrication numérique (fab lab), de studios d’enregistrement et de répétition… Le Cube Garges ayant également la fonction de conservatoire de musique et de danse, il est au cœur de l’écosystème culturel de la ville, et permet des porosités en accueillant tout type de public, amateurs et professionnels (qui peuvent profiter des salles de réunion), locaux et Parisiens.
Alison Bennett, Vegetal Digital (waratah) de l’exposition “Étrange Labo Microcosmique des Oumpalous”, 2022
Ceux-ci, nous précise enfin Clément Thibault, viennent de loin et mettent du temps à venir : il faut donc leur offrir une « expérience complète », avec une exposition, un spectacle, une projection… Quant aux Gargeois, ils peuvent pour certains « être extrêmement récurrents dans leur fréquentation du lieu : cela demande une programmation vivante, qui change très souvent, pour que nous soyons un lieu d’exposition et de passage, mais surtout un lieu de vie. »
Avec, en vrac, des cours de danse comme d’impression 3D, des ateliers « Plantes connectées » et des sessions de fanfare. Coorganisateur du 28e Symposium international de la création numérique ISEA2023 (qui a lieu au Forum des images, mais s’incarne ici dans une exposition visible dans l’espace du Ring du 27 avril au 18 mai), le Cube Garges, à 32 minutes top chrono de Châtelet, semble donc en bonne voie de réussir son pari d’être un centre d’art numérique internationalement reconnu, et un couteau suisse pour tous les habitants de Garges-lès-Gonesse. Malgré, espérons-le, les déplorables actes de vandalisme de quelques uns…
Le miroir d’un moment
Du 24 janvier 2023 au 1 août 2023
Le Cube Garges • Avenue du Général de Gaulle • 95140 Garges-lès-Gonesse
www.lecubegarges.fr
L'étrange labo microcosmique des Oumpalous
Du 27 avril 2023 au 18 mai 2023
Le Cube Garges • Avenue du Général de Gaulle • 95140 Garges-lès-Gonesse
www.lecubegarges.fr
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