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Vue de “Glass Skin”, une installation vidéo de Harold Lechien à l’exposition “Panorama 26”, Le Fresnoy, 2024
© Quentin Chevrier
Comme chaque année au cœur de la métropole lilloise, l’école du Fresnoy célèbre les travaux de ses étudiants et leurs professeurs invités dans l’exposition « Panorama », rendez-vous incontournable qui dresse un état des lieux de la création contemporaine en matière de nouvelles technologies. Pour sa 26e édition, elle explore la manière dont les technologies transforment notre expérience de la réalité. Au programme de ce cru 2024, qui rassemble 50 artistes : de l’intime et du politique.
Un film en réalité virtuelle raconte l’histoire douloureuse du peuple Tatar, groupe ethnique d’Asie centrale et de Russie, sous la forme d’un conte de fée. Un autre propose d’encoder les souvenirs d’une personne décédée, la grand-mère de l’artiste, dans une molécule d’ADN. Dans un troisième, l’ordinateur fait office de stockage de souvenirs, consignant les archives vidéo d’une famille déchirée entre Damas, Bagdad, Istanbul et Paris.
Leurs auteurs respectifs, Anna Biriulina, Emilien Dubuc et Amer Albarzawi sont les figures d’une nouvelle génération d’artistes qui a bien compris que les technologies pouvaient nous servir à réinvestir des récits minorés, marginalisés ou simplement oubliés de la grande histoire. Pour la commissaire de l’exposition, Marta Gili, voilà autant de « brèches de résistance » dans lesquelles les artistes s’immiscent désormais à visage découvert.
In, Vue de « Nature Naturante », une installation/jeu vidéo d’In Vitro à l’exposition « Panorama26 », Le Fresnoy, 2024
© Quentin Chevrier
Ce n’est sans doute pas SMITH (né en 1985), artiste professeur invité de cette édition, qui dira le contraire. Mise à l’honneur, son exuvie humanoïde (l’enveloppe laissée par un insecte après sa mue), accrochée à la voûte de la grande nef, lévite au-dessus de nos têtes. L’endroit n’est pas hasardeux ! C’est ici que ses grands-parents se rencontraient 76 ans plus tôt, alors que le Fresnoy était encore un vaste complexe de loisir, qui abritait un bowling et une piste de danse. Mais la créature au drôle de titre – Le Vaisseau pomme de terre ou L’Extase de M. Patate – fait écho à une histoire moins légère, celle des pesticides employés dans les monocultures de pommes de terre qui dévastent la biodiversité de la région. Grâce à l’intelligence artificielle, à qui l’artiste a raconté ses souvenirs liés au tubercule, un film abstrait projeté vers l’insecte accompagne sa mutation psychique.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les artistes redoublent d’imagination pour relire l’histoire avec l’IA. On s’arrête devant un écran géant qui propose de remonter cette fois à la Préhistoire. C’est l’œuvre de Justine Emard (née en 1987), autre artiste professeure invitée, qui imagine un jeu vidéo dans lequel évoluent des « avatars-chimères », des animaux aux airs de dinosaures et de mammouths créés à partir d’algorithmes génératifs.
Vue de « Chim[AI]ra », une installation/jeu vidéo de Justine Emard à l’exposition « Panorama 26 », Le Fresnoy, 2024
© Quentin Chevrier
Comme un pied de nez aux nouvelles technologies, les avatars transcendent ici leur réalité virtuelle : ils sont imprimés en 3D, puis plongés dans une source pétrifiante qui leur donnent une texture minérale, comme éternellement figés dans le calcaire. À la clé, une illustration bien tombée pour le titre de l’expo : « Toute ressemblance avec la réalité n’est pas une pure coïncidence ».
On ne sait plus où donner de la tête ! Avec son foisonnement de dispositifs – écrans, jeux vidéo, projections, réalité virtuelle et augmentée, installations sonores… –, l’exposition relève le défi que le Fresnoy s’est lancé en 1998 : dresser, chaque année, un panorama éclectique de la scène contemporaine face aux mutations des nouvelles technologies.
Vue de « Chayarat Ritaram », une installation de DARIN 1.0, à l’exposition « Panorama 26 », Le Fresnoy, 2024
© Quentin Chevrier
Cette année plus que jamais, le mot d’ordre est l’espoir. Celui d’une cohabitation féconde entre les artistes et les sciences technologiques innovantes. Marta Gili conclut ainsi : « Nous ignorons ce que l’avenir réserve à la création artistique. Nous ne l’avons jamais su d’avance. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que les nouveaux médias cybernétiques ouvrent devant nous tout un univers de possibilités et d’urgences. »
Panorama 26 - Toute ressemblance avec la réalité n'est pas une pure coïncidence
Du 20 septembre 2024 au 5 janvier 2025
Le Fresnoy • 22, rue du Fresnoy • 59200 Tourcoing
www.lefresnoy.net
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