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Vue de la nouvelle extension du musée Dobrée réalisée par l’Atelier Novembre et du jardin botanique créé par l’Atelier Moabi
© Atelier Novembre / © Atelier Moabi / Photo Roberto Giangrande
Cela valait la peine d’attendre, même si ce fut long : le musée Dobrée rouvre ses portes au public après douze années de fermeture et une rénovation remarquable réalisée par l’agence d’architecture Atelier Novembre (connu entre autres pour sa réhabilitation du Centquatre à Paris).
Les architectes ont relevé le défi de créer un ensemble harmonieux dans ce lieu étonnant composé de trois édifices à l’identité forte : l’énorme bâtisse conçue au XIXe siècle par Thomas Dobrée (1810–1895) dans un style néogothique pour abriter sa collection et y vivre (ce qu’il ne fit jamais) ; le manoir du XVe siècle, ancienne demeure épiscopale, qu’il avait acquis auparavant sur le même terrain ; et un édifice brutaliste érigé dans les années 1970, le tout au milieu d’un jardin aux multiples recoins.
Le nouveau bâtiment d’accueil du musée Dobré conçu par l’atelier novembre
© Atelier Novembre / Photo Roberto Giangrande
Les travaux, d’un coût de 50 millions d’euros, ont donné une cohérence à l’ensemble avec trois constructions discrètes et élégantes en acier oxydé, d’une belle couleur rouille, comme l’ensemble des éléments de la promenade en extérieur. La première extension court le long du bâtiment brutaliste, visible depuis le large et accueillant parvis d’entrée, désormais doté d’un accueil digne de ce nom tout en transparences, avec librairie et cafétéria. La deuxième, incisée sous le jardin botanique, relie ce dernier à la bâtisse Dobrée. Et la troisième enrichit le manoir d’un escalier qui desservira les nouveaux espaces d’exposition temporaire.
Conçu par Dobrée d’après les plans de l’architecte Eugène Viollet-le-Duc, l’édifice déploie ses collections permanentes archéologiques et historiques selon une scénographie didactique et ludique imaginée par les équipes du musée avec la scénographe Adeline Rispal (réputée pour ses nombreuses interventions dans des lieux d’exposition).
« Nous voulions que le public se sente bien dans ce musée à échelle humaine, où chacun peut y aller à son rythme ; l’approche se veut avant tout sensible. »
Le parti pris a été de conserver l’idée d’un musée de collectionneur, avec un parcours composé de multiples cabinets, redoublant d’inventivité pour satisfaire tous les publics – accrochages variés, vitrines et socles audacieux valorisant aussi bien un sarcophage égyptien qu’une série d’armures ou la statuaire médiévale, tables de documentation au sein des salles, bornes multimédia et jeux à manipuler (toujours à bonne distance des œuvres). « Nous voulions que le public se sente bien dans ce musée à échelle humaine, où chacun peut y aller à son rythme ; l’approche se veut avant tout sensible », résume la directrice des lieux, Julie Pellegrin.
L’ancien manoir datant du XVe siècle et son extension réalisée par l’atelier Novembre à Nantes
© Atelier Novembre / Photo Roberto Giangrande
L’ensemble permet de suivre 500 000 ans d’histoire, des premières traces humaines sur le territoire jusqu’aux dernières acquisitions des années 1930, en passant par les vestiges de l’Antiquité égyptienne. Le clou de la visite : l’écrin funéraire renfermant le cœur d’Anne de Bretagne. C’est à partir de cette pièce maîtresse que Julie Pellegrin a d’ailleurs imaginé la première exposition temporaire prévue en 2025, sur la thématique du cœur depuis ses représentations médiévales jusqu’à l’installation conçue par Christian Boltanski autour du sujet. Les visiteurs pourront enregistrer les pulsations de leur propre organe et enrichir ainsi les Archives du cœur, œuvre installée sur l’île japonaise de Teshima. Un voyage singulier et sensible, à l’image de ce que promet le nouveau musée.
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