La chambre bleue dans la zone 10 du quartier « IX » des ruines du Parc archéologique de Pompéi, 2024
Courtesy MIC - Archaeological Park of Pompeii
La ville romaine de Pompéi est célèbre pour son rouge, beaucoup moins pour son bleu. Pourtant, des archéologues y ont récemment exhumé une superbe petite « chambre bleue », qui était restée enfouie durant des siècles sous les cendres de l’éruption du Vésuve de l’an 79 ! Le 4 juin dernier, le ministre de la Culture italien Gennaro Sangiuliano s’est rendu sur le fameux site pour y découvrir ce nouveau trésor que les chercheurs avaient dévoilé la veille, le 3 juin, dans le journal en ligne des fouilles de Pompéi.
D’une superficie de seulement 8,5 m², cette pièce aux murs azur se situe dans un quartier secondaire d’une grande domus de la zone 10 du quartier résidentiel « IX », où avaient déjà été mis au jour un quartier thermal et un grand salon noir, à l’occasion des fouilles et travaux de sécurisation des sols qui se déroulent dans le secteur depuis un an. La préciosité de ses décors ainsi que sa couleur bleue ont conduit les chercheurs à identifier cette pièce comme un sacrarium, un espace de dévotion privé, dédié à des rituels religieux et à la conservation d’objets de culte.
Ses murs sont ornés de décorations raffinées : de part et d’autre de niches rouges vides se tiennent des figures féminines évoquant les déesses des Heures, qui accompagnent les changements de saisons dans la mythologie gréco-romaine. S’y ajoutent des allégories de l’agriculture et du pastoralisme aux côtés d’une charrue et d’un bâton de berger, des candélabres en trompe-l’œil, des paysages idylliques, un cerf, des dauphins, des sphinx, une panthère et des oiseaux portant des guirlandes végétales.
Détail d’une peinture murale, figure allégorique tenant une charrue, dans la chambre bleue, découverte dans le parc archéologique de Pompéi, 2024
Courtesy MIC – Archaeological Park of Pompeii
Des décors gracieux qui, selon les archéologues, appartiennent au « quatrième style » développé entre l’an 50 et 79 après J.-C. : un art illusionniste et pastoral dont la maison des Vettii, surnommée la « chapelle Sixtine de Pompéi » et ouverte aux visiteurs depuis 2023, constitue le plus bel exemple.
Ce bleu destiné à la décoration murale n’est autre que le premier pigment de synthèse connu.
Si la couleur bleue est si rare à Pompéi, où elle est réservée aux lieux importants et richement décorés, c’est parce que ce bleu égyptien était un pigment très luxueux, dont le prix pouvait même dépasser celui du pourpre. Mis au point à Alexandrie durant le IIIe millénaire avant notre ère, ce bleu destiné à la décoration murale n’est autre que le premier pigment de synthèse connu, obtenu au terme d’un processus complexe (rapporté au Ier siècle avant J.-C. par l’architecte Vitruve) consistant à broyer du sable avec de la fleur de nitre, puis à mélanger cette fine poudre avec de la limaille de cuivre pour en faire des boulettes, et à mettre le tout au four afin d’obtenir une réaction chimique produisant la fameuse couleur.
Huîtres découvertes dans la chambre bleue du Parc archéologique de Pompéi, 2024
Courtesy MIC – Archaeological Park of Pompeii
Les objets trouvés dans la pièce laissent à penser quelle s’apprêtait à être rénovée, ou servait temporairement de lieu de stockage pour des travaux en cours dans la maison. En effet, outre deux cruches, deux lampes en bronze et quinze amphores en terre cuite posées contre le mur de gauche, divers matériaux de construction y ont été retrouvés rangés en tas. Empilées dans l’embrasure de la porte, des coquilles d’huîtres allaient probablement être broyées et ajoutées aux enduits et mortiers, en lieu et place du sable. Une technique utilisée aujourd’hui en Gironde pour recycler les restes des plateaux de fruits de mer !
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