Claude Ptolémée, carte “Géographie”, vers 1475-1480
Manuscrit enluminé sur parchemin • 61 x 45 cm • Coll. BnF, Paris
Des sangliers des chevaux, des collines… Quand on songe aux premières images du monde, il est difficile de ne pas citer l’art pariétal, autrement dit « l’art des grottes », lesquelles conservent les plus anciens témoignages des activités humaines. Mais quid de la vision du monde ? Bien avant d’envoyer des satellites dans l’espace, et même de les sillonner, comment nos anciens se figuraient nos terres et nos mers ?
On cartographie le monde depuis qu’il est monde. Large de sept centimètres, la plus ancienne carte connue a été produite en Mésopotamie. Gravée sur une plaque d’argile, cette carte date du IIIe millénaire avant J.-C. (Ga-Sur, Nuzi en Irak) et figure montagnes et rivières à une échelle locale.
Tablette d’argile babylonienne trouvée sur les ruines de Ga-Sur, 2500 avant notre ère
© Science History Images / Alamy
Les tentatives de cartographier les territoires connus, de manière relativement précise et scientifique, fleurissent durant l’Antiquité. Dès le VIe siècle avant J.-C., les Chinois mettent en œuvre des techniques modernes pour réaliser une topographie fine de leur empire. Au IIe siècle après J.-C., Ptolémée, astronome et géographe grec d’Alexandrie, se livre dans son traité Géographie à des calculs pour déterminer la position de points permettant d’élaborer une grande carte du monde. Ces travaux fournissent une base aux cartographies qui succéderont. Conservé par les Arabes, le tracé de Ptolémée est redécouvert et utilisé par les navigateurs de la Renaissance ; Christophe Colomb, croyant gagner les Indes, y compris !
Au Moyen Âge, l’Église participe à l’élaboration de la représentation de la Terre qu’elle divise en trois continents, et place au centre Jérusalem et la Terre sainte. En témoigne la mappa mundi de Hereford de 1280, rare représentation médiévale de grand format parvenue jusqu’à nos jours.
L’atlas dit de Mercator, XVIe siècle
Photo Coutau-Bégarie
Plus scientifiquement, au XIIe siècle, Al Idrisi, un savant arabe vivant à la cour chrétienne de Sicile, réalise un planisphère géant, ainsi qu’un atlas comprenant 70 cartes du monde connu, de l’Europe à l’Afrique et à la Chine. Conservées à la BnF, des copies laissent voir l’attention accordée aux villes, routes et frontières.
À la Renaissance, l’extension des relations commerciales et des échanges économiques font naître chez les puissances le besoin de recourir à des descriptions pratiques et réalistes. La carte devient un objet de pouvoir. En lien avec les progrès des techniques de navigation et l’expansion maritime européenne, les premières cartes marines émergent (à Pise, à Gênes…). Dans une version enrichie, le splendide Atlas Catalan (1380), qui faisait partie de la bibliothèque du roi de France Charles VI, combine cosmographie, astrologie, géographie et laisse place à l’imaginaire.
Environ deux siècles plus tard, Gérard Mercator (1512–1594), mathématicien et géographe flamand innove avec un atlas qui porte encore son nom. L’Atlas de Mercator fournit une projection révolutionnaire du monde sphérique à plat, dite « cylindrique », où les parallèles sont parallèles à l’équateur, ce qui facilite grandement la navigation. Côtes, reliefs… : les cartes de Mercator servent de base encore aujourd’hui à la plupart des cartes que nous voyons !
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