Le radeau de Banksy lors du festival Glastonbury 2024, 29 juin 2024
© Celebrity Photos UK / Cover Images / SIPA
Dimanche soir, vers 20 heures, le célèbre street artiste Banksy a posté une vidéo sur son compte Instagram laissant entendre qu’il est l’auteur d’une mystérieuse action qui a fait son effet en Angleterre vendredi soir : l’introduction inopinée d’un radeau de migrants gonflable, rempli de faux personnages en gilets de sauvetage, au cours d’un concert du groupe de rock Idles au fameux festival de musique et d’arts du spectacle de Glastonbury. L’embarcation avait alors été portée par la foule, voguant sur une houle de mains humaines…
Le concert en question avait lieu à The Other Stage, l’une des grandes scènes de Glastonbury qui surplombent les champs vallonnés du Somerset. Un porte-parole du groupe de musique Idles a révélé au Guardian que les musiciens n’étaient pas au courant de cette action avant la fin de leur show. On sait également que c’est à travers des photos ou des vidéos postées sur son compte que Banksy, resté anonyme depuis ses débuts dans les années 1990, a coutume de revendiquer son travail.
« L’art doit faire réfléchir. Banksy fait son travail d’artiste. »
Cette action était évidemment politique, comme chaque intervention de Banksy. Au moment où le radeau avançait au-dessus du public, le groupe jouait en effet la chanson « Danny Nedelko », dont les paroles condamnent fermement les politiques migratoires de l’extrême droite et appellent à la compassion et au vivre-ensemble. Ce radeau fait penser à l’une des œuvres présentes à Dismaland, le parc d’attractions dystopique que Banksy avait ouvert en Angleterre en 2015 : un jeu permettant de piloter à distance, sur un plan d’eau, des radeaux remplis à ras bord de migrants, sans parvenir à les faire débarquer. L’artiste natif de Bristol avait également semé de nombreux pochoirs à Calais faisant référence à la détresse des migrants, parmi lesquels une reprise du Radeau de la Méduse de Théodore Géricault (1818–1819), célèbre tableau exposé au Louvre.
Sur Instagram, des réactions positives, de nombreux internautes ayant choisi de saluer « l’humanité » du travail de Banksy et sa lutte contre la haine, se mêlent à des avis négatifs anti-immigration, outrés par cette performance. Le ministre de l’intérieur britannique, James Cleverly, l’a même qualifiée d’ « ignoble » et d’ « inacceptable ». Selon lui, elle reviendrait à « célébrer des actions criminelles » et à en faire un sujet de « plaisanterie » dans le cadre d’un « festival pop ». « Des gens meurent en Méditerranée et dans la Manche » a-t-il rappelé, furieux. « L’hypocrisie de la gauche sur ce sujet est ahurissante ». Ce à quoi Banksy a répliqué en publiant quelques mots (ce qu’il fait très rarement) sur son compte Instagram. « Le ministre de l’Intérieur a qualifié d’« ignoble et inacceptable » mon bateau à Glastonbury », « ce qui me semble dépasser les bornes », s’est-il indigné, rappelant que le vrai bateau qu’il finance, le MV Louise Michel, a « sauvé 17 mineurs non accompagnés en Méditerranée lundi soir ». « Pour le punir, les autorités italiennes l’ont immobilisé, ce qui me semble ignoble et inacceptable », a-t-il ajouté.
« Cette image ne répond pas à toutes les questions, plaide de son côté un internaute. Elle nous demande juste de réfléchir. L’art doit faire réfléchir. Banksy fait son travail d’artiste. L’émotion dans les commentaires en est la preuve. Ne serait-ce pas génial si on pouvait débattre sans vitriol de ces problèmes et de leurs conséquences ? ».
Le timing de cette performance n’est de toute évidence pas fortuit, des élections législatives ayant également lieu cette semaine au Royaume-Uni, en amont desquelles les conservateurs anglais se sont illustrés en annonçant des renvois massif de migrants, notamment vers le Rwanda.
« La France est une balise politique, et désormais elle fait peur. »
Cet acte s’inscrit aussi plus largement dans un contexte de progression générale de l’extrême droite (dont l’une des priorités est une lutte sévère contre l’immigration) dans le monde et en Europe. Sans doute Banksy a-t-il, tout en faisant en priorité référence aux élections britanniques, également pensé à la France. Car à l’étranger, tous les regards sont désormais braqués sur l’Hexagone, symbole international de liberté, d’égalité et de démocratie. « La France est une balise politique, et désormais elle fait peur », peut-on lire sur le site du Courrier international, reprenant un éditorial de la rédactrice en chef du journal suisse Le Temps. « La France a érigé des principes républicains qui placent l’universalisme au sommet de ses valeurs. Ce pilier hérité de la philosophie des Lumières affirme l’existence d’une unité du genre humain et celle d’un État de droit pour tous les citoyens. C’est le refus des particularismes, privilèges et inégalités de droits. Voir la France s’en éloigner, c’est se mettre à douter de la possibilité d’une société humaniste ».
Le radeau de Banksy lors du festival Glastonbury 2024, 29 juin 2024
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« Jusqu’à présent, il était impensable qu’un gouvernement d’extrême droite puisse arriver en France », rappelle la chaîne d’information américaine CNN, tandis que le Wall Street Journal s’inquiète face à la possibilité qu’Emmanuel Macron doivent composer avec le « premier gouvernement d’extrême droite depuis la France de Vichy ». « L’élection en France risque de torpiller l’ordre mondial », affirme même dans Politico le journaliste britannique John Litchfield, qui estime que ce scrutin « pourrait être le plus destructeur depuis la guerre »…
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