René Magritte, La cinquième saison, 1943
Huile sur toile • 50,5 x 60 cm • Coll. Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles • © Ch. Herscovici, avec son aimable autorisation co SABAM Belgium, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles / Photo J. Geleyns - Art Photography
Le surréaliste René Magritte (1898–1967) est décidément le champion du dédoublement et de la mise en abyme ! Son œuvre La Cinquième saison (1943) présentait déjà deux tableaux dans le tableau : quasiment jumeaux, deux hommes coiffés de chapeaux melons se croisent, portant chacun sous le bras une toile encadrée. Or sous ce duo masculin (peint durant sa « période Renoir », inspirée de l’impressionnisme), un mystérieux portrait de femme, resté caché durant 80 ans, vient d’être mis au jour !
C’est à l’occasion d’une analyse de l’œuvre par spectroscopie infrarouge – une technologie qui permet, grâce à des rayonnements électromagnétiques, de révéler ce qui se dissimule derrière les couches de peinture – que l’image a été dévoilée. La découverte s’est faite dans le cadre d’un projet de recherche sur le procédé artistique de Magritte (basé sur l’examen de cinquante de ses peintures) mené par la chercheuse Catherine Defeyt, de l’Université de Liège, et Francisca Vandepitte, conservatrice d’Art moderne aux musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.
Portrait féminin découvert sous « la cinquième saison » de René Magritte, 1943
Huile sur toile • 50,5 × 60 cm • Coll. Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles • © Ch. Herscovici, avec son aimable autorisation co SABAM Belgium, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles / Photo J. Geleyns – Art Photography
Qui est donc cette femme aux yeux clairs et aux cheveux bouclés qui fixe le spectateur, le menton dans sa main ? Selon les deux expertes, les traits du visage, ainsi que la forme bouclée de la chevelure, semblent indiquer qu’il s’agit de Georgette Magritte, née Berger (1901–1986), que l’artiste épousa en 1922. Mais celle-ci était brune, or l’inconnue est blonde… Les chercheuses hésitent donc avec Adrienne Crowet (épouse de Pierre Crowet, ami, mécène et biographe de l’artiste), dont Magritte a peint un célèbre portrait en 1940. Si ses traits sont assez différents de ceux d’Adrienne, la mystérieuse femme ressemble beaucoup à sa fille, la baronne Anne-Marie Gillion Crowet (née en 1939), future muse et amie de Magritte. La belle au port altier et au regard perdu dans le vague apparaîtra en effet plusieurs fois dans son œuvre, notamment dès l’âge de seize ans dans La Fée ignorante (1956), où elle pose à côté d’une chandelle, et dans Le Combat (1960), sur fond de ciel nocturne. D’elle, l’artiste disait l’avoir souvent peinte des années avant de la connaître !
Mais un autre mystère demeure : pourquoi l’artiste a-t-il peint par-dessus ce portrait ? Pour de simples raisons financières, afin de réutiliser la toile ? Ou bien a-t-il volontairement dissimulé l’œuvre en donnant un sens précis à ce geste ? Voilà qui ajoute encore au caractère profondément énigmatique de l’œuvre de Magritte !
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