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Arthur Rackham, Illustration pour l’ouvrage de Lewis Carroll “Alice’s Adventures in Wonderland”, 1907
© Christie's Images Ltd / Bridgeman Images.
Deux grandes oreilles, une queue. Tout a commencé ainsi : avec une petite souris. La mignonne, depuis, a accouché d’un véritable empire ! Père de Mickey Mouse, Walt Disney (1901–1966) est sûrement l’un des créateurs les plus connus du XXe siècle. De Blanche-Neige et les sept nains à Bambi, en passant par Pinocchio ou La Belle au bois dormant, les studios d’animation Disney alignent tant de souvenirs dans nos mémoires d’enfant qu’elles occultent leurs sources d’inspiration, pourtant tout aussi merveilleuses. Car, tout au long de sa carrière, Walt Disney n’a cessé d’utiliser une recette vieille comme l’art : puiser dans le passé pour creuser les sillons de sa propre esthétique. En résumé, Disney est un cocktail de cultures classiques !
C’est en 1928 qu’apparaît pour la première fois la plus célèbre souris du monde, dans Steamboat Willie, le premier court-métrage d’animation de l’histoire du cinéma avec son synchronisé. Mais cette petite silhouette, dessinée et animée par Ub Iwerks, n’a pas surgi de nulle part ! Mickey est le fruit de la fascination de Disney pour l’art européen. Dès ses 16 ans, en effet, le réalisateur voyage en Europe. Sur le Vieux Continent, l’Américain se passionne en particulier pour les illustrateurs de la fin du XIXe siècle, tels que le Français Benjamin Rabier ou l’Anglaise Beatrix Potter, créatrice de souris rappelant sans nul doute l’espièglerie de Mickey Mouse. Autre modèle : une souris violoniste d’Heinrich Kley, dont les dessins vont figurer en bonne place dans la bibliothèque des studios Disney, à Burbank. Rassemblant quelque 350 ouvrages d’art et contes classiques illustrés, tous achetés en Europe, cette bibliothèque fonctionnait comme un vaste réservoir de formes et de couleurs.
À gauche, un extrait du film de Walt Disney et Ub Iwerks “Steamboat Willie”, 1928. À droite, une illustration tirée du livre de Beatrix Potter “The Tale of Two Bad Mice”, 1904.
© The Walt Disney Company / © alamy.
Disney n’avait qu’à piocher dans ce fabuleux répertoire d’images pour faire mouche… Comme cette intuition géniale de doter les animaux de paroles, de pensées et de sentiments. Cet anthropomorphisme n’est pas nouveau ! Il est déjà à l’œuvre dans les Scènes de la vie privée et publique des animaux de Jacques Grandville (1842) ou les fameuses Fables de Jean de la Fontaine, illustrées par Gustave Doré (1867). Le Français, avec les Anglais Arthur Rackham [ill. en une] et John Tenniel, est d’ailleurs l’une des stars de la bibliothèque des studios Disney. L’ombre des dessins de Doré pour l’Enfer de Dante (1861) plane par exemple sur Blanche-Neige, le premier long-métrage animé de l’histoire du cinéma, sorti en 1937 : un énorme succès ! La formule de ce conte popularisé sous la plume des frères Grimm puise, là encore, dans une imagerie savante, notamment la peinture des préraphaélites, ou celle de Marianne Stokes, qui représente Blanche-Neige dans un cercueil de verre et veillée par des nains… Quant au charme bucolique de certains décors du dessin animé, il faudra regarder du côté de l’Allemand Adrian Ludwig Richter, auteur des plus beaux livres illustrés du XIXe siècle. Et la sorcière ? Ses traits monstrueux subissent l’influence des caricatures d’Honoré Daumier que Walt Disney connaissait fort bien.
Marianne Stokes, Blanche Neige, vers 1902
Technique mixte • 72 × 95 cm • Coll. Wallraf–Richartz Museum, Cologne • © Bridgeman.
La silhouette maléfique du Faust de Friedrich Wilhelm Murnau (1926) hante plusieurs séquences de Fantasia (1940).
Dès ses débuts dans les années 1930, Disney regarde aussi du côté du 7e art. Les succès populaires s’invitent ainsi par touches dans les premiers courts-métrages du studio Disney, où l’on croise aussi bien King Kong, que Frankenstein ou Charlot (Modern Inventions, 1937). Ambiances noires, distorsions d’images, chocs visuels… Le cinéma expressionniste allemand imprime, lui, plus profondément les premiers longs-métrages de Disney : ainsi, la silhouette maléfique du Faust de Friedrich Wilhelm Murnau (1926) hante plusieurs séquences de Fantasia (1940), en particulier celle qu’accompagne Une nuit sur le mont Chauve de Moussorgski.
Autre clé du succès de Disney : avoir su s’entourer à ses origines des meilleurs illustrateurs européens émigrés en Amérique tels le Suisse Albert Hurter (1883–1942) et le Suédois Gustaf Tenggren (1886–1970). Formés dans les prestigieuses académies de leurs pays et pétris de références artistiques, ces talents ont exporté la patte européenne dans les premiers films des studios. Cas des plus remarquables avec le Danois Kay Nielsen (1886–1957) à qui l’on doit les enchanteresses séquences de Fantasia.
À gauche, Friedrich Wilhelm Murnau, extrait du film muet “Faust”, 1926. À droite, “Une Nuit sur le Mont Chauve”, extrait du film animé de Walt Disney “Fantasia”, 1940.
DR. / © The Walt Disney Company.
À la gouache sur carton, sur verre ou sur celluloïd pour les premiers plans, les artistes qui collaborent avec Disney produisent des décors qui, là encore, ne cèdent rien au hasard. Les repérages sur le terrain en Europe sont fréquents. Ainsi le village de Pinocchio est la copie quasi conforme de la cité médiévale de Rothenburg ob der Tauber, en Bavière. Quant au château de la Belle au bois dormant, il mixe les architectures de Viollet-le-Duc et les châteaux de Louis II de Bavière.
Et l’art de son temps, dîtes-vous ? Fatalement, une telle curiosité a rapproché Walt Disney de la plus extravagante des signatures de son époque : Salvador Dalí. Ensemble, le duo nourrit, au travers d’une centaine de dessins et de peintures, un projet de film d’animation surréaliste qui ne verra jamais le jour de leur vivant… mais sera réalisé en 2003 par Roy Disney, le neveu de Walt. Comme souvent chez Disney, l’histoire se termine par un happy end !
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