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Ces artistes qui cherchent à nous guérir

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Publié le , mis à jour le
Face aux discriminations, aux oppressions, aux blessures, les artistes parfois se mettent au chevet du monde. Si certains plasticiens choisissent la parodie ou le cynisme, d’autres s’inscrivent dans les marges, en se replongeant dans des pratiques artisanales oubliées, ou s’engagent avec foi dans une pensée féministe et/ou écologique. À travers deux expositions, l’une à la Ferme du Buisson (Noisiel), l’autre à la Verrière (Bruxelles), ils nous enseignent mille façons de prendre soin du monde – et de nous.
Pilulier customisé par David
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Pilulier customisé par David, 2006

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Collection of Cabinet des merveilles (Fabric’Art Thérapie) • Courtesy of Fabric’Art Thérapie. © Miss Buffet Froid

« Take care » : voilà ce que nous intime en titre de son exposition Christine Shaw, commissaire canadienne invitée au centre d’art de la Ferme du Buisson. Car « Prendre soin » de soi et des autres est devenu un geste éminemment politique, qui répare les failles et les blessures dues aux discriminations comme aux oppressions. Il s’agit, pour la petite dizaine d’artistes réunis (inconnus en France), d’aborder à travers des installations et des vidéos les thèmes douloureux de la vie en prison ou à l’hôpital, du travail précaire ou de la décolonisation, pour mieux éclairer des solutions de vivre-ensemble.

Stephanie Comilang, Lumapit Sa Akin, Paraiso (Come to Me Paradise)
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Stephanie Comilang, Lumapit Sa Akin, Paraiso (Come to Me Paradise), 2016

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Vidéo couleur, sonore, 25 min • Courtesy of Stephanie Comilang / Photo Émile Ouroumov / © Stephanie Comilang

L’œuvre la plus marquante est sans doute celle de Stephanie Comilang : elle souligne, dans une vidéo à deux écrans, la solitude des travailleuses philippines exilées dans les pays riches (ici, Hong Kong), et la façon dont elles se retrouvent le dimanche pour rire, danser, papoter, et enfin échapper au travail harassant. Hazel Meyer, passionnée de sport, met quant à elle en valeur les vertus de l’athlétisme pratiqué de façon queer à travers une installation performative : des échafaudages, avec tee-shirts rouges et accessoires colorés, que s’approprient à certaines dates des artistes de la communauté LGBTQ, comme une célébration du mouvement et du collectif.

Lois Weinberger, Holding The Earth
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Lois Weinberger, Holding The Earth, 2010

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Exposition « Matters of Concern | Matières à panser » à La Verrière – Fondation d’entreprise Hermès, Bruxelles

60 × 90 cm • Courtesy Salle Principale, Paris. © Paris Tsitsos

Mais il y a un hic : « Il est toujours délicat de faire d’un impératif politique des formes intéressantes. On n’échappera que difficilement à l’insuffisance, voire à la contradiction d’une esthétisation d’enjeux d’actualité. » Eh oui, comme le souligne avec justesse le commissaire d’exposition indépendant Guillaume Désanges, le militantisme n’accouche pas à tous les coups d’œuvres intéressantes plastiquement. Au contraire, le message étant ici particulièrement appuyé, il ne laisse que peu de place à l’émotion artistique, qui a sans doute besoin de davantage d’ambivalence. C’est pourquoi les œuvres réunies à la Ferme du Buisson nous laisseront une impression moins forte que celles de la Verrière, où Guillaume Désanges est invité par la Fondation Hermès à concevoir une troisième saison d’expositions. 2019 sera donc l’année de Matières à panser (titre emprunté au philosophe Bruno Latour), une réunion d’œuvres variées qui aborde le soin et l’écologie de façon infiniment plus subtile.

Maria Laet, Earth (Parque Lage)
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Maria Laet, Earth (Parque Lage), 2015

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Exposition « Matters of Concern | Matières à panser » à La Verrière – Fondation d’entreprise Hermès, Bruxelles

Vidéo, 11' 35" • Courtesy Maria Laet. Photo Manuel Aguas

Un ensemble qui dessine une carte sans frontière des luttes intimes, des jardins intérieurs et des imaginaires marginaux.

On y croise l’Autrichien Lois Weinberger et sa photographie Holding the Earth (2010) [ill. plus haut], sur laquelle l’artiste tient tout contre soi un peu de terre, la soutenant et la protégeant symboliquement. La Brésilienne Maria Laet passe quant à elle fils et aiguilles à travers le sable ou la neige, comme pour repriser le monde. Il y a aussi, évidemment, Gina Pane et son Enfoncement d’un rayon de soleil (1969), photographies de l’artiste creusant le sol pour enterrer un rayon de lumière. Ces actions tiennent autant de la performance que du rituel magique, et convoquent des « savoirs alternatifs », qui tentent de « réenchanter le monde plutôt que d’assister, sidéré ou fasciné, à sa destruction », détaille le commissaire.

Gina Pane, Enfoncement d’un rayon de soleil
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Gina Pane, Enfoncement d’un rayon de soleil, 1969

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Exposition « Matters of Concern | Matières à panser » à La Verrière – Fondation d’entreprise Hermès, Bruxelles

4 photographies couleur • 110 × 163 cm • Courtesy Anne Marchand et kamel mennour, Paris/Londres. © Gina Pane, Adagp © Photo Ville de Nantes, musée des Beaux-Arts, Cécile Clos

Le génie de cette exposition tient à la diversité de ses artistes, célèbres ou inconnus, artisans ou plasticiens. C’est que le commissaire tenait à cette « nouvelle volonté de réconciliation, ou plutôt de dépassement des oppositions de l’art », porteuse d’un ordre du monde sans hiérarchie. Les dessins épurés du jardinier-paysagiste Gilles Clément (à l’origine du jardin du musée du quai Branly) côtoient ainsi les poupées géantes de la très discrète artiste féministe Raymonde Arcier, une broderie de la musicienne chilienne Violeta Parra et des piluliers fantaisistes fabriqués par les membres atteints du VIH de l’association La Fabric’Art Thérapie (Montpellier) [ill. en Une]. Un ensemble, qui dessine, avec une harmonie disparate donc, une carte sans frontière des luttes intimes, des jardins intérieurs et des imaginaires marginaux. À préserver soigneusement.

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Take Care

Du 3 mars 2019 au 21 juillet 2019

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Matters of Concern | Matières à panser

Du 27 avril 2019 au 6 juillet 2019

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