Article réservé aux abonnés

Tendance

Ces artistes qui flirtent avec la musique électro

Par

Publié le , mis à jour le
Ils sculptent le son, font du nightclub une installation, des beats frénétiques une expérience immersive… Avec le décloisonnement des genres et des disciplines, art contemporain et musique électronique ne cessent de s’entrecroiser chez la jeune création. Entre formes et influences, voici une sélection électrisante.

1. Tony Regazzoni : ode à la boîte de nuit

Tony Regazzoni est un plasticien total associant installations, 2D et tuning pour célébrer l’objet auquel il voue un culte absolu : la boîte de nuit. Bercé par le kistch des années 80 et la nostalgie de l’italo-disco, il épuise les potentialités de Photoshop pour recréer l’univers de la discothèque. Le club, temple postmoderne, se fait alors le réceptacle des mythologies de notre époque : motifs de pyramides, colonnes grecques et symboles ésotériques se baladent en trompe-l’œil, version fluo sous ecstasy. Tony Regazzoni rend ainsi hommage à cette boîte noire coupée du monde, espace de possibles et de rêves, qui résonne de ses esthétiques musicales favorites : house et techno qu’il diffuse dans la nuit parisienne avec ses complices du crew « Derrière les Fagots ». À Montpellier, sur l’invitation de Glassbox, il se fait « curateur de club » en conviant une belle brochette d’artistes, photographes, vidéastes, reporters et musiciens (Kiddy Smile est de la partie !) à contribuer à la création d’une boîte de nuit, le jour.

Tony Regazzoni, Vue de l’exposition « Boîte de Nuit »
voir toutes les images

Tony Regazzoni, Vue de l’exposition « Boîte de Nuit », 2017

i

© Diane Arques, 2018 / ADAGP, 2019

Arrow

Glassbox - Montpellier

Arrow

Le site de l'artiste

2. Meryll Ampe, sculptrice du son

Artiste sonore, performeuse, productrice, Meryll Ampe est sculptrice de formation. Elle explore la matérialité du son en investissant notamment les techniques du field recording. Dans des pièces composites en trois dimensions, elle déforme, remodèle et interprète des fragments sonores glanés ça et là, dans l’environnement urbain et domestique. Les variations et reliefs du son sont retranscrits à travers un travail au corps à corps avec la matière : plâtre, bois, cire, papier mâché… deviennent les matériaux bruts d’une œuvre tant plastique qu’acoustique, des paysages sonores. Alchimiste musicale, Meryll Ampe convoque sa science des logiciels, synthétiseurs et autres boîtes à rythmes pour mettre en espace le son et créer les conditions d’une immersion du spectateur grâce à des dispositifs polyphoniques.

Meryll Ampe, Lucha Libre
voir toutes les images

Meryll Ampe, Lucha Libre, 2018–2019

i

Installation sonore et lumineuse • © Meryll Ampe

Arrow

Le site de l'artiste

3. Charlie Aubry, le Géo Trouvetou de l’acoustique

Charlie Aubry, plasticien et performeur, passionné par l’énergie du spectacle vivant, est avant tout un bidouilleur de l’extrême, à l’univers volontiers geek. Il mobilise l’esthétique low-fi et le Do It Yourself en créateur fasciné par tout instrument qui peut agréger un maximum de câblages. Jouant des infinies combinaisons des machines, il donne à voir des installations-paysages rafistolées et bizarres. Ce Boris Vian postmoderne recréé des instruments composites tout droit sortis des rêves d’un Géo Trouvetou pour qui l’acoustique, l’analogique et le numérique fusionnent joyeusement.

Charlie Aubry, Variations d’un quotidien
voir toutes les images

Charlie Aubry, Variations d’un quotidien, 2018

i

Techniques mixtes, durée indéfinie • © Charlie Aubry

Arrow

Le site de l'artiste

4. Le collectif Wonder : la nuit leur appartient

Comment ne pas évoquer dans cette sélection le collectif né à Saint-Ouen avant de poser ses valises un temps à Bagnolet, tant la culture techno baigne l’imaginaire de ses membres ? Parmi eux, Thomas Teurlai, plasticien et vidéaste à l’esthétique steampunk, convoque sa fascination pour la machine dans des installations hybrides faisant cohabiter le vivant et le mécanique. L’électro et la danse sont des motifs que l’on retrouve en boucle dans son travail, que ce soit avec Mash Up, sculpture dynamique où de l’eau versée sur une platine vinyle invente une partition noise aléatoire, ou avec Score for bodies and machines, vue à la Documenta d’Athènes où des performeurs dialoguent avec un photocopieur sonorisé. Crystal Meth, la boule disco de Nelson Pernisco s’enfonçant dans le sol pour mimer une after party mécanique et obsessionnelle, rejoint cette interprétation des codes de la fête techno. Mais c’est sans aucun doute le projet « Kiuaskivi » qui cristallise ce lien du collectif au continent électronique : ce sauna techno invite les spectateurs à s’immerger dix minutes dans une boîte surchauffée, résonnant des assauts sonores de DJ invités. Ambiance chaude garantie.

Vue de l’exposition « Kiuaskivi, sauna chaud, techno froide »
voir toutes les images

Vue de l’exposition « Kiuaskivi, sauna chaud, techno froide », 2017

i

© Nelson Pernisco

Arrow

Wonder/Liebert - Bagnolet

5. Trapier Duporté : l’after

Duo de plasticiens passés par les Beaux-Arts de Lyon, Trapier Duporté sonde au travers de leurs pièces – hybridation de mobilier manufacturé, matériaux de chantiers et éléments organiques (bières, parfum, vin rouge, Jet 27 ou encore carcasses d’animaux) – ce moment singulier de la fête qu’est l’after party. Pour eux, elle est le symptôme d’un malaise générationnel, où le fêtard, à l’image du millennial, est écartelé entre l’éreintement, la menace du lendemain et l’envie, coûte que coûte, de continuer dans la nuit. Ils conçoivent ainsi des installations immersives mimant des lendemains de fête (comme l’exposition « Coup de Barre – Into the Wine Cube » montrée à Glassbox) ou des environnements prenant en otage le spectateur dans des simulacres de nuits techno. C’est le cas de l’œuvre Aporie – Cristaux Livides montrée au festival Karnasouk 2018, précaire cabane où s’immerge le spectateur, malmené par les pulsations d’un puissant stroboscope faisant apparaître sur les murs des peintures rupestres célébrant le caractère intemporel de la fête.

Trapier Duporté, Glassbox, Coup de Barre, into the wine cube
voir toutes les images

Trapier Duporté, Glassbox, Coup de Barre, into the wine cube, 2017

i

Installation • © Collectif BLBC

Arrow

Le site des artistes

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi