Article réservé aux abonnés
Deux gros ours rouges, à la surface lisse et aux formes anguleuses : au premier coup d’œil, on pourrait croire que ces sculptures sont du même artiste. Détrompez-vous ! L’une est signée Xavier Veilhan, artiste habitué des musées et des grandes foires d’art contemporain, l’autre de Richard Orlinski, dont le nom est plutôt coutumier de la presse people. En 2014, jugeant les similitudes troublantes entre leurs travaux, Veilhan et sa galerie (Perrotin) assignent Orlinski devant le Tribunal de Grande Instance de Paris pour contrefaçon de quatre œuvres, parasitisme et concurrence déloyale et réclament 2,5 millions d’euros de dommages et intérêts. Peine perdue pour Veilhan, qui est finalement débouté !
Xavier Veilhan, “L’ours n°4”, 2010 et Richard Orlinski, “Ours sauvage marchant”, 2010
© Xavier Veilhan
En 2014, Franck Davidovici est en train de feuilleter un livre lorsque, tout à coup, il tombe des nues. Sous ses yeux, une œuvre de Jeff Koons figurant le buste d’une femme allongée et un cochon au titre évocateur : Fait d’hiver. L’homme, publicitaire indépendant, en est sûr : le géant de l’art contemporain s’est approprié son travail – une campagne pour la marque de prêt-à-porter Naf Naf qu’il a réalisée en 1985. Cerise sur le gâteau, elle avait pour titre Fait d’hiver aussi ! La même année, l’œuvre, qui fait alors partie de la collection de la fondation Prada, se retrouve exposée au Centre Pompidou à l’occasion d’une grande rétrospective consacrée à l’artiste… Franck Davidovici attaque alors Jeff Koons en justice pour contrefaçon. Pour l’artiste américain, ce n’est pas une première, il a déjà été accusé de plagiat. Condamné en première instance, ce dernier fait appel, défendant le concept d’appropriation sur lequel repose son travail. En vain. La Cour d’appel de Paris condamne finalement la société Jeff Koons LLC et le Centre Pompidou, qui avait exposé l’œuvre, à verser au publicitaire 190 000 euros de dommages et intérêts.
Jeff Koons, “Fait d’hiver”, 2007 et la campagne de publicité Naf Naf, 1985
© Emmanuel Dunand / AFP / © Franck Davidovici
En 2010, l’homme politique Jean-Marie Dedecker est immortalisé par la photographe Katrijn van Giel en pleine campagne électorale. Le cliché, publié dans De Standaard, montre son visage de profil, cadré en gros plan et coupé juste sous le nez. Près de cinq ans plus tard, elle découvre une œuvre du peintre Luc Tuymans intitulée A belgian politician (2011). Cadrage, fond neutre… La ressemblance est frappante ! Katrijn van Giel porte plainte pour plagiat. En 2015, la décision tombe : le tribunal d’Anvers condamne le peintre pour violation de droit d’auteur. Finalement, les deux parties s’accorderont sur un arrangement à l’amiable, permettant à l’artiste de continuer à exposer son œuvre.
Katrijn Van Giel, photographie du politicien Jean Marie Dedecker pour « De Standaard », 2010 et Luc Tuymans, « A Belgian politician », 2011
© Katrijn van Giel / © Photo Peter Cox
Impossible n’est pas Andy. Mort en 1987, l’artiste continue de défrayer la chronique six pieds sous terre ! Les faits remontent à 1984, lorsque le pape du Pop art, alors au faîte de sa gloire, réalise pour Vanity Fair un portrait du chanteur Prince à partir d’une photographie de Lynn Goldsmith, dont le magazine avait acquis les droits. En résulte une série de 16 œuvres, intitulée Prince Series, qui sera republiée dans les pages du magazine en 2016, après le décès du musicien. Lorsqu’elle découvre la série de Warhol à cette occasion, l’autrice de la photographie originale décide de mener l’artiste – par le biais de sa fondation – devant les tribunaux afin de faire reconnaître son droit d’auteur. Si la justice a d’abord tranché en faveur de Warhol en 2019, Lynn Goldsmith a finalement gagné son procès en appel en 2021. Une bataille judiciaire de quatre ans, digne d’un combat entre David et Goliath… Qui n’est pas encore terminée ! La fondation a, à son tour, saisi la cour d’appel des États-Unis… À suivre !
À gauche: le portrait de Prince par Andy Warhol, tel qu’il a été publié dans Vanity Fair en 1984 et inspiré d’une photographie de Lynn Goldsmith. À droite : photographie de Prince par Lynn Goldsmith
L’illustration est ici reproduite dans les documents juridiques de la défense (La Fondation Andy Warhol).
© Vanity Fair/Andy Warhol Foundation/ Lynn Goldsmith / © Lynn Goldsmith / Corbis/VCG via Getty Images
En 2009, le photographe français Patrick Cariou attaque en justice Richard Prince et son galeriste, Larry Gagosian, mastodonte du marché de l’art. En cause ? Une série de l’artiste américain intitulée Canal Zone dont les œuvres reproduisent, à très grande échelle sur des toiles peintes ou graphitées, les photographies du Français, extraites de son livre Yes Rasta (2000). Si la décision en première instance avait reconnu Richard Prince coupable de plagiat, une seconde décision de la cour d’appel donne finalement raison à l’Américain, s’appuyant sur la notion de fair use (« usage loyal »), qui autorise un artiste à travailler à partir d’une œuvre pré-existante s’il apporte à celle-ci des modifications significatives. Finalement, les deux parties trouveront un accord.
16 : c’est le nombre de fois où l’artiste britannique Damien Hirst a été accusé de plagiat ! Le dernier cas est récent : il date de février dernier. Alors que son exposition à la fondation Cartier, où il présentait sa série de cerisiers en fleurs, venait juste de fermer ses portes, un certain Joe Machine accusait l’artiste dans la presse d’avoir « volé ses cerisiers en fleurs » – une série sur laquelle il travaille depuis 2006. Coutumier de ce type d’accusation, Damien Hirst n’a pas réagi. Pas étonnant de la part de celui qui affirmait en 2018, un brin désinvolte, « toutes mes idées sont volées de toute manière » !
Exposition Damien Hirst, “Cerisiers”, 2021 et Joe Machine, “Last Blossoms of Spring”, 2011
© Sandrine Marty / Hans Lucas / AFP / © Joe Machine / Bridgeman Images
En une : © Damien Hirst and Science Ltd. All rights reserved, ADAGP, Paris
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique