David Bowie en Ziggy Stardust en 1974
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Nous sommes en 1971 en Angleterre. Le petit Simon Reynolds, huit ans, allume tranquillement son téléviseur et tombe sur l’émission musicale du moment, « Top of the Pops ». Il ne s’en remettra pas, sidéré devant le concert de Marc Bolan, qu’il comparera plus tard à « un seigneur de guerre venu des confins de l’espace ».
Il faut dire qu’à l’époque, il n’est pas chose commune d’exhiber un look aussi sophistiqué, « une chevelure électrique, des pommettes constellées de paillettes et un manteau qui semblait fait de métal », écrit Reynolds, devenu critique musical et auteur de plusieurs livres, parmi lesquels Le choc du glam – récemment traduit en français. À la fin des années 1960, le beige, le jean et la barbe mal entretenue sont de rigueur. On fait du rock profond, authentique, rebelle, et on refuse de « faire le show » pour satisfaire l’industrie de l’entertainment. Car ce qui compte, c’est la musique, rien que la musique.
Les New York Dolls
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Pied de nez aux cultures de son temps, le glam change de cap et jette aux oubliettes psychédélisme ou authenticité rock, leur préférant l’artifice et le masque. Le terme désigne en fait un sous-genre, né à l’aube des années 1970 avant de péricliter quatre ans plus tard, mais dont l’influence se fait sentir encore aujourd’hui. Avec lui on expédie les oripeaux hippies au profit de costumes et accessoires extravagants. La musique devient un spectacle visuel à part entière qui célèbre les apparences provocatrices, androgynes et puise son inspiration dans le théâtre, le cabaret, la culture queer et dandy.
Les principaux représentants de cette scène ? Alice Cooper, les New York Dolls, Slade, Roxy Music, David Essex, et bien sûr David Bowie que Reynolds présente comme le membre le plus électrique et le plus constant de cette équipe de rockers en talons à plateforme ; Bowie, le visionnaire, qui invente Ziggy, un alter ego qu’il fait mourir après Aladdin Sane (1973), album au sommet du glam avec son fameux éclair.
Pochette d’Aladdin Sane. Album de 1973 de David Bowie sur RCA.
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Dans la sphère publique, le musicien glam n’est en fait rien d’autre qu’un personnage. Ses postures et son look, souvent exagérés, sont au moins aussi importants que sa musique. C’est une « musique faite pour être regardée autant qu’écoutée », explique le producteur Mike Chapman, dans le livre de Reynolds.
Ce culte de l’image et ce ralliement aux codes du showbizz ne sont cependant pas sans réserve dans le glam. Celui-ci revêt en effet une dimension critique qui le distingue de la pop : les artistes, excentriques, parodient la société du spectacle et le glamour de l’époque. Ils se livrent, raconte Reynolds, « à une espèce de déconstruction ironique de leurs propres personnages et de leurs poses, tournant en ridicule leur prestation scénique ».
Réhabilitant dans cette mesure ces looks et ces coupes un peu ringards, Le choc du glam, navigue avec érudition dans les années 1970 mais aussi au-delà. Il retrace les débuts du groupe Roxy Music, raconte l’influence de l’univers de Tolkien, la carrière de Bowie en détail, la naissance du « bling-bling » avec Alice Cooper, analyse le « digi-glam » de Lady Gaga… En pas moins de 700 pages, Simon Reynolds signe la bible du mouvement. Incontournable !
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