Article réservé aux abonnés
« Lier le diable au coussin », « Jeter des roses aux cochons », « Ramasser l’œuf de la poule et pas celui de l’oie » ou encore « L’amour est du côté de la bourse »… Voici un petit florilège des expressions populaires que l’on peut tenter – avec plus ou moins de facilité – de déchiffrer dans cette œuvre de Bruegel. Intitulée Les proverbes flamands (1559), elle représente en effet près de 120 dictons ! S’ils n’ont vraisemblablement pas inspiré le chanteur des Fleet Foxes pour l’écriture des paroles de ses chansons, le groupe américain a en revanche choisi de faire figurer l’œuvre sur la pochette de leur 1er album. Un grand chef-d’œuvre de la peinture pour une petite pépite musicale aux sonorités folk-rock pastorales (on tient peut-être le lien avec le peintre du monde paysan), que l’on ne se lasse pas d’écouter – et d’observer, donc – depuis 2008 !
Fleet Foxes, Fleet Foxes, 2008
© Bella Union
L’histoire est aussi célèbre que tragique. Alors qu’Orphée et Eurydice sont sur le point de se marier, cette dernière meurt et descend aux Enfers. Grâce à sa lyre, Orphée charme Hadès qui consent à ce qu’il aille chercher sa bien-aimée, à la seule condition qu’il ne se retourne pas. Seulement, Orphée finit par se retourner et Eurydice disparaît à tout jamais… Nombreux sont les poètes, peintres et musiciens à s’être inspirés du mythe grec. Parmi eux, le groupe Arcade Fire a choisi de faire figurer, sur la pochette de son troisième album Reflektor (2013), le marbre Orphée et Eurydice taillé par Rodin entre 1892 et 1893… Deux chansons font d’ailleurs référence au couple mythique : Awful Sound (Oh Eurydice) et It’s Never Over (Oh Orpheus). Une envoûtante virée rock aux Enfers…
Arcade Fire, Reflektor, 2013
© Universal Music France
Tout a commencé un soir de beuverie, lorsque The Pogues fêtaient leur premier concert hors d’Irlande. Le batteur, Andrew Ranken, ivre mort et hilare, répétait une phrase qu’aurait prononcé Winston Churchill : « Ne me parlez pas de traditions dans la marine. Il n’y a que le rhum, la sodomie et le fouet », qui inspirera le groupe pour le titre de son second album, mais aussi pour sa pochette. Celle-ci reproduit Le Radeau de la Méduse (1818–1819) de Théodore Géricault, le naufrage le plus célèbre de l’histoire de l’art, dans lequel The Pogues voient un parallèle avec leur carrière. Le groupe fera appel à un certain Peter Mennim, peintre de leur connaissance, pour détourner le chef-d’œuvre et remplacer le visage des naufragés par celui des musiciens.
The Pogues, Rum Sodomy & the Lash, 1995
© Stiff Records
À quoi faut-il s’attendre après la fin du monde ? Au Paradis ! C’est en tout cas la thèse de Sun Ra, pionnier du free jazz, si l’on en croit la pochette d’It’s After The End Of The World – un live enregistré à l’occasion d’un festival à Berlin en 1970 – qui reproduit un détail du Jardin des délices (1503–1515) de Jérôme Bosch. Si l’œuvre originale est peuplée de détails foisonnants, le chantre de l’afrofuturisme et de la « philosophie cosmique » attire ici notre attention sur un couple qui s’enlace dans une bulle. Le chef-d’œuvre halluciné et féroce du primitif flamand inspirera également des artistes comme Deep Purple, Pearls Before Swine, Ray Manzarek (The Doors), Dead Can Dance ou encore plus récemment PAON, pour la pochette de leurs albums. Jérôme Bosch, indémodable maître du psychédélisme !
Sun Ra, It’s After The End Of The World, 1970
© MPS
De Metronomy (The Bay, 2011), en passant par Best Coast (California Nights, 2015) et The Cure (Boys Don’t Cry, 1980) : en matière de disque, les hommages à David Hockney sont nombreux ! Parmi eux, la pochette de Stade 2, du Français Mr Oizo (connu aussi comme réalisateur sous le nom de Quentin Dupieux), affiche sans doute la référence de la façon la plus évidente. Signée SoMe (graphiste d’Ed Banger, à qui l’on doit par exemple le cultissime clip D.A.N.C.E de Justice), elle détourne l’une des œuvres emblématiques du peintre britannique, Portrait of an artist (Pool with Two Figures) (1972), où l’artiste représente un homme (son ex-amant, Peter Schlesinger) se tenant habillé au bord d’une piscine, regardant un autre homme nager. En 2018, lors d’une vente, l’œuvre avait été adjugée à 90,3 millions de dollars, un record pour un artiste vivant.
Mr. Oizo, Stade 2, 2011
© Ed Banger Records
C’est l’un des bustes les plus célèbres de l’histoire de l’art. Les yeux clos d’Odilon Redon, œuvre manifeste du symbolisme, marque le passage de l’artiste du noir à la couleur. Mystérieuse et habitée d’une étrange sérénité, elle figure dans sa version bleue et or sur la pochette du premier album des Français Feu! Chatterton, en 2015. « C’est après avoir choisi ce tableau que l’on a décidé d’appeler l’album Ici le Jour (a tout enseveli). Parce que, quand on regarde la peinture, elle est bleue et a les yeux fermés, et pourtant on a l’impression que la lumière qui est autour d’elle provient de l’intérieur », expliquera le chanteur Arthur Teboul. Le nom du groupe fait d’ailleurs également référence à une peinture : La Mort de Chatterton d’Henry Wallis, qui représente le poète britannique sur son lit de mort. Son suicide, à l’âge de 17 ans, a contribué à faire de cet auteur du XVIIIe siècle une figure romantique et mélancolique. En somme, de la musique de dandy !
Feu! Chatterton, Ici le Jour (a tout enseveli), 2015
© Disques Barclay / Universal Music France
Duo énergique aux looks explosifs, auteur d’une pop cosmique : voilà comment on pourrait décrire en quelques mots les sœurs Larson, aka Prince Rama. Et les pochettes de leurs albums sont à l’image de leur excentricité. En témoigne celle d’Xtreme Now (2016) : les deux sœurs, dont on ne distingue que la partie inférieur du corps, posent en legging ultra moulant dont l’imprimé forme le visage de… la Joconde. La main posée chacune sur la fesse de l’autre, elles arborent fièrement gants fluo et ceintures de catch. Victoire par K.O. sur le ring du kitsch !
Prince Rama, Xtreme Now, 2016
© Carpark Records
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique