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Décryptage

Comment l’art prendra part au Grand Paris des JO

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Publié le , mis à jour le
Les Jeux olympiques de 2024 vont bouleverser Paris et ses alentours, et accélérer les promesses du Grand Paris. Des dizaines de chantiers majeurs, dont ceux du Village des athlètes et du Cluster des médias, aboutiront à la création de milliers de logements, sans compter les nombreux équipements sportifs qui sortiront de terre pour devenir pérennes. Grâce à la Solideo (Société de livraison des ouvrages olympiques), les artistes occupent une place de choix dans ces aménagements : on fait le point.
Illustration de Léa Chassagne pour les appels à la création de la démarche artistique pour le futur Village des athlètes
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Illustration de Léa Chassagne pour les appels à la création de la démarche artistique pour le futur Village des athlètes

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© Solideo - Sennse / Lea Chassagne

D’abord, quelques chiffres, pour avoir une idée de l’envergure des chantiers engendrés par les JO : durant les Jeux olympiques et paralympiques de l’été 2024, les nouveaux bâtiments érigés en Seine-Saint-Denis devront héberger 14 500 personnes – puis, après les Jeux, 6000 habitants et 6000 travailleurs. Dans ce gigantesque projet chiffré en milliards d’euros, la Solideo occupe un rôle central, et multiple : elle est maître d’ouvrage – avec des promoteurs privés – du Village des athlètes et du Cluster des médias, elle supervise et accompagne les maîtrises d’ouvrage privées et publiques de 62 projets olympiques et prend en charge une partie de leur financement. Le tout en tâchant de répondre à de nombreux principes directeurs, dont celui de « réaliser les premiers Jeux alignés sur l’accord de Paris sur le climat ».

Un Village des athlètes truffé d’œuvres d’art

Prenant le pouls de l’air du temps, qui accorde à l’art une place de plus en plus centrale, la Solideo veut également faire du Village des athlètes un quartier truffé d’œuvres d’art. Déjà en demandant aux promoteurs immobiliers qui construisent les immeubles de présenter des candidatures avec des artistes : neuf plasticiens contemporains (Morgane Tschiember, Nadine Schütz, Miguel Chevalier…) ont ainsi conçu onze œuvres qui seront intégrées aux résidences privées, et, promet la Solideo, « visibles depuis l’espace public ». Ensuite, elle a sollicité l’expertise de l’agence Manifesto (qui notamment également les ateliers d’artistes temporaires POUSH) et du commissaire d’exposition Gaël Charbau pour imaginer un parcours d’œuvres dans les rues du Village des athlètes. Six appels à projets successifs s’étaleront jusqu’en 2023 ; le premier, dévoilé lors d’une conférence de presse le 8 décembre dernier, a sélectionné les sculptures de fleurs à double cœur de Laurent Grasso.

À gauche : exemple d’intégration des bronzes sur la future place Ampère à Saint-Ouen sur Seine ; à droite: Laurent Grasso, “Les Racines du futur” (détail)
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À gauche : exemple d’intégration des bronzes sur la future place Ampère à Saint-Ouen sur Seine ; à droite: Laurent Grasso, “Les Racines du futur” (détail)

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Photo-simulation du bas-reliefs en bronze blanc pour le Village des Athlètes aux Jeux Olympiques de Paris 2024 (en cours). • © Laurent Grasso / ADAGP, Paris, 2022 / Studio Laurent Grasso / Courtesy Perrotin

« Tout sauf une œuvre phallique sur un rond-point. »

Gaël Charbau

L’idée d’inviter des artistes à participer à la construction, à la création des villes, est essentielle à Gaël Charbau, que nous interrogions début janvier : « L’art contemporain n’est pas juste une illustration, mais est autonome et participe à la compréhension du monde », au même titre qu’un architecte ou qu’un urbaniste. C’est pourquoi le commissaire (l’un des plus sollicités de ces dernières années en France !) insiste sur l’« anti-totémisation de l’art » : selon lui, l’art de demain ne sera pas fait « de grandes déclarations dans la ville » mais d’« œuvres plus subtiles, plus délicates » – autrement dit, « tout sauf une œuvre phallique sur un rond-point ». Différente du fonctionnement du 1 % artistique, qui marie une œuvre d’art contemporain et un bâtiment neuf, la réflexion de la Solideo et de Gaël Charbau veut donc écrire un « récit » (intitulé Courants fertiles) à l’échelle d’un quartier tout entier.

Portrait de Gaël Charbau
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Portrait de Gaël Charbau

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© DR

C’est pourquoi le commissaire a imaginé les six appels à création comme des « chapitres » de ce récit, aux titres plus ou moins nébuleux quoique non dénués de poésie : Laurent Grasso a ainsi répondu à « Racines », et les prochains seront invités à réfléchir autour des thèmes « Seuils », « Symbiose », « Naissance », « Épreuves » et « Magie collective ». De quoi laisser perplexes certains journalistes durant la conférence de presse, mais Gaël Charbau défend son idée : les thèmes ne sont pas là pour être pris au pied de la lettre mais relèvent plutôt d’une invitation à la réflexion, afin d’éviter de « parachuter un projet sans lien avec l’histoire du territoire ». D’ailleurs, les artistes venus avec les promoteurs immobiliers seront eux aussi accompagnés par Manifesto et son commissaire, pour que l’ensemble des œuvres reste cohérent. Avec, comme grande inspiratrice, la nature (bien présente chez Grasso, son œuvre s’inspirant de fleurs comme les pâquerettes, les tournesols et les lys, toutes ayant un lien paysager ou symbolique avec la Seine-Saint-Denis).

Art ou artificialisation ?

Là, on tique un peu : « amener de la nature dans la ville » par l’art, vraiment ? Doit-on y voir une forme d’art-washing, alors que les JO engendrent des pertes objectives d’espaces naturels, comme la disparition d’une partie des jardins ouvriers d’Aubervilliers au profit de la construction d’une piscine, ou encore d’un morceau du parc de la Courneuve, l’Aire des vents, pour devenir le Cluster des médias ? Ces deux chantiers ont ces derniers mois rendu furieux riverains et associations, et engendré des luttes dénonçant précisément « l’artificialisation » des paysages. À cette interrogation, la directrice adjointe de la Solideo Isabelle Vallentin nous rappelle par téléphone que le projet du Village olympique, construit sur un « secteur aujourd’hui très minéral », va permettre de « reconstruire la ville sur la ville tout en insérant de la biodiversité, de la végétation dans les espaces ». Elle souligne le vaste « travail de récupération des sols naturels », puis enchaîne : « Le travail de l’art dans la ville se fait à partir de ces réflexions », en collaboration avec des paysagistes et des architectes.

Projection 3D du Village des athlètes pour Paris 2024
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Projection 3D du Village des athlètes pour Paris 2024

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© Solideo - Plasticine

Pousser les artistes à « chercher tout ce qui peut nous connecter, nous faire prendre conscience que nous sommes dans une cosmogonie complexe ».

Si l’on résume, faire place au neuf n’est pas sans perte, mais le neuf se veut vertueux (et plus chic, c’est à présumer, que des jardins ouvriers au charme bordélique). Ici, Gaël Charbau complète et précise quant à lui que si les artistes sont invités à travailler à partir du vivant, il ne s’agit pas d’un « vivant caricatural » relevant par exemple uniquement du végétal. Ses indications thématiques veulent pousser les artistes à « chercher tout ce qui peut nous connecter, nous faire prendre conscience que nous sommes dans une cosmogonie complexe ».

Vue 3D de la Seine Olympique pour Paris 2024
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Vue 3D de la Seine Olympique pour Paris 2024

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© Paris 2024 / Florian Hulleu

L’ambition est belle, et intellectuellement stimulante, mais est-elle accessible à tous ? Les œuvres d’art seront-elles accompagnées d’une médiation ? Oui, nous répond le commissaire, tout sera fait pour que ces œuvres qui racontent le monde d’aujourd’hui et de demain soient le départ de rencontres, de discussions, avec les écoles, les associations du coin… « On n’a pas encore décidé de la forme finale mais il y aura un accompagnement pédagogique », qui pourra se matérialiser par des cartels physiques ou numériques, ou autre. Bref, le chemin est encore long, et prometteur : artistes, à vos idées ! Le prochain appel à projets se termine le 8 février – et sera donc suivi de quatre autres. Quant aux visiteurs, patience, et rendez-vous le 26 juillet 2024.

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