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Reportage

Poush, une tour désaffectée métamorphosée en incubateur d’artistes

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Publié le , mis à jour le
Planté au bord du périphérique parisien, c’est un immeuble de bureaux tout gris. Impossible, de l’extérieur, de deviner que des artistes y travaillent et imaginent leurs futurs projets. Poush est un incubateur d’artistes – autrement dit un lieu hors normes, provisoire mais plein d’espoir, qui répond aux problématiques concrètes de jeunes plasticiens. Reportage en coulisses.
Dans les locaux de l’incubateur Poush
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Dans les locaux de l’incubateur Poush

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© Manifesto

Pourquoi Poush ? Parce que le lieu est proche de la porte Pouchet, « la porte la moins connue de Paris » comme on s’en amuse ici, et pour provoquer une homonymie avec « push », soit « pousser » en anglais, et traduire l’idée d’un « tremplin » pour les artistes qui y résident. Le projet est porté par Manifesto, une agence de conseil culturel et de production artistique très active dans le projet du Grand Paris – soit une équipe de quinze personnes (architectes, urbanistes, chargés de production…), notamment à l’origine de l’Orfèvrerie de Saint-Denis, une friche occupée de façon éphémère par des créateurs de tout poil, et chargée du prochain village olympique, dont la direction artistique sera assurée par le curateur star Gaël Charbau.

L’immeuble de l’incubateur d’artistes Poush
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L’immeuble de l’incubateur d’artistes Poush

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© Manifesto

En bref, une agence qui a à cœur de penser le rôle des artistes dans la ville. Hervé Digne, président, et Laure Confavreux-Colliex, directrice générale, nous accueillent au sein de Poush en commençant par nous présenter l’ensemble de leurs missions et de leurs questionnements : « comment les artistes peuvent apporter une poésie dans le quotidien d’un quartier », « comment penser le développement urbain de façon différente, avec une dimension artistique ». Des idées alléchantes, bien sûr, qui disent aussi beaucoup de la tendance actuelle, pour les promoteurs immobiliers, de céder pour quelques mois des bâtiments à des initiatives artistiques, et ainsi donner un petit coup de neuf à un lieu avant d’y construire de nouveaux immeubles – les artistes étant souvent le premier vecteur de gentrification.

Les bureaux de Poush ont été investis au début de l’année 2020, et le seront jusqu’à l’été 2021. Encore un an, donc, pour les cent soixante-dix artistes choisis car déjà résidents à l’Orfèvrerie, ou sélectionnés sur portfolio. Le loyer ? « Entre 11 et 13 euros le mètre carré par mois, détaille le directeur artistique Yvannoé Kruger. On a essayé d’être le plus bas possible, et ça inclut tout : les charges, l’électricité, le ménage, le wifi, la sécurité, et notre accompagnement. » Car chaque semaine, les artistes peuvent assister à des conférences et à des ateliers, s’informer auprès d’un service juridique et imaginer des projets monumentaux avec un service de production, être présentés à un commissaire et recevoir des collectionneurs, Poush étant bien plus qu’une réunion d’ateliers à bas coût, mais un véritable « incubateur ». Comme pour les start-up.

Alexandre Colliex et Bruno Albizati chez Poush
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Alexandre Colliex et Bruno Albizati chez Poush

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© Manifesto

L’idée vient combler un manque réel, bien connu des jeunes plasticiens. À la sortie des écoles d’art, la plupart d’entre eux se retrouvent sans atelier, et sans ressources face à un marché de l’art féroce aux règles précises. Nous faisons ainsi la connaissance de la jeune Dana-Fiona Armour, qui fabrique ses « toiles à partir d’organes de cochon » : Poush est son tout premier atelier en dehors de ceux des Beaux-Arts, qu’elle continuait d’utiliser après l’obtention de son diplôme en 2018. « Poush me sert de showroom ; c’est important de garder l’espace propre. » Un espace pour présenter son travail, recevoir, et qui a l’avantage de lui permettre des rencontres avec de nombreux autres artistes.

Grégory Chatonsky, plasticien confirmé, a lui aussi son atelier dans l’immeuble de bureaux, et loue un second espace pour ses étudiants, où ils peuvent travailler sur une surface de 100 mètres carrés et « expérimenter des expositions ». Lui connaissait bien les immeubles partagés entre artistes, vus notamment à Montréal et aux États-Unis, et apprécie que le principe arrive en France. « L’auto-organisation entre les artistes est assez excitante ! » Faire la cuisine, s’entraider, se rencontrer… D’autant qu’ici, la concentration d’artistes est énorme !

Dana Fiona Armour et Grégory Chatonsky dans leur atelier  respectif chez Poush
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Dana Fiona Armour et Grégory Chatonsky dans leur atelier respectif chez Poush

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Photo Sarah Willmeroth / Photo Grégory Chatonsky

Certains ont un autre atelier ailleurs, mais utilise celui-ci pour des usages complémentaires. Paul Créange, qui « travaille l’image comme un flux » à travers des assemblages de rebuts sur lesquels il imprime des photographies, nous accueille ainsi dans son bureau, très lumineux car disposant de fenêtres d’angle, le dos courbé sur son ordinateur. « Ce n’est pas vraiment mon atelier mais un endroit pour penser des projets, pour dessiner… » Il évoque un travail avec des scolaires, une « œuvre collective pour créer quelque chose de poétique à partir d’objets connectés », et un autre, pensé pour le bâtiment de Poush avec un lycée technique, « autour du vent ». Car c’est aussi l’envie de cet incubateur atypique : faire dialoguer les artistes et la ville de Clichy, ses commerçants, ses habitants, avec des portes ouvertes, des visites réservées aux plus jeunes, des projets – une vie quotidienne, en somme.

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