Transport du “Balcon” d’Édouard Manet au musée d’Orsay en 2010
© François Guillot / Afp
Rome ne s’est pas faite en un jour… Les musées non plus ! Leur histoire découle directement de la constitution de collections royales, à la Renaissance, que l’on va rassembler et conserver au sein de ce qu’on nomme alors « galeries ». Un musée, c’est donc d’abord une collection permanente, qui s’enrichit au fil d’acquisitions.
Pour nourrir leurs collections, plusieurs possibilités s’offrent aux musées. On pense bien sûr à l’achat qui pourra se faire auprès de galeries ou de maisons de ventes aux enchères. Dans ce dernier cas, les musées nationaux disposent d’un droit de préemption (loi du 31 décembre 1921), soit une procédure spécifique qui permet à l’État français d’acquérir des œuvres d’art lors de ventes publiques pour enrichir les collections nationales.
Émile Bernard, Baigneuses aux nénuphars, vers 1889
Huile sur toile • 92,2 × 72,8 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Christie’s Images Limited 2023
Cet outil important, qui ne concerne que des pièces d’intérêt majeur, à l’image du tableau Baigneuses aux nénuphars d’Émile Bernard acquis en 2023 par le musée d’Orsay, permet à l’État de se substituer lors d’une vente au dernier enchérisseur, et d’acheter donc l’œuvre en question au prix du marché. Un représentant du musée présent dans la salle des ventes se lève alors au moment de l’adjudication et clame : « Droit de préemption ! »
L’achat peut aussi se faire directement auprès des artistes contemporains, parfois dans le cadre d’une commande passée pour créer des œuvres spécifiques (pour un lieu, un événement…).
Attention, on n’achète pas au hasard. L’entrée d’une œuvre dans un musée est conditionnée à des règles strictes. Des conservateurs et des experts procèdent à une évaluation de la pièce, durant laquelle l’authenticité et la provenance sont rigoureusement examinées. Il s’agit aussi d’évaluer la qualité artistique du candidat, son importance historique, son état de conservation et sa pertinence pour la collection du musée. La décision finale revient à un comité d’acquisition.
Les dons et les legs sont aussi très précieux pour enrichir nos musées. De leurs vivants, des collectionneurs privés, des artistes ou des héritiers d’une collection peuvent faire un don, c’est-à-dire transférer leurs biens à un musée, un courrier (pour un don) ou un acte de notaire faisant foi (pour une donation).
L’abbaye de Fontevraud qui abrite depuis 2021 la collection d’art moderne de Martine et Léon Cligman
© Sébastien Gaudard
De nombreuses institutions prestigieuses continuent de voir le jour grâce à ces actions. C’est le cas de l’abbaye de Fontevraud qui abrite depuis 2021 un musée d’art moderne, et a vu le jour grâce au don des collectionneurs Martine et Léon Cligman.
« Le Moulin de la Galette » de Pierre-Auguste Renoir exposé au musée d’Orsay qui l’a acquis en 1876 grâce au legs de Gustave Caillebotte, 2018
Photo Steven Zucker
Le legs est un héritage. Consigné dans un testament, il ne prend effet qu’après le décès du généreux collectionneur. C’est le cas du célèbre legs de la collection d’œuvres impressionnistes de Gustave Caillebotte offerte à l’État selon son testament rédigé une première fois le 3 novembre 1876. Exposée au musée du Luxembourg, la quarantaine de toiles, dont d’immenses chefs-d’œuvre tels Le Bal du moulin de la Galette d’Auguste Renoir, La Gare Saint-Lazare de Claude Monet, Le Balcon d’Édouard Manet, constitue aujourd’hui l’un des trésors des collections permanentes du musée d’Orsay.
Faire vivre un musée, c’est aussi monter des expositions. Les musées ont la possibilité d’accueillir des œuvres grâce à des prêts entre institutions. Pour obtenir les prêts les plus prestigieux, le mieux est d’avoir un bon tableau en monnaie d’échange…
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