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Gustave Caillebotte en 2 minutes

En bref

Réaliste affilié à l’impressionnisme, rentier, collectionneur, mais aussi brillant architecte naval, Gustave Caillebotte (1848 – 1894)  est un personnage aux multiples facettes, souvent considéré comme le peintre du Paris haussmannien. Derrière ce thème moderne se cache le regard d’un artiste sensible et audacieux, abordant ses sujets avec une grande finesse psychologique. La solitude, l’ennui que dégagent ses personnages en témoignent. Très investi dans le monde de l’art, Caillebotte devient le premier grand soutien et mécène des peintres impressionnistes, notamment de Claude Monet. Il est aussi à l’origine d’un legs historique qui fit entrer des toiles impressionnistes et de l’école du plein air dans les musées français, mais aussi américains.

Gustave Caillebotte, Autoportrait au chevalet
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Gustave Caillebotte, Autoportrait au chevalet, 1879

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Huile sur toile • 90 × 115 cm • Collection particulière • © Bridgeman Images

On a dit de lui

« Il a été bon et généreux et, ce qui ne gâte rien, un peintre de talent. » Camille Pissarro

Sa vie

En 1848, Caillebotte naît dans une famille nombreuse de riches commerçants dont la fortune ne fait que s’accroître sous le Second Empire. Elle tient une boutique fameuse à Paris et possède une vaste propriété à Yerres, dans l’Essonne (aujourd’hui ouverte au public). Bon élève, Gustave Caillebotte fait ses études dans la Manche, et obtient son baccalauréat. Peu de temps après la fin de ses études, à 22 ans, il est mobilisé dans la garde nationale et participe à la guerre franco-prussienne.

En 1871, le jeune homme attiré par la peinture entre dans l’atelier de Léon Bonnat, peintre académique de renom. Il commence à fréquenter d’autres artistes, dont Edgar Degas. Reçu à l’École des Beaux-Arts, Caillebotte délaisse pourtant l’enseignement officiel et se tourne vers la bohème.

La mort de son père, en 1874, fait de lui un riche rentier. Jamais il n’aura besoin de travailler pour vivre, se permettant même de collectionner et de subventionner ses amis dans le besoin. L’artiste acquiert ainsi des toiles majeures de l’histoire impressionniste à partir de 1876, comme Le Bal du moulin de la Galette d’Auguste Renoir. En 1875, le refus au Salon officiel des Raboteurs de parquet, représentant des ouvriers au travail, pousse Caillebotte à rejoindre la phalange des futurs impressionnistes en tant que peintre.

Sans son aide financière, il est certain que les expositions du groupe des impressionnistes n’auraient pu voir le jour. Caillebotte finance de sa poche celles de 1877, 1879, 1880 et 1882. Sa place au sein de ce groupe, marqué par la peinture de plein air, pose question : c’est en effet un peintre de l’urbanité bourgeoise et qui cultive un réalisme très photographique, le différenciant de Monet ou de Renoir. L’artiste se montre cependant très audacieux dans le choix de ses cadrages, en plongée ou contre-plongée, inspirés des estampes japonaises pour lesquelles il se passionnait, tout comme ses amis.

Gustave habite dans un bel appartement haussmannien avec l’un de ses frères, Martial, qui partage avec lui le goût de la photographie, mais aussi de la philatélie. Ensemble, ils sont aussi des fous de canotage et achètent une propriété sur les bords de Seine, à Gennevilliers. Avec la peinture, le nautisme est la seconde grande passion de Gustave Caillebotte, qui devient un brillant architecte naval. L’horticulture et le jardinage l’intéressent également, à l’instar de Monet dont il est un ami proche.

Suite au décès prématuré de l’un de ses frères, Caillebotte est persuadé qu’il mourra jeune. Dès 1876, il rédige son testament et décède une vingtaine d’années plus tard, en 1894, d’une congestion cérébrale, à l’âge précoce de 45 ans. Sa perte est douloureuse pour ses amis impressionnistes. Une exposition de ses œuvres est organisée à la galerie Durand-Ruel. Jusque dans les années 1950, les historiens de l’art l’ont laissé à la marge de l’histoire de l’impressionnisme, mais son importance a été réévaluée depuis.

Caillebotte est surtout célèbre en raison du legs qu’il fit à l’État français, riche de 67 tableaux impressionnistes, deux dessins de Jean-François Millet et sept pastels de Degas. Ce legs donna lieu à de nombreux débats, qui aboutit finalement à une sélection de 38 œuvres. La Balançoire de Renoir, tableau présenté lors de la 3e exposition impressionniste de 1877, intégra à cette occasion les collections nationales françaises. Les toiles refusées par l’État français prendront, pour beaucoup d’entre elles, le chemin des musées américains.

Ses œuvres clés

Gustave Caillebotte, Les Raboteurs de parquet
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Gustave Caillebotte, Les Raboteurs de parquet, 1875

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Huile sur toile • 102 × 146 cm • Musée d’Orsay, Paris • © Bridgeman Images

Les Raboteurs de parquet, 1875

Refusé au Salon de 1875, cette toile est devenue l’une des plus célèbres du mouvement réaliste et impressionniste. Caillebotte représente des ouvriers occupés à raboter le parquet d’un appartement bourgeois. C’est l’image du prolétariat mais, à la différence d’un Gustave Courbet, le peintre ne produit pas un discours moral ou politique. L’artiste est attaché à la tradition classique, comme le montrent le traitement des torses nus et l’attention aux détails et à la finition. Cependant, il se montre puissamment moderne par sa crudité (la cause de son refus) et le cadrage audacieux qui évoque la photographie.

Gustave Caillebotte, Le Pont de l’Europe
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Gustave Caillebotte, Le Pont de l’Europe, 1876

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Huile sur toile • Musée du Petit Palais, Genève • © Art Heritage / Alamy / Hemis

Le Pont de l’Europe1876

Le pont de l’Europe surplombe la gare Saint-Lazare, peinte par Monet à la même époque que Caillebotte. Mais ce dernier délaisse la machine au profit de l’humain. Il immortalise la cohabitation muette des classes sociales (l’ouvrier, le couple bourgeois) dans une modernité naissante symbolisée par la vapeur lointaine des trains. Le pont métallique est lui-même un motif moderne. Caillebotte crée un effet de perspective fuyante et oblique très neuf, qui met l’accent sur la notion de vitesse et de mobilité dans une ville en complet changement. Comme à son habitude, le peintre aurait utilisé la photographie pour l’aider à concevoir sa composition.

Gustave Caillebotte, Rue de Paris, temps de pluie
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Gustave Caillebotte, Rue de Paris, temps de pluie, 1877

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Huile sur toile • 212,2 × 276,2 cm • Art Institute, Chicago • © Art Institute, Chicago

Rue de Paris, temps de pluie, 1877

Présentée lors de la 3e exposition impressionniste, cette œuvre met en scène l’activité d’une rue parisienne bourgeoise, née d’une percée haussmannienne. Avec un grand réalisme, le peintre rend les effets de la pluie qui font luire les pavés et mouillent les parapluies (un thème également traité par Renoir quelques années plus tard). Le couple d’élégants bourgeois qui s’avance observe distraitement l’activité de la ville, croisant d’autres passants indifférents. Derrière le thème du Paris moderne, en pleine urbanisation, Caillebotte nous parle de la solitude et de la monotonie vécue par ses habitants, même les plus aisés.

Par • le 25 mai 2020

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