Art pariétal

Découverte de la plus ancienne œuvre d’Europe (57 000 ans) dans une grotte d’Indre-et-Loire ?

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La grotte de la Roche-Cotard à Langeais et ses présumées gravures rupestres vieilles d’au moins 57 000 ans
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La grotte de la Roche-Cotard à Langeais et ses présumées gravures rupestres vieilles d’au moins 57 000 ans

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© Radio France / Nicolas Van Ingen

Pas de bisons colorés ni de cerfs caracolant comme sur les parois de Lascaux, mais des lignes gravées assorties de points. S’il s’agit bien d’œuvres d’art, elles sont abstraites, et moins spectaculaires. Mais ce qui les rendrait extraordinaires, c’est qu’il s’agirait des plus anciennes œuvres d’art connues d’Europe, vieilles d’au moins 57 000 ans ! Détaillée dans un article de 53 pages paru le 21 juin dans la revue scientifique Plos One, la découverte a été faite dans la grotte de la Roche-Cotard, à Langeais en Indre-et-Loire, par l’équipe du paléontologue Jean-Claude Marquet, chercheur associé au laboratoire Archéologie et Territoires de l’Université de Tours, et ex-conservateur du musée de la Préhistoire du Grand-Pressigny.

Classée monument historique en 2021

Pour l’archéologue, les gravures pourraient donc même remonter à bien plus loin que 57 000 ans, peut-être 75 000 !

L’entrée de la grotte avait été dévoilée en 1846 lors de la construction de la voie ferrée Nantes-Tours, et son intérieur en 1912 par le propriétaire du domaine, qui y avait suivi son chien. Mais elle était restée fermée durant des décennies, avant que Marquet y entame les premières fouilles en 1976, les relance en 2008 après trente ans d’interruption (faute d’outils scientifiques assez performants), puis les transforme en projet de recherche international en 2015. Toujours privée, la grotte a été classée monument historique en 2021.

Lignes gravées et assorties de points retrouvées dans la grotte de Roche-Cotard à Langeais
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Lignes gravées et assorties de points retrouvées dans la grotte de Roche-Cotard à Langeais

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© Sciences et Avenir / Jean Claude Marquet

Pour Marquet, ces traces laissées sur une paroi de tuffeau (une roche blanche et tendre très présente dans la région) de douze mètres de long, et dont les mesures par photogrammétrie ont prouvé qu’elles avaient été creusées par des doigts humains, sont « des formes délibérées, organisées et intentionnelles », et « pas utilitaires ». En clair, des œuvres d’art ! Le carbone 14 ne pouvant aider au-delà de 40 000 ans, leur datation repose sur une déduction simple : on sait que la grotte fut occupée jusqu’à il y a 57 000 ans, puis fermée par les sédiments de la Loire. Pour l’archéologue, les gravures pourraient donc même remonter à bien plus loin que 57 000 ans, peut-être 75 000 !

Ces découvertes réécrivent l’Histoire mais restent contestées

Pour eux, il ne s’agirait que de traces laissées par des individus ayant voulu s’essuyer les mains sur la paroi, et non de gestes artistiques…

Cette datation implique que ces lignes ont été tracées non pas par Homo sapiens mais par son cousin et prédécesseur, Néandertal. Longtemps considéré comme bestial et basique, ce dernier s’est révélé, au fil de plusieurs découvertes ces dernières années, bien plus évolué qu’on ne le pensait – il a d’ailleurs gravé des lignes géométriques il y a 39 000 ans dans une grotte de Gibraltar. « Le comportement et les activités des Néandertaliens étaient aussi complexes et diversifiés que ceux de nos propres ancêtres », conclut Marquet, qui a également découvert dans la grotte des silex et un objet énigmatique : une pierre portant des éclats symétriques, traversée par une esquille osseuse « bloquée intentionnellement », pour figurer ce qui ressemble à un visage humain ou animal – surnommé « le masque de la Roche-Cotard » par Michel Lorblanchet, directeur de recherche honoraire au CNRS et spécialiste de l’art de la Préhistoire !

Le présumé masque sculpté, retrouvé dans la grotte de la Roche-Cotard à Langeais
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Le présumé masque sculpté, retrouvé dans la grotte de la Roche-Cotard à Langeais

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© Wikimedia Commons

Plusieurs chercheurs remettraient cependant en cause le caractère artistique des gravures de la grotte de Roche-Cotard. Pour eux, il ne s’agirait que de traces laissées par des individus ayant voulu s’essuyer les mains sur la paroi, et non de gestes artistiques… Tout comme le « masque » pourrait n’être qu’un étui à outil. « C’est devenu une sorte de course à l’échalote : c’est à qui découvrira une nouvelle capacité de l’homme de Néandertal pour faire la Une des journaux, déplorait l’archéologue et spécialiste de l’art pariétal Romain Pigeaud dans Sciences Humaines en 2018. Au point qu’il est devenu dangereux de contester certaines avancées, sous peine de se faire accuser de ‘paléoracisme’ ou d’être réactionnaire ».

La plus ancienne grotte ornée connue de France ?

Mais si les conclusions de Marquet sont bonnes, cette grotte serait la plus ancienne grotte ornée connue de France, et ces gravures les plus anciennes œuvres d’art connues d’Europe ! Pour rappel, la plus vieille peinture rupestre au monde serait un cochon sauvage datant d’il y a plus de 45 500 ans, trouvé en Indonésie. En Europe, il s’agirait du rhinocéros de la Grotte Chauvet, vieux de 35 000 à 38 000 ans. Quant aux gravures, la plus ancienne à ce jour en France (hors Roche-Cotard) serait dans l’abri Castanet à Castel Merle (37 000–39 000 ans). Dans le monde, il s’agirait de gravures trouvées sur le site de Trinil sur l’île de Java… datant d’il y a 430 000 à 540 000 ans.

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