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RENCONTRE

Doris Salcedo : « Effacer les marques de violence et les soigner, c’est impossible, mais c’est mon idéal »

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Depuis près de trente ans, Doris Salcedo cherche à inscrire dans son œuvre une mémoire de la souffrance. Celle de son pays natal, la Colombie, mais aussi celle qui frappe les êtres à travers le monde. À l’occasion de sa rétrospective à la fondation Beyeler, en Suisse, rencontre à Bogotá avec une artiste unique qui place le collectif au cœur de sa création.
Portrait de l’artiste Doris Salcedo dans son atelier à Bogotá
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Portrait de l’artiste Doris Salcedo dans son atelier à Bogotá

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© Ricardo Pinzon Hidalgo pour Beaux Arts Magazine

Elle a une crinière de lionne et des yeux noirs brillant de l’intensité des milliers de témoignages qu’elle a recueillis tout au long de sa vie, auprès de femmes, d’hommes, d’enfants. Tous traumatisés par la barbarie humaine en Colombie, pays où elle est née et vit toujours. Depuis près de trente ans, cette artiste invitée à exposer dans les plus grands musées du monde, lauréate des prix internationaux les plus prestigieux (Nomura Art Award, Velázquez…), développe une œuvre qui traite les questions de la souffrance, de la violence et de la mémoire, à partir des traumatismes vécus dans son pays d’origine.

Doris Salcedo, Atrabiliarios [détail]
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Doris Salcedo, Atrabiliarios [détail], 1992–2003

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Chaussures, cloisons sèches, peinture, bois, fibres animales et fil chirurgical • dimensions variables • Coll. San Francisco Museum of Modern Art, San Francisco / Courtesy Doris Salcedo / Photo Ben Blackwell

Des œuvres qui témoignent de l’effroi sans jamais montrer directement l’horreur, mais en la suggérant dans des installations résolument belles, dont la réalisation demande un certain effort. Celui qui exprimera le temps de la souffrance, soit des centaines d’heures de travail qui impliquent les hommes et femmes victimes de ces barbaries. Doris Salcedo revendique la dimension collective de ses œuvres, fruit de son travail, de celui des victimes, mais aussi de celui de son équipe, mobilisée durant de longs mois de réalisation. Ainsi en est-il de sa série intitulée Tabula Rasa, composée de plusieurs tables rustiques en bois qu’elle a fait détruire et reconstruire millimètre par millimètre, en hommage aux femmes victimes de violences sexuelles pendant la guerre civile en Colombie [commencée au milieu des années 1960 et officiellement terminée en 2016]. Ces tables semblent porter des blessures, gardant la trace des douleurs subies. 

Dans son atelier au cœur de Bogotá, rencontre avec une artiste majeure qui a su développer une œuvre à la fois unique et universelle. Où il est notamment question de migration et de dérèglement climatique, qu’elle juge indissociables. Des mots et un échange où la beauté s’exprime dans la gravité.

Doris Salcedo, Untitled
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Doris Salcedo, Untitled, 2003

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1550 chaises • 8e biennale d’Istanbul • © Doris Salcedo / Photo Juan Fernando Castro

Vous avez commencé à dessiner à l’âge de 6 ans. À quel moment avez-vous envisagé de devenir artiste ? Et comment vous définissez-vous ? Comme une artiste politisée, une artiste activiste ?

L’art a toujours fait partie de moi. Peut-être parce que j’ai toujours été nulle dans toutes les autres disciplines. Ma mère a vu que je passais tout mon temps à dessiner, et elle a très vite compris que c’était ce qui m’attirait. Ensuite, je crois que l’art est toujours politique. Je ne suis pas une activiste, même si, à certains moments de ma vie, j’ai produit des œuvres qui pourraient le laisser penser. Je crois en l’art et dans son pouvoir de nous rendre notre dignité, dignité dont le peuple colombien a été privé. Vous ne pouvez pas imaginer ce que cela fait de passer une frontière avec un passeport colombien : toutes les alarmes se déclenchent immédiatement.

Beaucoup de vos œuvres concernent justement l’histoire de la Colombie, mais d’autres abordent les désordres du monde dans sa globalité – émigration, violence ou changements climatiques. Pour vous, la Colombie est-elle une forme de concentré de ces désordres et horreurs – présents et à venir ?

Je crois, en effet, qu’être colombienne m’a aidée. Ceux qui grandissent entourés de beauté, d’art et de culture peuvent parfois penser qu’ils appartiennent à une civilisation supérieure. J’ai vécu l’exact opposé. Mon pays est l’un des plus violents au monde. En tant qu’artiste, j’ai donc regardé ce qui se passait autour de moi pour essayer de comprendre. Comment cette violence peut-elle faire sens ? J’ai été particulièrement marquée par les déplacements forcés de population. Au moins 9 millions de Colombiens ont été obligés de quitter leurs terres, soit par la guérilla de gauche [Farc], soit par les groupes paramilitaires de droite [ELN]. Leur méthode était la suivante : ils arrivaient dans une ferme, tuaient les hommes, obligeaient les femmes à sortir – ils les violaient parfois –, avant de s’emparer des terres, la plupart du temps pour y installer des plantations de coca. J’ai commencé à suivre des familles qui avaient été déplacées tout au long de la côte nord du pays, parfois jusqu’à cinq ou six fois consécutives. J’ai ensuite pris conscience du fait que cette situation vécue en Colombie était malheureusement universelle… Les problèmes que nous avons rencontrés dans le passé adviennent désormais en Europe et aux États- Unis. C’est très triste de se rendre compte que le monde n’évolue pas dans le bon sens et au contraire qu’il régresse.

Vous venez de recevoir l’un des trois prix récompensant la meilleure œuvre de la 15e biennale de Sharjah, aux Émirats arabes unis [jusqu’au 11 juin], pour Uprooted. Composée de 804 arbres morts, sculptés et assemblés, cette installation représente une sorte d’immense maison, en hommage aux migrants du monde entier. Pouvez-vous nous en parler ?

Doris Salcedo s’affaire sur une œuvre en cours intitulée « Forest of Absences » à Bogotá
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Doris Salcedo s’affaire sur une œuvre en cours intitulée « Forest of Absences » à Bogotá

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© Ricardo Pinzon Hidaglo pour Beaux Arts Magazine

Depuis des années, je travaille sur les différentes expériences que vivent les migrants. Je crois que c’est l’une des problématiques majeures de notre époque, avec la crise du climat. J’ai pu observer de nouvelles formes de migration où les personnes se déplacent aujourd’hui par groupes pour traverser les continents. Je m’aperçois que les pays qui ont déjà dissimulé la crise climatique sont les mêmes que ceux qui expulsent des populations. En Amérique centrale, par exemple, on voit des kilomètres entiers de forêts mortes. Cultiver ces terres n’est plus possible. Ces gens connaissent donc l’insécurité, l’angoisse de ne pas pouvoir travailler. J’ai donc essayé de rassembler l’expérience des migrants et la question de la crise du climat dans une thématique principale : cette force qui expulse les gens de leur terre natale.

« Je considère la beauté comme la forme de dignité la plus pure qui soit. »

Pour moi, la migration est toujours forcée. M’étant aussi penchée sur des cas de camps de réfugiés, j’ai eu l’idée de faire une maison. Pas seulement une cabane, car je voulais honorer ces vies et montrer à quel point les réfugiés font preuve de dignité, quel que soit leur degré de pauvreté – en tant qu’artiste, je considère la beauté comme la forme de dignité la plus pure qui soit. C’est pour cela que j’ai voulu bâtir une cathédrale, un bâtiment fort. C’est presque une maison absurde, parce que ce qui définit un chez-soi, c’est la sensation de protection que l’on y ressent après une dure journée ou un long périple. Je voulais faire une maison sans intérieur, sans cloisons. Un bâtiment qui ne serait qu’extériorité. J’ai donc assemblé des arbres en les plaçant très près les uns des autres, puis je les ai espacés peu à peu jusqu’à ce que l’édifice se désintègre contre un mur. On se retrouve dans une forêt sans vie, impénétrable. Cette œuvre évoque l’absurde, l’impossible, le nomadisme, l’absence de murs protecteurs et enfin le bois mort.

Doris Salcedo, Uprooted
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Doris Salcedo, Uprooted, 2020–2022

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804 arbres mors et acier • 3 000 × 650 × 500 cm • 15e biennale de Sharjah • Courtesy Doris Salcedo / © Photo Juan Castro

Dans un entretien public avec Klaus Biesenbach, directeur de la Neue Nationalgalerie à Berlin, vous avez dit que la crise écologique que nous vivons était notamment une conséquence du colonialisme occidental. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

L’impérialisme a été le point de départ de beaucoup de choses, notamment du commerce des esclaves réquisitionnés pour travailler dans les plantations. Mais créer une plantation, cela veut aussi dire, au préalable, déforester. Tout cela s’est fait dans le monde colonisé, pas en Europe. Celle-ci s’est débarrassée des populations à qui elle ne pouvait offrir des conditions de vie décentes, les livrant à des groupes criminels. Par ailleurs, les pays d’Afrique ou d’Amérique latine comme la Colombie, majoritairement situés dans l’hémisphère Sud, sont ceux qui souffrent le plus des conséquences du changement climatique. Par-dessus le marché, nous recevons tous les déchets toxiques de l’Europe, de l’Australie, du Japon ou encore de l’Amérique du Nord.

« Il existe un colonialisme des déchets. La démocratie dans les pays occidentaux n’aurait pas été possible sans tout cela. »

J’ai lu que Joe Biden avait un grand programme de nettoyage de l’eau aux États-Unis, prévoyant notamment de remplacer tous les tuyaux en plomb par des conduits fabriqués avec un nouveau matériau, moins toxique. Mais où va être envoyé tout ce plomb ? Au Mexique, évidemment. Il y a quelques années, l’Allemagne a reçu le prix du pays le plus propre du monde. Or, la même année, elle a exporté des milliards de tonnes de déchets toxiques qui se sont retrouvés au Vietnam, manipulés par des travailleurs qui devaient les trier au prix de leur santé. Des accords sont signés entre États, et les populations sont forcées de recevoir ces produits dangereux. Il existe un colonialisme des déchets. La démocratie dans les pays occidentaux n’aurait pas été possible sans tout cela, sans la destruction environnementale, sans la destruction de personnes qui n’ont pas été traitées comme des êtres humains. Cela me fend le cœur de constater que ce cycle n’a jamais été brisé. Il recommence à nouveau, de façon encore plus brutale.

Doris Salcedo, A flor de piel II
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Doris Salcedo, A flor de piel II, 2013-2014

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Pétales de rose et fils • dimensions variables • Coll. Tate, Londres • © Doris Salcedo / Photo David Heald / Photo Patrizia Tocci

À mes yeux, tout est lié : le racisme, l’esclavage, les plantations, les migrations, les camps de réfugiés, le système carcéral… Tous ces éléments créent une réalité affreuse et chaotique dont nous devons essayer de démêler l’écheveau. Ici, dans l’hémisphère Sud, nous sommes confrontés à ce cercle vicieux, et il est très dur d’y échapper. Beaucoup de gens pensent que les Colombiens sont tous des dealers de drogue. Il y a quelques mois, notre gouvernement a suggéré de ne pas détruire obligatoirement les plantations de coca. Les Américains ont répondu que nous y étions obligés, donc nous nous plions à cette exigence. Nous ne pouvons pas prendre de décisions nous-mêmes. Or, quand une plantation est détruite, les dealers pénètrent encore plus loin dans la jungle et ravagent de nouvelles terres. C’est un cycle sans fin de destruction.

Doris Salcedo, Fragmentos
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Doris Salcedo, Fragmentos, 2018

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1296 dalles réalisées à partir de 37 tonnes d’anciennes armes des Farc • © Courtesy Doris Salcedo et White Cube, Londres / Photo DR

Vous avez tenu à m’emmener voir Fragmentos, un « contre-monument » que vous avez créé à Bogotá en 2017, considéré aujourd’hui comme l’une de vos œuvres majeures. Comment est née cette installation et de quoi s’agit-il ?

En 2016, un accord de paix a été signé avec le plus grand groupe de guérilla en Colombie, les Farc [Forces armées révolutionnaires de Colombie]. L’organisation a accepté de remettre 37 tonnes d’armes à l’ONU, que j’ai pu récupérer et utiliser ensuite comme matériau. Pour créer le plancher de Fragmentos, j’ai invité 20 femmes qui avaient été violées par des hommes armés à travailler avec moi pendant presque deux ans. L’idée, c’est que chaque arme peut être transformée en une source de vie. Le métal a été fondu puis frappé à l’aide de lourdes masses pour fabriquer des dalles souples. C’était un peu difficile au début. Mais plus le temps passait, plus elles frappaient fort, se battant contre le fait de s’être fait voler leur corps.

Il y avait de la beauté dans ce processus cathartique. Cela leur a donné une énergie nouvelle et leur a permis de reprendre possession d’elles-mêmes. Lorsqu’une personne est armée, elle peut faire ce qu’elle veut de nous. Dans cet espace, au contraire, nous marchons sur les armes, et ce processus remet les êtres humains à égalité. Pourquoi un « contre-monument » ? Parce qu’ici la création disparaît, c’est un sol sur lequel on marche, et j’ai voulu que les murs soient occupés par les œuvres d’autres artistes exprimant leur perception de la guerre en général. Et cela pendant les cinquante-trois ans à venir, pour égaler la durée du conflit avec les Farc.

Doris Salcedo, Palimpsest
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Doris Salcedo, Palimpsest, 2013–2017

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Équipement hydraulique, marbre moulu, résine, corindon, sable et eau • Coll. Fondation Beyeler • Courtesy Doris Salcedo et White Cube, Londres / © Photo Mark Niedermann

Parlez-nous de votre exposition actuelle à la fondation Beyeler, en Suisse. Comment l’avez-vous conçue ? S’agit-il d’une rétrospective ?

Oui, c’est une sorte de rétrospective, mais qui ne couvre pas la totalité de ma production et qui n’est pas chronologique car, pour moi, l’important, c’est l’espace et l’architecture. Une œuvre doit trouver son espace, l’organisation d’une exposition ne peut pas être guidée par des questions de chronologie. Pour sélectionner celles que je souhaitais montrer, j’ai choisi les œuvres qui touchent un point vraiment sensible de la vie humaine, qui ont la signification la plus profonde et universelle. Comme Unland, par exemple, un ensemble de trois sculptures créé avec des enfants témoins de la mort de leurs parents. Ce travail est l’un des plus difficiles que j’ai réalisés. Cela m’a confrontée à l’absurdité de toutes ces vies colombiennes gâchées. Tant de gens se font tuer qu’on en oublie la valeur de la vie. Je voulais que cette œuvre reflète la façon la plus grotesque de gâcher son énergie. J’ai donc choisi les matériaux les moins techniques possibles. Que possède-t-on quand on est pauvre ? Rien d’autre que son propre corps. J’ai donc utilisé des cheveux, puis réfléchi à la façon la plus absurde de s’en servir : je les ai brodés sur du bois. C’était extrêmement compliqué. Cela m’a pris trois ans et c’était un gâchis d’énergie délirant.

Doris Salcedo, Unland – The Orphan’s Tunic
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Doris Salcedo, Unland – The Orphan’s Tunic, 1997

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Table en bois, soie, cheveux humains et fils • 90 x 245 x 80 cm • Coll. Museum Of Contemporary Art, Chicago • © Doris Salcedo / Photo David Heald / Courtesy White Cube, Londres. © Doris Salcedo / Photo Patrizia Tocci

« Je ne suis pas une chanteuse soliste : tous ensemble, nous faisons partie d’un chœur. »

Dans votre travail, vous ne montrez jamais la violence à l’état brut, le sang versé, la barbarie… Pourquoi ? Est-ce lié à votre conception de la beauté ?

Oui. La violence est toujours perpétrée de force. Si une personne violente veut laisser une marque sur le corps de quelqu’un, elle attaque. Elle détruit et laisse une trace. Je veux effacer toutes ces marques et les soigner. Bien sûr, c’est impossible, mais c’est mon idéal, ma proposition. Nous devons montrer au monde que, même s’il est inatteignable, ce but est envisageable. Qu’une forme de cicatrisation peut se produire. Voilà ce que j’essaie de faire à travers mon travail depuis toujours. De toute évidence, la violence est passée par là, la destruction est présente, mais j’essaie de prendre la trajectoire opposée. Faire cela ne veut pas dire que l’on fait naître la beauté, mais la possibilité de la beauté existe. Je relie la beauté à la notion de dignité, à la vie, à une clarté.

De quelle manière travaillez-vous et qui collabore avec vous dans vos deux ateliers ?

Portrait de l’artiste Doris Salcedo et son équipe dans son atelier à Bogotá
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Portrait de l’artiste Doris Salcedo et son équipe dans son atelier à Bogotá

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© Ricardo Pinzon Hidaglo pour Beaux Arts Magazine

Le dessin a toujours été la première étape, avec la poésie, mais j’ai commencé à perdre la vue à l’âge de 30 ans. Aujourd’hui, je suis officiellement malvoyante. J’ai donc commencé à avoir besoin d’assistance, car je ne pouvais pas réaliser les minuscules détails que j’avais en tête. J’ai ensuite pensé que c’était génial ! Cela m’a fait découvrir le travail à plusieurs, qui est à mon sens plus fort que le travail d’un seul individu. Jorge Luis Borges est devenu aveugle et il disait que, lorsqu’on est un artiste, tout ce que nous offre la vie est un cadeau. Il a pris cette perte de la vue ainsi, et je l’ai imité. L’échelle de mes œuvres a donc changé, mais je reste capable de dessiner. Quand j’ai fait un dessin, j’appelle un ou deux de mes assistants et ils me prêtent leur concours pour finaliser. Je suis entourée d’une équipe merveilleuse et nous produisons ce travail de façon collective car j’ai besoin d’eux. Il y a des charpentiers, des designers, des ingénieurs, des chimistes… Je ne suis pas une chanteuse soliste : tous ensemble, nous faisons partie d’un chœur.

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Doris Salcedo

Du 21 mai 2023 au 17 septembre 2023

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15e Biennale de Sharjah : Thinking Historically in the Present

Du 7 février 2023 au 11 juin 2023

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