Street art, graffiti et peintures murales rue Denoyez à Paris
© Patrick Escudero / hemis
Combattre les tags intempestifs par du street art de commande ? Cette idée originale va bientôt être expérimentée dans la capitale. Afin de limiter les tags dont le nettoyage coûterait annuellement « plus de 6 millions d’euros » à la Ville, le Conseil de Paris a acté mercredi 10 juillet que la mairie de Paris allait subventionner des fresques artistiques sur les rideaux métalliques de certains commerces. Des œuvres qui selon les autorités devraient dissuader les tagueurs, attirés par les pages blanches que représentent les rideaux vierges de toute intervention.
Ces subventions, d’un total de 41 600 euros, iront à deux associations de commerçants qui veulent habiller leurs rideaux de fresques, autant pour « embellir l’espace urbain » que pour « prévenir les dégradations », ce qui ferait « faire des économies à la ville », a expliqué la mairie.
« Si l’essai est concluant, nous pourrons alors étendre ce modèle à grande échelle dans la capitale. »
Antoine Guillou
« Les premières fresques sont souhaitées pour fin septembre, début octobre, et seulement dans deux arrondissements tests : le 11e et le 13e, qui ont déjà une expérience de vie avec le street art. Si l’essai est concluant, nous pourrons alors étendre ce modèle à grande échelle dans la capitale », a précisé dans Télérama Antoine Guillou, adjoint PS à la propreté, interrogé par le journaliste et spécialiste du street art Olivier Granoux.
Street Art dans le XIIIe arrondissement de Paris
© Bertrand Gadel / hemis
Par volonté « démocratique », il appartiendra aux associations de choisir les artistes en question. Un « catalogue indicatif d’artistes récemment sortis d’écoles d’art ou avec lesquels la mairie a déjà travaillé, et qui seraient réceptifs », sera distribué aux commerçants pour les aider à faire leur choix. Une vingtaine de rideaux de fer pourraient ainsi être peints.
« Une fausse bonne idée ? », se demande cependant Olivier Granoux. Tout en admettant le caractère « louable » de l’initiative, ce dernier pointe d’abord le manque de légitimité et d’expérience des associations de commerçants dans ce domaine pour le choix des œuvres.
Enfin, et surtout, le spécialiste rappelle que si certains tags sont purement vandales, d’autres relèvent d’une pratique artistique. Pour lui, la mairie semble oublier les tensions qui existent entre les différents graffeurs et artistes de rue, pour lesquels la pratique de recouvrir les interventions précédentes par de nouvelles est très courante, et qui sont pour certains farouchement opposés à tout art de rue officiel, commandé par les autorités. D’après lui, les « vrais » tagueurs, pourraient être « peu réceptifs à l’intrusion sur leurs territoires de « jolies » fresques décoratives réalisées par des street artistes qu’ils ne respectent pas », et donc répondre… en les recouvrant de tags. « Certaines rues, à Bologne ou à Jérusalem, ont par le passé réussi le pari », nuance-t-il cependant. Affaire à suivre !
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