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Entretien

Edith Dekyndt : « La pratique de la collecte fait partie de ma vie depuis toujours. Je ramasse tout ! »

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Publié le , mis à jour le
La plasticienne Edith Dekyndt, née en 1960, place les objets et les matières du quotidien au cœur de ses expérimentations esthétiques et poétiques.
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La plasticienne Edith Dekyndt, née en 1960, place les objets et les matières du quotidien au cœur de ses expérimentations esthétiques et poétiques.

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Photo Barthélémy Decobecq

Un tissu élimé, des feuilles évidées, un velours passé à la Javel, un citron flottant entre deux âges… Edith Dekyndt (née en 1960) s’est mise à l’écoute de la matière, de toutes les matières. Ses sculptures souvent humbles nous mettent, elles, à l’écoute du passage du temps et de la délicatesse du vivant.

La fondation bruxelloise Cab en offre une nouvelle preuve en invitant la plasticienne belge à investir son magnifique espace de Saint-Paul-de-Vence. Lie de vin, céramique 3D, galets glanés, elle fait feu de tout bois, pour notre enchantement.

Vous dévoilez à la fondation Cab une toute nouvelle série de sculptures, basées sur des collectes d’objets trouvés, usés par le temps. C’est la première fois que vous vous essayez à cette pratique ?

Oui, je n’avais jamais produit de formes de cette façon, mais la pratique de la collecte fait partie de ma vie depuis toujours. Je ramasse tout, et c’en est même un immense problème dans l’atelier ! J’amasse mes trouvailles, des pierres, des fragments d’objets. Parfois, heureusement, j’arrive à faire le tri. Mais jusqu’à présent, je n’avais pas su comment exploiter ces trouvailles dans une perspective artistique.

La « collaboration » avec le vivant, comme les plantes et les animaux, m’intéresse parce que le vivant autour de nous met en marche quelque chose de très lent, ou parfois de très rapide.

Pour cette exposition à Saint-Paul-de-Vence, vous êtes partie volontairement en quête : que cherchiez-vous ?

En effet, durant une résidence de trois semaines, à l’automne dernier, j’ai exploré les alentours de la fondation. Sur les conseils de l’équipe, j’ai arpenté la plage d’Antibes et les collines des environs. J’y ai déniché des galets, des plastiques façonnés par la mer, des papiers, des végétaux… Après, il s’agissait de les articuler en les « classifiant », en créant ces lignes de formes. Pour moi, la matière n’est pas inerte du tout. La « collaboration » avec le vivant, comme les plantes et les animaux, m’intéresse parce que le vivant autour de nous met en marche quelque chose de très lent, ou parfois de très rapide.

Edith Dekyndt, Nsab
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Edith Dekyndt, Nsab, 2024

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© Fondation CAB 2024 / Photo Antoine Lippens.

Ce rapport à la collecte ouvre-t-il un nouveau champ dans votre travail ?

Je le développe d’une autre façon pour une résidence que je fais en ce moment à Ibiza. Cette île était très fière d’être l’une des seules de la Méditerranée à ne pas abriter de serpents. Mais des œufs ont été exportés dans des oliviers centenaires du Maroc. Depuis, c’est une invasion de couleuvres, qui n’ont pas de prédateur. Je suis en contact avec ceux qui les chassent, je leur demande de me garder les corps. Puis nous les tannons avec mon mari, après les avoir fait macérer dans la glycérine et l’alcool. Le tannage n’est pas ragoûtant, mais ces peaux ont de magnifiques teintes d’orange et de gris. J’en aurai bientôt assez pour en faire un drapeau, en les cousant ensemble à la main.

Vous avez aussi glané des bois flottés que vous mettez en lien avec des velours trouvés sur les marchés de Nice : un autre témoignage de votre désir de développer une démarche durable, ancrée dans le local ?

J’ai utilisé quelques branches, mais j’ai aussi trouvé un magnifique et énorme bois flotté, long de trois mètres. C’était impossible de le déplacer, et cela aurait été absurde, il était magnifique ainsi, in situ. Alors je l’ai scanné sommairement avec mon téléphone, et une vidéo est ainsi née. Pour accompagner cette exploration de ses contours, j’ai choisi un enregistrement de crevettes recueilli par un institut océanographique américain. Et ça fait un sacré chahut, en fait, les crevettes !

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Edith Dekyndt Specific Subjects

Du 21 mars 2024 au 27 octobre 2024

fondationcab.com

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