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Grand nom de l’Art nouveau, fondateur de l’École de Nancy, Émile Gallé (1846–1904) est un passionné d’art et de technique. Son inspiration, il la puise dans le grand dictionnaire de la nature. Artiste et entrepreneur de génie, infatigable voyageur et esprit curieux, il a travaillé aussi bien la terre, le verre que le bois. Ardent défenseur des arts décoratifs, Gallé a rayonné grâce à ses participations aux expositions universelles de la fin du XIXe siècle.
Portrait d’Emile Gallé
© Tallandier / Bridgeman Images
« Ma racine est au fond des bois. »
Le talent d’Émile Gallé aurait-il une origine familiale ? Son père, Charles, est un céramiste réputé et fournisseur officiel de Napoléon III. Émile est né dans ce milieu versé dans le développement d’une production artisanale et raffinée.
Après ses études, et un séjour à Weimar pour apprendre la minéralogie, Émile Gallé se forme aux métiers du verre. Il travaille ensuite pour l’entreprise familiale. Le jeune homme, curieux, est désireux de maîtriser les différentes techniques du verre mais aussi de l’ébénisterie. Il développe une prédilection pour les sciences naturelles.
Si Gallé ne craint pas de voyager, à Londres comme à Paris, sa carrière se déroule principalement à Nancy. L’habile artisan, doublé d’un artiste et d’un entrepreneur, veut innover et dépose des brevets. Ses nouveautés, rares et belles, lui permettent d’obtenir plusieurs médailles à l’Exposition universelle de 1878. Il répond toujours présent à l’appel de ces grands évènements (en France, aux États-Unis, en Allemagne) et y acquiert une réputation internationale.
Sa spécialité est le cristal soufflé, auquel est incorporé des matériaux variés et précieux tels des feuilles d’or. Retravaillés, gravés à l’issue de la phase de refroidissement, les vases et les coupes deviennent des œuvres d’art à part entière (d’ailleurs signées). Les motifs incrustés dans le cristal proviennent généralement d’un répertoire floral ou marin. Gallé réalise aussi de nombreux meubles, en s’inspirant des formes végétales, typiques de l’Art nouveau.
Émile Gallé est un perfectionniste. Aucun modèle de faïencerie, de verrerie ou d’ébénisterie ne peut sortir de ses ateliers sans qu’il ne l’ait contrôlé personnellement. L’un de ses plus proches collaborateurs est une femme, Rose Wild, qui dessine pour lui des modèles. L’artiste sait bien s’entourer. Sa production est diversifiée, certaines pièces sont réalisées à l’aide de procédés industriels pour un public bourgeois, tandis que d’autres, rares et précieuses – parfois uniques –, sont destinées à une clientèle très fortunée. Il touche ainsi différents publics.
Gallé voulait rendre le monde plus beau, mais aussi plus juste en prenant des positions politiques. Engagé à gauche, en faveur des droits de l’homme et contre le colonialisme, il défend aussi la préservation de la faune et de la flore. Des préoccupations écologiques assez rares pour l’époque ! Au moment de l’affaire Dreyfus, qui divise la France en deux camps, Émile Gallé soutient l’innocence du capitaine. Son engagement a-t-il eu un impact négatif sur les ventes ? Qu’importe. Gallé est un homme de principes et de convictions.
Serait-ce le surmenage qui l’a conduit à mourir si jeune, à l’âge de 58 ans ? Si cette thèse est soutenue par son médecin, la dégradation de son état de santé après 1900 est peut-être aussi liée à la manipulation de métaux lourds. En 1901, il a pu toutefois fonder, avec quelques amis dont Louis Majorelle, l’École de Nancy, regroupant des artistes lorrains cultivant les mêmes convictions esthétiques. Après sa mort, les activités de son entreprise se sont poursuivies jusqu’en 1936.
Émile Gallé, Bureau de dame : Les Ombellules, fin XIXe-début XXe siècle
Bois, marqueterie • 160 × 84 × 55 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Bureau de dame « Les Ombellules », fin XIXe-début XXe siècle
Présenté à l’Exposition universelle de 1900, cet élégant bureau témoigne de l’inspiration naturaliste de Gallé dans le domaine du mobilier. Le motif de la berce des près, plante généreuse qui pousse dans les champs, a colonisé tout le décor en marqueterie. L’usage des bois est raffiné. L’influence de l’esthétique japonisante, alors très à la mode, est visible.
Émile Gallé, Vase rouleau à décor marin, 1902–1903
Inclusion, soufflage • 28,2 × 9 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Vase rouleau à décor marin, 1902–1903
Le répertoire marin est l’une des sources d’inspiration majeures d’Émile Gallé depuis les années 1870. Ce vase prend la forme d’un rouleau, aux éléments décoratifs gravés. Nous pouvons remarquer un choix de couleurs audacieux, tout à fait singulier pour évoquer le monde marin. Gallé ne cherchait pas une représentation naturaliste mais poétique, symboliste, du monde.
Émile Gallé, La Main aux algues et aux coquillages, 1904
Application à chaud, cristal (matière), gravé à la roue (verre), inclusion • 33,4 × 13,4 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
La Main aux algues et aux coquillages, 1904
Cette pièce précieuse, qui relève de la sculpture, représente une main droite dressée, parée de motifs polychromes empruntés au monde marin. Fragment mystique translucide, elle évoque tout à la fois la tradition bouddhique et l’art médiéval, mais semble aussi sortie d’un songe ou d’un poème. Le verre fut modelé à chaud, puis décoré de coquillages. C’est une réalisation technique fort complexe, un chef-d’œuvre de raffinement.
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