Article proposé par Exponaute
Le climat idéal de l’artiste romantique est bien celui de l’ouragan. Cheveux au vent, en lutte contre les éléments qu’il domine de sa fougue maîtrisée, ou craint dans une soumission religieuse au Grand Tout, l’artiste, de Turner à Girodet, relève le défi de la représentation anticyclonique, où terre et ciel, air et eau, hommes et bêtes se mêlent. Le prétexte biblique permet à Girodet de peindre les corps musculeux d’individus primitifs pris dans des tourments diluviens, tandis que John Martin décrit les affres de la destruction de Tyr. Mais le maître en la matière reste Joseph Mallord William Turner, qui en précurseur des impressionnistes, fait de la toile un vortex d’impressions lumineuses, rendant palpable l’angoisse de l’homme face à la Nature.

J.M.W. Turner, Snow Storm, Steam-Boat off a Harbour’s Mouth, 1842, Londres, Tate Britain.

J.M.W. Turner, Hannibal and his Men crossing the Alps, 1810–1812, Londres, Tate Britain.

John Martin, Destruction of Tyre, 1840, Toledo Museum of Art.

Anne-Louis Girodet-Trison, Scène de déluge, 1806, Paris, musée du Louvre.
Chez les classiques, en revanche, la représentation de la tempête est plus ordonnée. Chez le Français Nicolas Poussin, le paysage reste ordonné, et un certain calme émane paradoxalement de la scène. Pour Rembrandt, un peu plus tôt au XVIIe siècle, il s’agit surtout de montrer la calme sérénité du Christ pris dans un orage sur la mer de Galilée. Mais c’est aussi un prétexte à l’étude des contrastes de lumière.

Nicolas Poussin, L’Hiver ou le Déluge, 1660–1664, Paris, musée du Louvre.

Rembrandt, Le Christ dans la tempête, 1633, Boston, Isabella Stewart Gardner Museum (volé en 1990).
Si elle date de 1831, la Grande Vague de Kanagawa de Hokusai est résolument moderne dans son dessin à la ligne claire, qui influencera les artistes de manga, puis les dessinateurs de bande dessinée au XXe siècle, ses couleurs franches et nettement délimitées, ses formes synthétisées. La mer semble prendre vie, tandis que l’homme, quasi invisible, est réduit à un détail du paysage.

Hokusai, La Grande Vague de Kanagawa, 1831, série des Trente-six vues du mont Fuji.
Sautons quelques décennies – et faisons fi des catégories artistiques – pour inclure dans cette sélection la bande-annonce époustouflante de réalisme du film Le Jour d’après (2004) de Roland Emmerich. Où l’on retrouve les codes de la peinture ancienne : tons monochromes (essentiellement bleutés), chaînes humaines, lumière contrastée, composition de l’image en spirale, fusion des éléments…
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