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Alix Dionot-Morani & Axel Dibie lors de l’exposition “It’s all the same fucking day, man” à la galerie Crèvecœur, Paris. Devant une oeuvre de Renaud Jerez, Février 2018
Photo Maurine Tric
Quand on les a rencontrés, ils rentraient de Reims, où se trouve une partie du stock de leur galerie, Crèvecœur. Comme les galeristes qui n’ont pas un staff pléthorique, Alix Dionot-Morani et Axel Dibie font tout, ou presque : transport de pièces, accrochage (la pièce convoyée ce matin-là est une sculpture de Renaud Jerez, déjà installée dans l’après-midi), production, management, dossiers à remplir pour participer aux foires et on en passe… Surtout, ils font ce qu’ils veulent. C’est d’ailleurs ce qui fut leur motivation première pour se lancer, trouvant là − Axel Dibie le dit sans ambages − « la liberté de faire ce que l’on veut et le contact avec la création vivante ». Belle aspiration, qui implique cependant, continue-t-il, « d’être imprudent, insouciant et très peu frileux ». Tant dans les choix des artistes représentés que dans le calcul économique.
Les deux associés se sont rencontrés sur les bancs de Sciences-Po, où ils cultivent tous les deux une passion pour la littérature. Une passion qui conduit Alix à écrire un mémoire sur la poésie contemporaine, autour de la revue Tel Quel et Axel à faire un stage chez Drouot. Bizarre ? La littérature mène à tout. Mais surtout, chez Drouot, on s’affaire à mettre sur pied la vente André Breton, où sont concernés Paul Éluard, Benjamin Péret, et tous les maîtres du surréalisme dans toutes ses formes d’expression. Axel poursuit avec le parcours habituel du jeune diplômé. Il enchaîne les stages donc, « dans un centre d’art contemporain à Barcelone, puis en galerie », avant d’ouvrir la sienne en 2008, rue de Malte, dans le 3e arrondissement.
Alix Dionot-Morani à la galerie Crèvecœur, Paris, Février 2018
Photo Maurine Tric
À cette époque, Alix, n’est pas encore de la partie. Mais, de son côté, elle a déjà mis un pied dans l’art grâce à un stage de fin d’études au Louvre, en 2005, auprès de Marie-Laure Bernadac qui conçoit le programme « Contrepoint », visant à exposer au musée les artistes contemporains, dont Ange Leccia. Une rencontre déterminante. L’artiste, à l’époque en charge du Pavillon, propose en effet à Alix Dionot-Morani de rejoindre cette antenne pédagogique du Palais de Tokyo, qui réunit pendant huit mois de jeunes créateurs déjà diplômés et en provenance du monde entier. Elle y accompagnera cinq promotions, avant de « commencer à envier les artistes qui, à la fin de l’expérience, sortent du groupe et se consacrent à leurs propres projets ». Elle ajoute : « Puis, je voulais aussi m’affranchir des contraintes institutionnelles. »
Cela tombe bien : son vieil ami de Sciences-Po lui propose de partager les rênes de sa galerie qui évolue en déménageant à Belleville, et qui devient, en 2009, le nouveau spot de l’art contemporain. Autour de Crèvecœur gravitent les galeries Jocelyn Wolff, Marcelle Alix, Balice Hertling et d’autres, dont la proximité géographique (et parfois de programmation, tant l’offre est partout articulée autour des jeunes artistes) finit par profiter à toutes en terme de retombées médiatiques. « On a eu le sentiment, se souviennent Alix et Axel, de rejoindre ou de créer une histoire collective. » Et si, en 2015, la galerie change à nouveau d’adresse pour s’agrandir en récupérant un ancien entrepôt, ce n’est pas très loin de là, entre Belleville et Ménilmontant.
Axel Dibie lors de l’exposition « It’s all the same fucking day, man » à la galerie Crèvecœur, Paris. Devant une oeuvre de Henning Bohl, Février 2018
Photo Maurine Tric
Aujourd’hui, la galerie Crèvecœur représente douze artistes (un chiffre fort raisonnable au regard des grosses écuries), mais elle a commencé petit avec la volonté de « défendre les artistes français » et notamment le duo de peintres, Florian & Michael Quistrebert. Ce sont eux qui leur ont ensuite présenté Mick Peter et Shana Moulton, tandis qu’Isabelle Cornaro (qui n’est pas dans la galerie) leur a présenté Julien Carreyn et Louise Sartor. « On s’est beaucoup fiés aux artistes pour travailler avec d’autres artistes, remarquent les galeristes. Et on cherche toujours à avoir un consensus pour la programmation entre nous d’une part, puis entre eux et nous. » Ce qui induit une phase de réflexion : ils ne visent « pas le court terme ». Dit autrement, ils ne cherchent pas à faire des coups, et se « méfient des trucs qui peuvent vite marcher. » Et aussitôt disparaître. « On se projette », clament-ils, avant de citer en exemple des galeries qui ont marqué leur époque, voire l’histoire : Air de Paris ou Chantal Crousel.
L’histoire, Alex Dibie et Alix Dionot-Morani, y ont peut-être déjà un peu pris place en créant, avec quatre autres galeries, en 2015, une foire alternative à la Fiac : Aaaahhh ! Paris Internationale, « montée en trois mois » et qui aspire à défendre les scènes émergentes internationales (d’artistes et de galeristes). Ils ont en tête l’exemple de Liste, créée à l’époque par Eva Presenhuber et d’autres, à partir de trois bouts de ficelles, et devenue une foire incontournable. Paris Internationale répond aussi « aux contraintes imposées par la Fiac aux galeries des secteurs jeunes (impossibilité de réaccrocher en cours de foire, présentation d’un ou deux artistes seulement), et à la volonté d’intégrer des associations sans but lucratif, des galeries d’artistes… Bref toutes ces structures à la frontière du secteur marchand et de la création, comme Goton à Paris ou bien Jenny’s à Los Angeles, présents tous deux à la dernière foire, qui s’est tenue dans les anciens locaux du journal Libération, rue Béranger.
Alix Dionot-Morani & Axel Dibie lors de l’exposition « It’s all the same fucking day, man » à la galerie Crèvecœur, Paris. Devant une oeuvre de Nathaniel Mellors, Février 2018
Photo Maurine Tric
Enfin, c’est une manière de prendre en compte, sans la redouter, « l’offre pléthorique d’artistes » qui règne aujourd’hui sur le marché de l’art. Pour s’imposer « il faut beaucoup d’idées et de travail. Mais, il y a de la place, assurent les galeristes, pour ceux qui veulent être audacieux. » Nouvelle preuve : Crèvecœur a ouvert un espace à Marseille l’été dernier. Marseille, cité de l’emphase qui va bien à Crèvecœur et ses galeristes optimistes.
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