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Être artiste aujourd’hui

Épisode 2 : Un soir, l’éclosion de Laure Mary-Couégnias

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Publié le , mis à jour le
Comment devient-on artiste ? Comment le reste-t-on ? Est-ce un destin, un engagement, un sacerdoce ou un travail à temps partiel ? Comment en vit-on, ou pas ? À travers cette série de six portraits, Beaux Arts met ses pas dans ceux des artistes qui, jeunes ou confirmés, ambitieux ou réservés, tracent leur route. Cette semaine, gros plan sur une jeune pousse issue des Beaux-Arts de Lyon, dont la peinture a fini par s’épanouir à force d’obstination.
Laure Mary-Couégnias dans son atelier
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Laure Mary-Couégnias dans son atelier, 2017

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Photo Maurine Tric

Une vie d’artiste est parfois cousue de paris, de hasards et d’intuitions, de réflexions et d’une prise de décision soudaine de tout changer pour accomplir son rêve. C’est arrivé un soir comme un autre pour Laure Mary-Couégnias. Enfin, pour celle d’avant : avant le Rubicon franchi, avant les peintures plantées d’aubergines à la forme oblongue suggestive, avant celles peuplées de tigres virils, et ces autres rayées de pétales solaires, qui sont en ce moment même exposées à Lyon, in situ, dans un parking souterrain. La jeune femme, née en 1989, avait quitté le collège à treize ans, puis passé un BEP dont l’intitulé à rallonge « Métiers de la Mode et Industries Connexes dominante prêt-à-porter » ne l’avait pas découragée de le compléter par un diplôme de Technicien des Métiers du Spectacle, option habillage. Forte de ces deux certificats, elle fit son trou, son petit trou de couturière et d’habilleuse donc, au théâtre Bonlieu d’Annecy, au théâtre de Valence et un peu sur les plateaux de cinéma (pour la Jeune Fille et les loups, l’Âge de raison ou Belle et Sébastien, se souvient-elle difficilement).

Laure Mary-Couégnias dans son atelier
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Laure Mary-Couégnias dans son atelier, 2017

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L’artiste s’est lancée récemment dans une recherche sur « les plantes et les graines toxiques ».

Photo Maurine Tric

En revanche, Laure Mary-Couégnias se remémore fort bien cet épisode : un soir, l’une de ses collègues a soudain déclaré qu’elle regrettait de n’avoir pas osé suivre la pente ascendante que lui soufflait son rêve, qu’elle s’était bêtement condamnée à faire un « métier de merde », et que pour elle c’était trop tard. Puis elle s’est tournée vers Laure : « Et toi, lui demande-t-elle, c’est quoi ton rêve ? – J’aurais bien aimé faire les Beaux-Arts », murmure Laure. S’étant vu répondre vertement qu’elle était encore assez jeune pour le faire et qu’elle ne devait pas hésiter, elle s’était alors fixé ce défi : « J’y vais, mais par la grande porte en quelque sorte, et si la marche est trop haute, tant pis ». Aussitôt, en 2010, elle s’attelle en secret à la préparation du concours d’une des écoles des Beaux-Arts françaises les plus sélectives : l’ENSBA de Lyon. Elle est reçue, à sa plus grande joie. Ce qui ne signifie pas qu’elle n’a pas hésité à y aller : « On venait de me proposer de travailler sur une tournée en Russie. Il fallait que je fasse un choix. Et puis mes parents, qui ont fait les Beaux-Arts d’Orléans quand ils étaient jeunes, avaient peur que je rate ma première année sachant que c’est dur de revenir dans le monde du spectacle une fois que tu le quittes.  »

L’atelier de Laure Mary-Couégnias à Lyon
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L’atelier de Laure Mary-Couégnias à Lyon, 2017

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Photo Maurine Tric

« Je m’intéressais à l’art naïf et à l’art brut. On ne me parlait que d’art conceptuel. »

Or la première année la déçoit : « Au début, les cours étaient fastidieux. Trop scolaires. J’étais perdue. », souffle-t-elle. « Je m’intéressais à l’art naïf et à l’art brut. On ne me parlait que d’art conceptuel, qui ne m’intéresse pas plus que cela. J’étais studieuse mais je ne prenais pas de plaisir ». Le plaisir viendra d’un coup de pinceau qu’elle risque un jour sur la toile que lui a donnée son père : « J’ai peint un cadre en faux-bois avec des feuilles qui tombent au milieu. Là, j’ai pris un réel plaisir. Je comprenais ce que je faisais. Après, il a fallu l’assumer. C’était une aventure excitante ». Le véritable commencement de l’aventure de l’artiste (et encore étudiante à l’époque) Laure Mary-Couégnias. On l’a connue un peu plus tard, en quatrième année : elle était l’une des plus assidues, toujours au travail dans les ateliers de l’École. Elle peignait ces impressionnantes fleurs monochromes qui occupent toute la surface de la toile, empêchant de glisser par-dessus ou dans un coin quelque considération théorique que ce soit. Mis-à-part gloser sur le thème du décoratif, on ne savait guère quoi en dire. Mine de rien, la jeune femme prenait ainsi sa revanche, bloquant en douceur, avec ces nuées de pétales, les fastidieux commentaires conceptuels auxquels l’École avait tenté de la convertir.

Laure Mary-Couégnias, Myristica fragrans
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Laure Mary-Couégnias, Myristica fragrans, 2017

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Acrylique et huile sur toile • 180 x 130 cm • Photo Maurine Tric

« J’avais hâte de démarrer l’aventure parce que je savais à quoi m’attendre. »

Diplôme et félicitations du jury en poche en 2015, elle ne demande pas son reste. Contrairement à d’autres étudiants pour qui la sortie des classes est un saut périlleux dans l’inconnu, elle est « heureuse d’en finir. Je n’attendais que ça. J’avais hâte de démarrer l’aventure parce que je savais à quoi m’attendre », ayant déjà connu une vie professionnelle. L’École, pourtant, lui permet de participer à une de ses premières expos, aux « Enfants du Sabbat » (un show au Creux de l’Enfer, Centre d’art contemporain de Thiers, qui réunit à chaque session une poignée de diplômés des Beaux-Arts de Clermont et de Lyon). Elle lui doit également son atelier. Dans le cadre d’un programme de soutien (l’Adera), les différentes écoles de la région Auvergne-Rhône-Alpes mettent ainsi à disposition de leurs alumni une trentaine d’ateliers moyennant un loyer avantageux. Laure Mary-Couégnias travaille là-bas, dans l’un des ateliers du Grand Large à Décines (dans « le seul qui ferme à clé », se félicite-t-elle). Workaholic, elle y est tous les jours et s’est lancée récemment dans la représentation suggestive « d’écureuils se tenant à califourchon sur des glands » et dans une recherche sur « les plantes et les graines toxiques ». C’est également à Décines qu’elle a réalisé les toiles qui sont exposées à l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne, dans le cadre de « Rendez-Vous », l’exposition de la Biennale de Lyon dédiée à la jeune création .

Laure Mary-Couégnias, Laure de Berny, 2017

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Acrylique sur toile • 300 x 200 cm • © Laure Mary-Couégnias

Laure Mary-Couégnias, Les Lois de l’attraction, 2017

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Acrylique sur toile • 150 x 205 cm chacun • Photo Blaise Adilon

Laure Mary-Couégnias, Lolita, 2017

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Acrylique sur toile • 150 x 160 cm • © Laure Mary-Couégnias

Laure Mary-Couégnias dans son atelier, 2017

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Photo Maurine Tric

Pourtant, les dossiers de candidature (au Salon Jeune Création, à celui de Montrouge et à des dizaines d’autres) sont restés lettre morte. Elle met cela sur le compte de l’ostracisation de la peinture par les institutions françaises. Elle a sans doute raison. Il nous semblait que cela avait un peu changé, mais peut-être pas tant que ça finalement. En tout cas, sa peinture plaît aux collectionneurs. Elle vend. En direct, à présent qu’elle a quitté sa galerie parisienne (parce qu’elle ne suivait pas le rythme haletant de sa production). Elle en cherche une autre, sans chercher vraiment, sachant comment les artistes qui prospectent sont reçus dans les galeries : comme des démarcheurs qu’on ne rappellera probablement pas. Après la préparation « frénétique » de ses deux expos lyonnaises, ouvertes en septembre (l’une à l’IAC, donc, et l’autre au Parc Grolée, un parking de Lyon), elle a « senti un creux ». C’est davantage la période des discussions sur ses œuvres qu’elle donne à voir, et donc éventuellement la période où les futurs shows se dessinent. « Mais c’est assez long. », dit-elle. « Moi qui suis pressée et impatiente… Du coup, je produis deux fois plus, parce que ça m’énerve ».

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Rendez-vous l Biennale de Lyon 2017

Du 20 septembre 2017 au 7 janvier 2018

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