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SÉRIE - FEMMES EN MOUVEMENT

Et le féminisme fait Pop !

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Publié le , mis à jour le
Elles ont été filles, sœurs, épouses, mères, muses, mais surtout… artistes. Et l’histoire de l’art les a longtemps, au mieux, négligées, au pire carrément oubliées. Dans cette série, Beaux Arts remet en lumière ces pionnières. Pour notre dernier épisode, rendez-vous avec les femmes du pop art, qui ont préfiguré l’art féministe de la fin du XXe siècle.
Kiki Kogelnik, Heart
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Kiki Kogelnik, Heart, vers 1966

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Technique mixte • 41 x 63,8 cm • © 1966 Kiki Kogelnik Foundation. All Rights Reserved.

« Populaire, éphémère, jetable, bon marché, produit en masse, jeune, spirituel, sexy, plein d’astuces, de séduction et qui rapporte gros. » Ainsi le peintre anglais Richard Hamilton qualifiait-il le pop art. S’il est à l’origine né en Grande-Bretagne, c’est aux États-Unis que le pop art connaîtra son heure de gloire. Andy Warhol, Tom Wesselmann, Claes Oldenburg… En réaction à l’expressionnisme abstrait alors en vogue, cette nouvelle génération d’artistes va puiser son inspiration dans les codes visuels d’une Amérique furieusement consumériste, empruntant ses références à la culture populaire (cinéma, musique ou encore comics) comme aux objets du quotidien, de la bouteille en verre de Coca-Cola au drapeau étoilé.

Des divas hollywoodiennes en passant par les starlettes du cinéma indépendant et les pin-up au brushing impeccable, la figure féminine devient bien vite son motif de prédilection. En pur produit de son temps, le pop art se plaît à diffuser une image stéréotypée des femmes, les cantonnant tantôt au rang d’icône de beauté fantasmée, tantôt à celui d’objet de désir générique… Totalement impersonnelles, dépourvues de visage et réduites à leurs simples silhouettes, elles se muent, sous le pinceau de Tom Wesselmann, en nature morte érotisée ou même, chez Allen Jones, en mobilier… Sérigraphiée par Andy Warhol, leur image est reproduite en série comme autant de produits sortis d’une usine, des biens de consommation comme les autres.

Pauline Boty, The Only Blond In The World
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Pauline Boty, The Only Blond In The World, 1963

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Huile sur toile • 127 × 158 cm • © Mayor Gallery, London / Bridgeman Images

Terrassée par un cancer à seulement 28 ans, Pauline Boty tombe dans l’oubli et ne sera redécouverte que dans les années 1990.

Pendant de nombreuses décennies, c’est donc ce « male gaze » (que l’on peut traduire par « regard masculin ») qui s’imposera dans la postérité du pop. Pourtant, en parallèle de cette effervescence artistique masculine, les femmes se sont elles aussi emparées de cette esthétique et participeront activement à son essor, à l’image de l’Anglaise Pauline Boty. Pionnière parmi les pionniers, elle est dès la fin des années 1950 reconnue comme une figure centrale du pop art britannique. Exposé aux côtés de David Hockney et de Peter Blake, son travail est aussi présenté à la télévision dans le documentaire Pop Goes the Easel, réalisé par Ken Russell en 1962. Mais ce début de carrière prometteur s’achèvera net. Terrassée par un cancer à seulement 28 ans, Pauline Boty tombe dans l’oubli et ne sera redécouverte que dans les années 1990.

Rosalyn Drexler, Marilyn Pursued by Death
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Rosalyn Drexler, Marilyn Pursued by Death, 1963

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Acrylique et photographie sur toile • 126,7 × 101,6 cm • Coll. Whitney Museum of American Art, New York • © Digital Image © Whitney Museum, N.Y. © ADAGP 2017, Paris

Outre-Atlantique, le pop art se fait l’écho de revendications des femmes artistes. En pleine période de libération sexuelle et de remise en question de la condition féminine aux États-Unis, elles vont aborder, dans leurs œuvres, les questions d’émancipation et décrier la société de consommation. À tel point que l’on a parfois l’impression qu’elles donnent la réplique à leurs homologues masculins. Là où Andy Warhol démultiplie à l’infini le portrait d’une Marilyn Monroe solaire à qui tout semblait réussir, Rosalyn Drexler la dépeint, dans Marilyn Pursued by Death, avec une grande économie de moyens, traquée par un homme. En peignant en camaïeu de gris cette allégorie de la mort, Drexler – ancienne catcheuse devenue peintre puis écrivaine – préfère explorer l’ambivalence des actrices d’Hollywood plutôt que d’exalter leur statut d’icône voire de légende, le tout dans une esthétique proche du film noir.

On retrouve la même palette réduite chez Christina Ramberg, qui en réaction à l’hypersexualisation des corps féminins omniprésents dans la publicité, peint des femmes dont le corps est contrit par d’épais liens ou engoncé dans de sombres corsets. Quant à Martha Rosler, elle déplorait déjà, au milieu des années 1960, avec Woman with Vacuum (Vacuuming Pop Art), la marginalisation des femmes au sein-même du pop art en représentant une housewife bien sous tout rapport, passant l’aspirateur dans un couloir aux couleurs criardes et aux murs couverts de pastiches d’œuvres évoquant celles de Tom Wesselmann.

Martha Rosler, Woman with Vacuum or Vacuuming Pop Art (serie Body Beautiful, or Beauty Knows No Pain)
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Martha Rosler, Woman with Vacuum or Vacuuming Pop Art (serie Body Beautiful, or Beauty Knows No Pain), 1966–1972

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Photomontage • Courtesy Martha Rosler et Galerie Nagel Draxler Berlin/ Cologne/ Munich

Certaines encore se feront le relais des combats qui agitent la société américaine. Dans son œuvre engagée, May Stevens défend le mouvement des droits civiques des Noirs américains, dénonce la guerre du Vietnam et fustige le patriarcat avec son fameux Big Daddy, incarnation d’une Amérique archaïque, raciste et misogyne. En Europe, Eulàlia Grau accompagne ses collages d’un discours militant s’attaquant à la corruption, aux médias en prise avec le pouvoir, aux travailleurs exploités…

Engagées, politisées et libres, les femmes du pop ont, non sans humour et ironie, dézingué les travers des sociétés occidentales contemporaines. Pionnières dans un mouvement valorisant la femme comme un objet, elles ont ouvert la voie à une nouvelle génération d’artistes qui, à partir du début des années 1970, défendront corps et âme un art au féminisme revendiqué.

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She Bam Pow Pop Wizz ! Les Amazones du Pop

Du 3 octobre 2020 au 29 août 2021

www.mamac-nice.org

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AWARE : Archives of Women Artists, Research and Exhibitions

“Depuis sa création en 2014, l’association AWARE travaille à rendre visibles les artistes femmes du XXe siècle en produisant et en mettant en ligne sur son site Internet des contenus gratuits et entièrement bilingues français/anglais sur leurs œuvres.”

https://awarewomenartists.com/

Retrouvez dans l’Encyclo : Pop art

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