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Eugène Atget en 2 minutes

En bref

Durant plus de trente ans, il a battu le pavé de Paris, captant le pittoresque, archivant les petits métiers, les vieilles boutiques. Eugène Atget (1857–1927), acteur inaccompli devenu photographe par hasard, est considéré comme l’un des inventeurs de la photographie moderne. Adepte des temps de pose longs, travaillant encore avec des plaques de verre, il est un artiste de la lumière et des camaïeux de gris qu’encensèrent les Surréalistes.

Eugène Atget vers 1890
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Eugène Atget vers 1890

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© adoc-photos

On a dit de lui

« Atget a fixé la vie, il a tout vu avec un œil qui mérite les épithètes de sensible et de moderne. » (Robert Desnos)

Sa vie

Fils d’artisans établis en banlieue parisienne, le jeune Eugène n’a pas connu une enfance dorée. Orphelin très jeune, il est élevé par ses grands-parents à Bordeaux. Il doit vite entrer dans la vie active et s’engage sur un paquebot comme garçon de cabine.

Installé à Paris en 1878, Atget cherche sa vocation. Il pense d’abord au théâtre et débute des études, perturbées par son service militaire. Bien qu’il décroche des petits rôles, sa carrière d’acteur est compromise par une affection des cordes vocales. « C’était un humble comédien de faubourg qu’un accident avait éloigné de la scène pour en faire un photographe ambulant », résumait le photographe Emmanuel Sougez.

Se rêvant un temps peintre, Atget se tourne finalement vers la photographie. Il ne se considère pas comme un artiste mais davantage comme un documentariste. Sa clientèle ? Tous ceux qui cherchent de la documentation sur Paris et des reportages (bibliothèques, musées, architectes…). Il fonde alors sa propre entreprise.

Le travail du photographe s’organise en séries : environs de Paris, le Paris pittoresque… Chacune comprend des sous-séries, telles que celles consacrées aux petits métiers de la capitale ou aux décors et ornements… Atget documente la mémoire d’une ville en plein changement et devient ainsi l’un des photographes attitrés de la Bibliothèque de la Ville de Paris.

Sur le plan technique, Eugène Atget réalise ses clichés et les développe lui-même. C’est un artisan de l’image très méticuleux, qui n’utilise pas de matériel moderne. Le cadrage, la lumière, les couleurs sépia : il ne néglige rien. L’homme court la capitale, son lourd attirail de photographe sur le dos, saisissant les cochers, les filles, les commerçants devant leur boutique. Il n’aime guère les panoramas ou les vues larges mais privilégie l’analyse. Dans ses images, le photographe ne recherchait pas la perfection mais la simplicité et la vie, le témoignage d’une époque.

Atget a été perçu comme un précurseur de la photographie moderne, très apprécié par les Surréalistes dans les années 1920 et 1930. Man Ray, notamment, adorait son travail et le mit en valeur dans la revue La Révolution surréaliste. De cet engouement naîtra la fortune critique (et posthume) d’Atget aux États-Unis.

Ses œuvres clés

Eugène Atget, Rémouleur
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Eugène Atget, Rémouleur, 1899

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Coll. musée Carnavalet, Paris • © Musée Carnavalet / Roger-Viollet

Rémouleur, 1899

À l’époque où Atget prend ces photographies, les petits métiers commencent à disparaître dans les grandes villes. C’est donc une facette pittoresque de Paris qu’il souhaite immortaliser. Il s’intéresse à ces personnages (rémouleur, affûteur de couteaux, vannier, chiffonnier…) pour leur dimension populaire et sociale. Le rémouleur semble presque attaché à son outil, comme s’il tenait boutique au plein air.

Eugène Atget, Groupe de curieux pendant l’éclipse. Place de la Bastille
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Eugène Atget, Groupe de curieux pendant l’éclipse. Place de la Bastille, 17 avril 1912

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Coll. BHVP • © BHVP / Roger-Viollet

Groupe de curieux pendant l’éclipse. Place de la Bastille, 17 avril 1912

Sur un trottoir parisien, le photographe capte une scène insolite : la foule regardant une éclipse solaire en se protégeant les yeux. Nous sommes place de la Bastille. Atget n’a pas cherché à photographier le phénomène astronomique (assez rare, au demeurant, puisqu’il s’agissait d’une éclipse dite perlée) mais bien la réaction du public, qui semble captivé, happé par celui-ci.

Eugène Atget, Le Panthéon
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Eugène Atget, Le Panthéon, 1924

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© Sepia Times/Universal Images Group via Getty Images

Le Panthéon, 1924

 Le travail d’Atget dans les dernières années de sa vie est plus poétique qu’à ses débuts et sans aucun doute moins documentaire. Ici, il capte l’arrière de l’auguste monument parisien dans une atmosphère mystérieuse, presque fantomatique. Atget fait parler la grandeur de l’architecture sans la prendre totalement pour sujet. En raison des temps d’exposition très longs qu’il choisissait, les contrastes de lumière sont très accusés.

Par • le 5 avril 2021
Retrouvez dans l’Encyclo : Eugène Atget

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