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Portrait

Françoise Pétrovitch : histoires de lavis et de la mort

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Publié le , mis à jour le
Le fonds Hélène et Édouard Leclerc, dans le Finistère, accueille actuellement un pays de merveilles et de frayeurs : celui de l’artiste Françoise Pétrovitch, dessinatrice, peintre et sculptrice, reconnaissable à ses encres de Chine colorées sur grands formats. Une première rétrospective pour cette ensorceleuse surdouée puisant dans les souvenirs et les cauchemars de jeunesse…
Françoise Pétrovitch dans son atelier
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Françoise Pétrovitch dans son atelier, 2021

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© Photo Hervé Plumet / FHEL / © Adagp, Paris 2021

Quelle angoisse renferme ce fumeur aux yeux vitreux ? Cette fillette au bras ensanglanté vient-elle de commettre un crime ? Pourquoi ce chien gît-il au sol, agonisant ? Il est vain de demander à Françoise Pétrovitch ce qui l’a amenée à dessiner de telles scènes, mystérieuses et inquiétantes. L’artiste répondra seulement qu’elles proviennent de son « monde intérieur »… Dès lors, libre à nous d’y projeter notre subconscient et, parfois même, de faire ressurgir nos traumatismes enfouis. « Je propose des blocs d’images, je ne veux pas d’une histoire qui se referme. Si on dit tout, il n’y a plus rien à penser », commente-t-elle. Face à cette centaine d’œuvres exposées, laissons à notre imaginaire le soin de nous guider…

Françoise Pétrovitch, Fumeur, 2019, Photo  A. Mole, © Françoise Pétrovitch, Adagp, Paris, 2021
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Françoise Pétrovitch, Fumeur, 2019, Photo A. Mole, © Françoise Pétrovitch, Adagp, Paris, 2021, 2019

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Lavis d’encre sur papier • 160 × 120 cm • Coll. particulière • © Photo A. Mole / © ADAGP, Paris 2021

Au fonds Hélène et Édouard Leclerc cependant, certaines histoires se racontent seules. Comme celle de ce pauvre oisillon mort, peint sur de gigantesques papiers puis sculpté en grès émaillé, gisant au creux d’une paume. En fin de parcours, il termine dévoré à pleines dents par une fillette, sur une petite toile… Françoise le dit elle-même, « cette exposition est construite comme un livre ». Des mésaventures y sont contées, chapitre après chapitre, mais saurez-vous les lire ? Ce sont d’immenses dessins, lavis d’encre figurant des enfants ou des adolescents introvertis, qui fument des cigarettes, se cachent le visage entre les mains. Mais aussi des sculptures narratives telles cette Peau d’Âne en grès. Le clou du spectacle ? Un mur de martyrs peints sur papier, bustes de saint Sébastien criblé de flèches [ill. plus bas], sans tête ni sexe, dont le lavis d’un gris bleuté suggère le corps meurtri.

Françoise Pétrovitch réalisant un portrait
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Françoise Pétrovitch réalisant un portrait, 2021

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© Photo Hervé Plumet / FHEL / © Adagp, Paris 2021

Une violence, criante ou sous-jacente, qui n’a pourtant rien à voir avec sa créatrice. Du moins, en apparence… Car Françoise Pétrovitch est lumineuse. Le regard clair et bienveillant, elle semble à mille lieux de ses fables torturées, de ses portraits de poupées démembrées, cheveux hirsutes et orbites caves… À Landerneau, elle nous confie son bonheur d’avoir été sérieusement accompagnée par deux commissaires à l’occasion de sa rétrospective. On la sent disciplinée, attentive. La preuve : dans sa maison de Cachan en banlieue parisienne, Pétrovitch préfère dessiner en pleine journée, le plus tôt possible, pour profiter des rayons de soleil éclairant son spacieux atelier, où seul le bruissement des grands papiers et quelques gouttes d’eau tombant de son pinceau se font entendre. Un besoin viscéral de liberté, de solitude. Côté nature, c’est le parc de Sceaux qui l’aère, bosquets rangés, bien loin des montagnes savoyardes de son enfance…

Vue de l’exposition au fonds Hélène et Édouard Leclerc, Landerneau
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Vue de l’exposition au fonds Hélène et Édouard Leclerc, Landerneau

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Photo N.Savale / © Adagp, Paris, 2021

Dans les années 2000, elle retranscrit en dessin, chaque jour, la première information diffusée dans le journal de la matinale de France Inter.

Françoise Pétrovitch a grandi à Chambéry. Elle y est née en 1964. À neuf ans, elle déménage avec sa famille dans le hameau de son grand-père paternel, en pleine campagne, parmi les chiens, les poussins, les ânes, les chats, les lapins, les poules et encore les poneys – ces mêmes animaux qui peuplent ses dessins… Ici, le ski et les randonnées occupent le temps libre, mais la jeune femme préfère les activités solitaires, le dessin surtout… Bien décidée à s’initier aux techniques artistiques, elle rentre à la Martinière à quinze ans, un internat lyonnais qui la forme aux arts appliqués, avant d’intégrer la prestigieuse École normale supérieure de Cachan dans la section design. Puis vient le temps de l’enseignement : CAPET et agrégation d’arts plastiques en poche, Pétrovitch devient professeure de gravure à l’école Estienne, à Paris.

Françoise Pétrovitch, “Sans titre” (2018) et “Saint Sébastien, d’après Mantegna” (2019)
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Françoise Pétrovitch, “Sans titre” (2018) et “Saint Sébastien, d’après Mantegna” (2019)

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Lavis d'encre sur papier • 160 x 120 cm / 80 x 120 cm • Coll. particulière / courtesy Semiose, Paris • © Photo A. Mole / © ADAGP, Paris 2021

Sans pour autant abandonner la vie d’artiste. Dans les années 2000, elle retranscrit en dessin, chaque jour, la première information diffusée dans le journal de la matinale de France Inter. Ce projet intitulé « Radio-Pétrovitch » souligne une détermination et une assiduité du trait, ces mêmes qualités qui ne tardent pas à attirer les galeries. Première grande consécration : en 2011, le musée de la Chasse et de la Nature, à Paris, lui donne carte blanche pour y introduire ses bestioles traquées, ses créatures hybrides… Le succès est colossal. Bientôt, la Louvière en Belgique, le French Institute Alliance Française de New York, le Centre Pompidou ou encore le Louvre-Lens exposent ses œuvres. Au fil des invitations, la plasticienne en profite pour se diversifier, poursuivre ses projets d’édition, s’essayer au film d’animation avec son mari Hervé Plumet [ill. ci-dessous]… Dernier défi en date : la réalisation des décors et costumes de la pièce Adolescent, jouée en 2019 au Centre chorégraphique de Roubaix, où ses dessins se donnent magistralement en spectacle.

Françoise Pétrovitch, Echos
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Françoise Pétrovitch, Echos, 2014

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installation vidéo • Coll. Mac Val, Ivry-sur-Seine • © Photo Hervé Plumet / FHEL / © Adagp, Paris 2021

Car sa multidisciplinarité ne saurait la distraire de son domaine de prédilection : le dessin. En mars dernier, la fondation Guerlain célèbre cet enclin en lui décernant son fameux prix, remarquant son talent pour la composition et la couleur, sa technique maîtrisée de l’encre diluée ou encore son jeu de réserves (le blanc du papier)… Tous ces éléments qui confèrent à ses images leur irrésistible charme. Mais avec Pétrovitch, le piège de la séduction ne tarde jamais à se refermer. Quand vient le temps de la lecture, surgissent de cruels souvenirs émiettés, sortes de contes revisités où se mêlent le tragique et le fabuleux, (parmi ses livres de chevet, Alice au pays des merveilles ou les romans de Marguerite Duras). C’est donc en toute légitimité que l’artiste investira l’année prochaine la Bibliothèque Nationale de France, pour y exposer son corpus de gravures. Soit un nouveau périple en terre (dés)enchantée…

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Françoise Pétrovitch

Du 17 octobre 2021 au 3 avril 2022

www.fonds-culturel-leclerc.fr

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