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Gérard Fromanger, Le Rouge, 1968
Ensemble de 21 sérigraphies • 60 x 89 cm. • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris • © Gérard Fromanger © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Georges Meguerditchian
Quand il revient aux Beaux-Arts de Paris en 1968 pour les occuper, y produire des affiches et enchaîner les AG, Gérard Fromanger a 29 ans et déjà entamé une carrière qu’il veut en rupture avec l’ordre ancien. Étudiant, il quitte ainsi le quai Malaquais au bout de dix-huit jours de cours seulement. « C’était épouvantable », se souvenait-il, quand on l’avait rencontré à l’occasion de sa rétrospective au Centre Pompidou, en 2016. Au début des années soixante, la mode était à la peinture « bonnardisante. On y apprenait à peindre sa petite maîtresse à la fenêtre avec son chat, des bouquets de fleurs… ». Très peu pour lui qui préfère fréquenter les académies et les brasseries de Montparnasse, où palpite la vie.
Il a 25 ans, en 1964, quand il est invité à exposer un tableau au Salon de mai, la FIAC de l’époque, avec Picasso au centre et quelque 160 artistes autour. Il est remarqué par Giacometti qui présente son jeune ami à Aimé Maeght, galeriste star de l’époque, chez qui il expose un an plus tard. Il fraye avec toute la jeune garde, les Daniel Pommereulle, Erró, Télémaque, Jean-Jacques Lebel, Jean-Pierre Raynaud et le groupe des Objecteurs. Il se souvient que plus que des considérations purement artistiques, ce qui les soude, les sidère, c’est « la guerre d’Algérie et celle du Viêtnam. La vie avait changé. On était bouleversé. Impossible de continuer à peindre comme avant, tandis que d’autres s’entretuent. »
Gérard Fromanger, Album « Le Rouge », 1968
Boîte contenant 21 affiches sérigraphies se souvenant du mois de mai.
Coll. Centre Pompidou – musée national d’Art moderne – Centre de création industrielle, Paris. • © Gérard Fromanger/Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais/Georges Meguerditchian
Le peintre transforme ainsi ses modèles en ombres tapageuses, compactes.
C’est dans ce contexte et pour ces raisons, que toute la bande de peintres rebelles rejoint logiquement la lutte des étudiants en mai 68. Lutte à laquelle ils vont donner une iconographie depuis l’atelier populaire des BeauxArts de Paris. Fromanger y propose une image passée depuis au rang d’icône révolutionnaire. Mais qui là, à cet instant précis, ne passe pas la barrière de l’assemblée générale des peintres. Cohn-Bendit est un des seuls à voter pour cette affichette où le rouge du drapeau tricolore, le rouge de la révolte et du sang, le rouge des coups de sang du peuple excédé, coule hors de son rectangle, outrepassant les limites fixées. L’image, géniale, n’a pas échappé à Jean-Luc Godard qui en fera un ciné-tract.
Mai 68 passé, la peinture de Fromanger ne cessera pas pour autant de tremper dans le réel et le combat pour une vie plus belle débarrassée du joug de la marchandise. Ses toiles mettent alors en scène, en rouge cadmium, des groupes d’émeutiers ou bien des foules de passants ou encore des ouvriers au travail (balayeurs, maçons…). Le peintre transforme ainsi ses modèles en ombres tapageuses, compactes : la foule fait corps anonymement et se détache d’un arrière-plan urbain occupé par les marchandises (vitrines, enseignes de magasin, voitures) comme s’il s’agissait de dépeindre tout à la fois l’effacement de l’humain par la société capitaliste et sa faculté à y résister – en couleurs.
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