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Inclassable et déroutant, le Français Gérard Garouste (né en 1946) occupe une place à part dans l’histoire de la peinture de ces cinquante dernières années. Débordant de références, son œuvre se lit aussi bien à l’aune de la pensée nietzschéenne que des mythes ancestraux. Homme de théâtre, décorateur à ses heures, il crée en 1977 un spectacle, Le Classique et l’Indien, sorte de pièce autobiographique, qui reprend dans son titre toute la dualité de sa peinture, le fondement de son art. Fondateur de l’association La Source, il s’engage depuis 1991 auprès des enfants défavorisés pour leur faire découvrir la pratique artistique.
Gérard Garouste
© Photo Bertrand Huet / Tutti
« Ma seule préoccupation est de m’interroger sur la finalité de la peinture, sur le statut de l’œuvre en tant qu’image et sur sa perception par le spectateur. »
Né à Paris le 10 mars 1946, Gérard Garouste a longtemps été peu considéré, voire incompris. Bernard Blistène, ancien directeur du Centre Pompidou, le présente même ainsi : « Quelque cinquante années ont passé depuis que je découvrais l’œuvre de Gérard Garouste. Si j’ai beaucoup écrit pour lui, l’évolution de son travail m’a parfois dérouté. »
Déroutant, car complexe, et nourri par une culpabilité héritée d’un lourd passé familial qu’il découvre tardivement : son père, Henri Auguste Garouste, antisémite et pétainiste, est condamné en 1945 pour spoliation. Pendant l’Occupation, ce dernier s’est en effet fait attribuer diverses sociétés. Tout d’abord, une entreprise de parfumerie, dont le fondateur avait fui les persécutions, puis les magasins de meubles Lévitan.
À la Libération, l’entreprise Garouste père & fils perd son procès contre les Lévitan revenus d’exil. Le père de Gérard n’en continue pas moins d’afficher son antisémitisme. Le fils entre aux Beaux-Arts de Paris. Jusqu’en 1972, il y suit l’enseignement du peintre abstrait Gustave Singier.
Pendant ses études, il réalise principalement des dessins d’humour. Il crée aussi pour son ami le metteur en scène Jean-Michel Ribes, rencontré des années plus tôt au collège du Montcel, plusieurs scénographies de spectacles, dont Jacky Parady. Ce goût des grands décors le suit depuis, des réalisations pour les murs du Privilège, restaurant de la boîte de nuit mythique Le Palace, jusqu’à la tapisserie d’Aubusson commandée par l’État en 2008, en passant par le rideau de scène du théâtre du Châtelet réalisé en 1989.
Il crée un spectacle en 1977 pour le Palace, Le Classique et l’Indien, que son ami Ribes reprendra dans son théâtre du Rond-Point, à Paris, en 2008. C’est dans les années 1980 qu’il expose ses œuvres pour la première fois et qu’il commence à être reconnu des collectionneurs. Son travail est montré aux États-Unis, à la Holly Solomon Gallery de New York puis chez Leo Castelli.
Il fonde en 1991 avec sa femme Élisabeth, qu’il a épousée en 1970, une association, La Source, qui vient en aide aux enfants en situation de fragilité sociale, familiale ou scolaire, par le biais de la pratique artistique. Car pour lui, « plus qu’un loisir, l’art et la culture sont des leviers citoyens permettant aux jeunes de se définir, s’épanouir, dépasser les difficultés et trouver leur voie ». Installée tout d’abord dans l’Eure, à La Guéroulde, l’association se déploie aujourd’hui dans dix départements.
C’est aussi dans l’Eure qu’il a installé son atelier, un espace aux volumes imposants où il donne corps à ses visions hallucinantes, mêlant religion juive, mythologie gréco-romaine, pensée nietzschéenne, littérature kafkaïenne et traditions populaires. En 2017, il est reçu à l’Académie des beaux-arts. Son épée est réalisée par son épouse Élisabeth.
Gérard Garouste, Adhara, 1981
Huile sur toile • 253 × 395 cm • Coll. Liliane & Michel Durand-Dessert • © Photo Florian Kleinefenn / Courtesy Templon, Paris / © ADAGP, Paris 2022
Adhara, 1981
Empruntant son nom au terme sanskrit du « support à la méditation », le tableau Adhara est surtout l’illustration d’un mythe personnel qui traverse toute l’œuvre de Garouste : Le Classique et l’Indien. Dans ses tableaux, les deux protagonistes sont représentés ensemble dans un paysage plus ou moins lointain, et toujours accompagnés d’un chien. D’après un rêve fait par l’artiste, l’humanité se divise en deux parties dont les destins sont indissociables.
Gérard Garouste, Marguerite – Élisabeth, 2009
Gouache • 149 × 123 cm • Coll. particulière • © Photo Bertrand Huet / Tutti / Courtesy Templon, Paris / © ADAGP, Paris 2022
Marguerite-Élisabeth, 2009
La famille est un des sujets de prédilection de Garouste. Il peint à de multiples reprises son épouse, Élisabeth, ainsi que ses deux fils, Guillaume et Olivier. Appliquant les mêmes procédés que pour ses autres compositions, il navigue entre réalisme et interprétation délirante. Pour ce portrait, il choisit de représenter Élisabeth sous les traits de Marguerite, égérie faustienne. Le tout semble être passé sous le prisme d’un miroir déformant.
Gérard Garouste, Le Banquet, 2021
Triptyque, huile sur toile • 300 ×270,3 cm chaque panneau • © Photo Bertrand Huet / Tutti / Courtesy Templon, Paris / © ADAGP, Paris 2022
Le Banquet, 2021
Le triptyque Le Banquet présente dans une profusion de couleurs une grande variété de sujets et de personnages pour la plupart liés à l’univers de Kafka. L’écrivain praguois y est représenté avec un choucas sur la tête – kavka en tchèque – et une dizaine de personnages au corps déformé attablés autour de lui. Parmi eux, se reconnaissent les philosophes Gershom Scholem et Johann Georg Hamann, ou une héroïne biblique, la reine Esther. Ce joyeux mélange des époques et des références crée ainsi de singulières correspondances.
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