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Chaque année, à l’occasion du carnaval de La Nouvelle-Orléans, en Louisiane, parée de costumes éblouissants et de coiffes de plumes d’autruches pesant des dizaines de kilos, la communauté afro-américaine défile aux sons des percussions, des chants et de rythmes de jazz afin d’honorer la mémoire des Indiens ayant accueilli les esclaves fugitifs et saluer leur courage pour avoir résisté à l’oppression blanche. En plongeant au cœur des traditions culturelles des « Black Indians », le musée Civilisations / Histoires du quai Branly retrace trois siècles de résistance contre la domination raciale et sociale, de la découverte du « Nouveau monde » par les explorateurs anglais et la colonisation française à l’édification des États-Unis d’Amérique, ses lois ségrégationnistes et thèses suprématistes, auxquelles les parades spectaculaires organisées dans l’espace public opposent le pouvoir des cultures déracinées.
Par Daphné Bétard
Elenora Brown, White Bison, 2017
Coll. et © musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris / Photo Pauline Guyon.
Après un essai lumineux intitulé non sans malice Pour en finir avec la nature morte (2020), l’historienne de l’art Laurence Bertrand Dorléac faisait exploser le cadre imposé par sa discipline à ce genre trop longtemps réduit à une belle composition figée dans le temps, pour l’inscrire dans un dialogue entre « le vivant et le non-vivant, entre nous et les choses, entre le présent et le passé, entre ce qui reste et ce qui n’est plus ». L’exposition dont elle assure le commissariat au Louvre en est l’incarnation probante. Chefs-d’œuvre signés Giuseppe Arcimboldo, Clara Peeters, Francisco de Zurbarán, Louise Moillon ou Jean Siméon Chardin, ready-made délirant de Marcel Duchamp et objet surréaliste de Meret Oppenheim, versions modernes de Giorgio de Chirico ou Joan Miró, visions troublantes de Nan Goldin et Ron Mueck : dans un parcours mêlant les époques et les styles, où il est question aussi bien d’écologie politique que d’esthétique, l’historienne de l’art nous éblouit et nous éclaire sur la nature existentielle des choses.
Par Daphné Bétard
Salvador Dalí, Nature morte vivante, 1956
Coll. et © Salvador Dalí Museum, Saint-Pétersbourg / Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí / Adagp, Paris 2022.
Les Choses - Une histoire de la nature morte
Du 12 octobre 2022 au 23 janvier 2023
Musée du Louvre • Rue de Rivoli • 75001 Paris
www.louvre.fr
Depuis le XVIe siècle, des générations d’amateurs se sont succédé à Dresde pour découvrir sa Kunstkammer (« chambre des merveilles » ou « cabinet d’art ») – l’une des premières collections européennes ouvertes au public –, avec ses mille et une curiosités naturelles, artistiques ou scientifiques accumulées par les princes électeurs de Saxe. Une certaine vision du monde, présentée à Paris grâce au prêt exceptionnel de 200 pièces issues des musées de Dresde, aujourd’hui dépositaires de ces fabuleux trésors.
Par Sophie Flouquet
Hans-Anton Lind, Objet décoratif en forme de bateau avec nautile sur roues, 1603–1609
Coll. et © Grünes Gewölbe, Staatliche Kunstsammlungen Dresden / Photo Paul Kuchel © ADAGP Paris 2022 pour les œuvres de ses membres.
Miroir du monde – Chefs-d’œuvre du Cabinet d’art de Dresde
Du 14 septembre 2022 au 15 janvier 2023
Musée du Luxembourg • 19, rue de Vaugirard • 75006 Paris
museeduluxembourg.fr
Il est le peintre philosophe par excellence, éminent représentant du classicisme français, qui domina le Grand Siècle par la grâce vertueuse de ses tableaux érudits et complexes, destinés aux gens d’esprit. D’ailleurs, Nicolas Poussin (1594–1665) ne demandait-il pas lui-même à ses commanditaires de « lire » ses toiles, afin d’y voir non une imitation de la nature mais de purs concepts ? Loin de ces considérations, prenant l’histoire de l’art à contre-courant pour s’adonner aux plaisirs de l’acte créateur et dévoiler l’iconographie licencieuse qui se cacherait dans sa peinture, le musée des Beaux-Arts de Lyon nous offre un portrait inédit de Poussin, révélant comment certains de ses tableaux furent mutilés, découpés voire détruits, car jugés trop érotiques ! À travers le thème de l’amour, il révèle un artiste sensuel qui se fit d’abord remarquer pour l’hédonisme de ses scènes mythologiques et explora jusqu’à la fin de sa carrière les ressorts tragiques de la passion.
Par Daphné Bétard
Nicolas Poussin, Renaud et Armide, 1629-1631
Coll. et © Dulwich Picture Gallery, Dulwich / Bridgeman Images.
Poussin et l'amour
Du 26 novembre 2022 au 5 mars 2023
Musée des Beaux-Arts de Lyon • 20, place des Terreaux • 69001 Lyon
www.mba-lyon.fr
Énigmatique, provocant, en marge des courants de la modernité, l’œuvre peint de Walter Richard Sickert (1860–1942) est à l’honneur au Petit Palais. Élève de James Whistler, l’artiste britannique se plonge dans l’univers du spectacle vivant, de l’opéra, du music-hall ou du cirque, qui lui inspirent des tableaux sophistiqués jouant sur les contrastes entre une scène en pleine lumière et des spectateurs plongés dans l’ombre. Sa maîtrise troublante du clair- obscur atteint son paroxysme dans des huis clos dérangeants, sinon criminels, où des femmes, affairées à des tâches quotidiennes, offrent, sans le savoir, leur nudité crue au spectateur, devenu voyeur malgré lui. À n’en pas douter, l’étrange Monsieur Sickert sera l’une des révélations de cet automne.
Par Daphné Bétard
Walter Richard Sickert, Blackbird of Paradise, vers 1892
Coll. et © Leeds City Art Gallery, Leeds / Bridgeman Images / Photo Sarah Murray.
Walter Sickert (1860-1942). Peindre et transgresser
Du 14 octobre 2022 au 29 janvier 2023
Petit Palais • Avenue Winston Churchill • 75008 Paris
www.petitpalais.paris.fr
Allongée sur le dos, les yeux clos, la tête renversée, à deux doigts de tomber de son lit, une jeune femme diaphane aux formes sensuelles connaît un sommeil agité. Sans doute à cause des deux créatures monstrueuses, probables incarnations de ses angoisses, qui ont pris possession de son être, un troll juché sur son ventre et un cheval aveugle, ricanant, surgi d’une tenture pourpre semblable à un rideau de théâtre. Depuis sa création, en 1781, le Cauchemar de Johann Heinrich Füssli (1741–1825) n’a rien perdu de sa puissance d’évocation. Cette peinture connut même un tel succès, du vivant de l’artiste, qu’il en réalisa d’autres versions. L’une d’elles figure dans l’exposition du musée Jacquemart-André, qui est parvenu à réunir une soixantaine de tableaux du maître pour embrasser l’ensemble de sa carrière. Entre romantisme noir et fantastique grotesque, toutes ses thématiques sont abordées, des scènes mythologiques et bibliques aux sujets shakespeariens, représentations du rêve, apparitions sublimes, visions mélancoliques.
Par Daphné Bétard
Johann Heinrich Füssli, Le Rêve de la reine Catherine, 1781
Coll. Lytham St Annes Art Collection of Fylde Council, Lytham St Annes / © Heritage Images / Fine Art Images / akg-images.
Füssli, entre rêve et fantastique
Du 16 septembre 2022 au 23 janvier 2023
www.musee-jacquemart-andre.com
Musée Jacquemart-André • 158, boulevard Haussmann • 75008 Paris
www.musee-jacquemart-andre.com
Le Havre, 13 novembre 1872. Une brume enveloppe le paysage. Aux premières lueurs du jour, Claude Monet peint, depuis son hôtel, une vue qui allait marquer à jamais l’histoire de l’art moderne. Le titre du tableau, Impression, soleil levant inspira au critique Louis Leroy le terme d’impressionnisme pour désigner le groupe d’artistes rebelles partis peindre en plein air les sensations de la nature, plutôt que de courir les Salons officiels. L’heureux propriétaire de cette œuvre mythique, le musée Marmottan, lui rend hommage en réunissant à ses côtés quelques-unes des plus belles représentations de soleil levant, signées Dürer, Rubens, Le Lorrain, Turner, Courbet, Derain, Félix Vallotton, Edvard Munch, Otto Dix, Sonia Delaunay, Alexander Calder… Une promenade étincelante !
Par Daphné Bétard
Arthur G. Dove, Red Sun, 1935
Coll. Phillips Collection, Washington.
Face au soleil. Un astre dans les arts
Du 14 septembre 2022 au 29 janvier 2023
Musée Marmottan Monet - Paris • 2 Rue Louis Boilly • 75016 Paris
www.marmottan.fr
Il est l’auteur du Cri le plus expressif et le plus célèbre au monde, repris, copié, détourné, y compris en emoji… Mais au-delà de cette icône et d’une poignée de chefs- d’œuvre symbolistes de ses débuts, qui connaît vraiment l’œuvre d’Edvard Munch (1863–1944) ? Moins d’un an après son ouverture à Oslo, le musée dédié au peintre norvégien a travaillé avec le musée d’Orsay pour révéler au public parisien toute la complexité de ce corpus. Créateur prolifique, Munch (prononcez « Mounk ») ne cessa de se renouveler au fil de six décennies d’une carrière qui débuta avec le symbolisme et s’épanouit au plus près de la nature – qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il neige… Quand le temps le permettait, Munch travaillait même nu, en bord de mer, de fjord, dans des endroits régénérants tel Kragerø, véritable paradis terrestre où il soignait sa dépression après ses périodes d’excès, donnant naissance à des toiles d’une force viscérale.
Par Daphné Bétard
Edvard Munch, Vampire, 1895
Coll. et © Munchmuseet, Oslo.
« Les œuvres importantes sont souvent le fruit d’une rencontre fortuite ou non, liée à un événement historique disruptif particulier ou à un moment fort d’amitié entre des artistes. Ces œuvres collaboratives nous enseignent souvent que 1+1 font 3. » Partant de ce constat, la conservatrice Blandine Chavanne et son complice l’artiste Jean-Jacques Lebel ont réuni au Mucem les expériences collectives qui ont jalonné et dynamité la création au XXe siècle. À l’image des cadavres exquis surréalistes, des affiches déchirantes de Raymond Hains et Jacques Villeglé, des folies douces du trio formé par Yves Klein, Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely, des écritures croisées de William Burroughs et Brion Gysin, du Grand Tableau antifasciste collectif créé en 1960–1961 par Lebel, l’Islandais Erró et les Italiens Enrico Baj, Roberto Crippa, Gianni Dova et Antonio Recalcati… Autant de propositions salvatrices en ces temps d’individualisme forcené.
Par Daphné Bétard
Raymond Hains et Jacques Villeglé, Ach Alma Manetro, 1949
Coll. et © Musée national d’art moderne-Centre Pompidou, Paris, dist. RMN-Grand Palais / Photo Christian Bahier © ADAGP Paris 2022 pour les œuvres de ses membres.
Amitiés, créativité collective
Du 16 octobre 2022 au 13 février 2023
Mucem - Musée des Civilisations et de la Méditerranée • 1 Esplanade J4 • 13002 Marseille
www.mucem.org
Exposés avec des films et des photographies de l’artiste, les effets personnels de Frida Kahlo forment un récit poignant de sa vie, exceptionnelle à tout point de vue. De ses bijoux à ses corsets (elle en eut une vingtaine), tout son univers intime se révèle, comme sorti de ses peintures. Le Palais Galliera propose de prolonger l’expérience fantasmatique avec une exposition capsule – programmée jusqu’au 31 décembre – qui rassemble des créations de couturiers inspirés par la peintre mexicaine. Featuring Alexander McQueen, Jean Paul Gaultier, Riccardo Tisci (Givenchy), Maria Grazia Chiuri (Dior), Rei Kawakubo (Comme des garçons)…
Par Natacha Nataf
Anonyme, Portrait (anonyme) de Frida Kahlo, 1944
© Museo Frida Kahlo – Casa Azul Collection – Javier Honojosa, 2017.
Frida Kahlo. Au-delà des apparences
Du 15 septembre 2022 au 5 mars 2023
Palais Galliera - Musée de la Mode de la Ville de Paris • 10, Avenue Pierre 1er de Serbie • 75016 Paris
palaisgalliera.paris.fr
Des touches de couleurs spontanées, parfois nerveuses, d’autres plus dissolues, font vibrer la toile, aspirant l’œil du spectateur, selon un procédé optique qui lui échappe, pour l’immerger dans un paysage sans limites ni horizons. Comme bon nombre de ses frères et sœurs de l’expressionnisme abstrait, Joan Mitchell (1925–1992) a regardé de près l’œuvre tardive de Claude Monet (1840–1926), celui des Nymphéas et des expérimentations visuelles à la lisière du non-figuratif, pour développer elle aussi une œuvre faite de pures sensations. Démonstration dans les vastes espaces de la fondation Louis Vuitton qui fait dialoguer les grands formats des deux artistes, créant des correspondances visuelles hypnotiques. Passé le choc esthétique, une rétrospective réunissant une cinquantaine d’œuvres permet de faire plus ample connaissance avec l’univers complexe et intense de l’artiste américaine qui résumait ainsi son travail : « Ma peinture est abstraite, mais c’est aussi un paysage ».
Par Daphné Bétard
Joan Mitchell, La Grande Vallée XIV (For a Little While), 1983
© The Estate of Joan Mitchell, Courtesy Joan Mitchell Foundation
Voilà bientôt quarante ans qu’elle est morte, quasi oubliée. Il faut reconnaître que, résolument figurative, Alice Neel (1900–1984) évoluait à contre-courant ! Mais depuis une dizaine d’années, cette peintre hors normes a rejoint le panthéon de l’art américain, grâce au mouvement impulsé par les féministes et les social studies. On redécouvre enfin ces visages qu’elle nous force à affronter, vibrants personnages tirés de son quotidien au sein du New York populaire, de Greenwich Village à Spanish Harlem : une Comédie humaine version Manhattan. À travers 75 toiles et dessins, cette première grande rétrospective en France dévoile le regard militant de cette adhérente au parti communiste et à la cause féminine. « En politique et dans la vie, j’ai toujours aimé les perdants, les outsiders. Cette odeur de succès, je ne l’aimais pas », déclarait-elle. De ses premières œuvres peintes à Cuba à la fin des années 1920 à ses dernières toiles, Alice Neel n’avait qu’un dessein : épingler la ségrégation raciale, les discriminations à l’encontre des femmes comme des homosexuels, et donner un visage à ces luttes.
Par Emmanuelle Lequeux
Alice Neel, Peggy, vers 1949
Coll. James Kenyon, Los Angeles / © Estate of Alice Neel et L.A. Louver, Venice (Californie) / Photo Malcolm Varon.
Alice Neel, un regard engagé
Du 5 octobre 2022 au 16 janvier 2023
Centre Georges Pompidou • Place Georges Pompidou • 75004 Paris
www.centrepompidou.fr
Après Bilbao, Canberra, Rotterdam, Liège, Bruxelles et dernièrement Lyon (la Sucrière), les maîtres de l’hyperréalisme font escale à Paris. Incarnation du mythe de Pygmalion, ces héritiers de la statuaire antique et des corps torturés de la sculpture chrétienne gothique autant que des modèles anatomiques en cire du XVIIIe siècle et de l’expressivité bouleversante des Bourgeois de Calais d’Auguste Rodin présentent une quarantaine d’œuvres au musée Maillol.
Par Daphné Bétard
Sam Jinks, Untitled (Kneeling Woman), 2015
© Sam Jinks / Courtesy galerie Sullivan+Strumpf, Sydney / Institute for Cultural Exchange, Tübingen.
Hyperréalisme. Ceci n’est pas un corps - Paris
Du 8 septembre 2022 au 5 mars 2023
Après Bilbao, Canberra, Rotterdam, Liège, Bruxelles et dernièrement Lyon (la Sucrière), les maîtres de l’hyperréalisme font escale à Paris. Incarnation du mythe de Pygmalion, ces héritiers de la statuaire antique et des corps torturés de la sculpture chrétienne gothique autant que des modèles anatomiques en cire du XVIIIe siècle et de l’expressivité bouleversante des Bourgeois de Calais d’Auguste Rodin présentent une quarantaine d’œuvres au musée Maillol.
Musée Maillol • 59-61 Rue de Grenelle • 75007 Paris
www.museemaillol.com
Retour en force de Cyprien Gaillard, dont l’ascension avait marqué la décennie 2010. La ville et ses désordres : le plasticien devenu star à Berlin travaille toujours sur les obsessions de ses débuts, au fil de cette exposition en deux chapitres. Alors que Paris se refait une beauté à coups de chantiers en vue des JO de 2024, Cyprien Gaillard s’attache à dévoiler ce qu’il reste de désordre et d’imprévu dans la capitale. Humpty Dumpty, c’est ce personnage en forme d’œuf, tiré de De l’autre côté du miroir de Lewis Carroll : tombé d’un mur, jamais il ne reviendra à sa forme d’origine. Une parabole parfaite de l’entropie dont cet admirateur de Robert Smithson a fait le cœur de son œuvre. Comment une ville lutte-t-elle contre le travail du temps ? Au Palais de Tokyo, Humpty Dumpty explore les territoires oubliés, les architectures comme corps vieillissants. À Lafayette Anticipations, l’artiste réanime une sculpture oubliée dans le désordre de l’espace public, comme il l’a déjà fait : l’horloge automate le Défenseur du Temps, œuvre de Jacques Monestier inaugurée en 1979 dans le quartier de l’Horloge, aujourd’hui abandonnée aux pigeons. Cassé depuis 2003, son mécanisme trouvera-t-il un second souffle pour redonner le temps ?
Par Emmanuelle Lequeux
Jacques Monestier, Le Défenseur du temps, 1979
© Cyprien Gaillard / Photo Max Paul © ADAGP Paris 2022 pour les œuvres de ses membres.
Humpty / Dumpty
Du 19 octobre 2022 au 8 janvier 2023
Palais de Tokyo • 13, avenue du Président Wilson • 75116 Paris
www.palaisdetokyo.com
« La science-fiction, c’est l’art du possible », déclarait l’un des maîtres du genre, l’écrivain Ray Bradbury, auteur du cultissime Fahrenheit 451. Le Centre Pompidou-Metz l’a pris au mot et réunit en son sein ces créateurs, écrivains et artistes, architectes et cinéastes, qui ont exploré la voie de l’anticipation critique et engagée, soulignant les failles de notre société. Abordant les problématiques qui secouent le monde actuellement, les 180 œuvres réunies, des années 1960 à nos jours (Anita Molinero, Larissa Sansour, Zanele Muholi, Wangechi Mutu, Marguerite Humeau, Laurent Grasso, Kapwani Kiwanga…) nous ouvrent les portes de nouveaux possibles, inimaginables, sidérants, entraînants.
Par Daphné Bétard
Wandegechi Mutu, The End of Eating Everything, 2013
© Wandegechi Mutu.
Les Portes du possible. Art & science-fiction
Du 5 novembre 2022 au 10 avril 2023
Centre Pompidou-Metz • 1 Parvis des Droits de l'Homme • 57020 Metz
www.centrepompidou-metz.fr
Parce qu’il ne joue d’aucun instrument, Christian Marclay a choisi les images pour composer ses musiques. Symphonie pour extraits de films, variations sur thriller hollywoodien : la mémoire du cinéma sert d’inépuisable archive à ce grand expérimentateur, à qui l’on doit un des chefs-d’œuvre de la décennie passée, The Clock,
d’une durée de 24 heures. Plasticien de la musique, musicien des arts plastiques, Marclay se sert des images comme de notes. Il joue du silence autant que de notre mémoire cinématographique, il compose avec le bruit plus qu’avec les harmonies. Nourri par le mouvement punk et la poésie de Fluxus, il se réinvente à chaque œuvre, comme le prouve avec éclat cette palpitante exposition qui dévoilera son tout dernier opus, Doors. Assemblages d’objets, installations à base de vinyles, photos, estampes, peintures, films, concerts et performances, sa production n’a pas de frontières. Le Centre Pompidou rassemble quelques-uns de ses hits : Surround Sounds (2014–2015), digression autour des onomatopées des comics et mangas, Subtitled (2019), déroutant collage vidéo de sous-titres en provenance de multiples films, ou encore Video Quartet (2002), hommage sur quatre écrans aux musiques de films. Et, bien sûr, Guitar Drag (2000), vidéo dans laquelle il fait hurler une guitare traînée au sol par une camionnette : un insoutenable blues en référence aux lynchages perpétués jusqu’aux années 1960 dans le sud des États-Unis.
Par Emmanuelle Lequeux
Christian Marclay, Raging Fire, 2020
Courtesy Pettit Art Partners / © Christian Marclay / Photo Studio Christian Marclay.
Christian Marclay
Du 16 novembre 2022 au 27 février 2023
Centre Georges Pompidou • Place Georges Pompidou • 75004 Paris
www.centrepompidou.fr
On sait ses incantations, et la flamme qu’elle met dans ses concerts. Mais Patti Smith a mille autres talents. Photographe, muse, poétesse, elle offre au Centre Pompidou une vaste installation immersive, autour de trois de ses amours : Antonin Artaud, Arthur Rimbaud et René Daumal. En compagnie de Stephan Crasneanscki, qui a inventé avec le collectif Soundwalk une nouvelle façon d’explorer les sensations à travers le son, elle est partie sur les traces des trois écrivains afin de composer un triptyque d’albums. Leur poétique enquête les a menés dans la Sierra Tarahumara au Mexique, sur les montagnes de l’Abyssinie éthiopienne, jusqu’au sommet de l’Himalaya. Tentant de réveiller le souvenir des poètes au sein des paysages qu’ils ont arpentés, chacun de ces albums est un voyage métaphysique. Le visiteur du Centre Pompidou est invité à son tour à faire ce périple, à travers un mix de photos et textes de Patti Smith, de vagues sonores et de documents d’archives. Une installation ou une illumination ?
Par Emmanuelle Lequeux
Jesse Paris Smith, Soundwalk Collective (Stephan Crasneanscki et Simone Merli) et Patti Smith
© Photo Jess Paris Smith.
Evidence : Patti Smith & Soundwalk Collective
Du 20 octobre 2022 au 23 janvier 2023
Le Centre Pompidou a eu la belle idée d'inviter le collectif de musique expérimentale Soundwalk Collective et la merveilleuse touche-à-tout Patti Smith pour une exposition qui restera dans les annales. Ensemble, ils imaginent une installation poétique, visuelle, textuelle et musicale au quatrième étage du musée.
Centre Georges Pompidou • Place Georges Pompidou • 75004 Paris
www.centrepompidou.fr
Plongée dans les années Mitterrand, avec sa politique culturelle volontariste, ses excentricités, mais aussi les ravages du sida… Sur un air de Starshooter ou de Lio, vêtu en Marithé + François Girbaud ou en Claude Montana, assis sur une chaise Starck ou Garouste et Bonetti : il y en aura pour tous les goûts… Le MAD orchestre le grand revival des eigthies françaises, axant son propos sur le design, le graphisme et la mode… Des années plus que fertiles qui, en termes de style, sont celles du carambolage et du télescopage. Réjouissante nostalgie en perspective, prolongée par un focus sur Étienne Robial, le graphiste star de Canal+, Métal Hurlant et les Inrockuptibles.
Par Sophie Flouquet
François Bauchet, C’est aussi une chaise, 1982
Coll. et © MAD, Paris / Photo Jean Tholance.
Années 80. Mode, design & graphisme en France
Du 13 octobre 2022 au 16 avril 2023
Musée des Arts décoratifs • 107, rue de Rivoli • 75001 Paris
madparis.fr
Né à Berlin en 1897 dans une famille juive allemande, Erwin émigre clandestinement à 21 ans à Amsterdam, où il participe au mouvement Dada. Comme l’Américain Man Ray avant lui, il rejoint Paris, capitale de l’avant-garde, en 1936. Il ouvre un studio à Montparnasse, et très vite se fait un nom. Ses expérimentations formelles, proches de l’abstraction, tapent dans l’œil de Cecil Beaton qui le présente au directeur artistique de Vogue : sa carrière est lancée mais la guerre en décide autrement. Réfugié à Vézelay, qualifié d’« étranger indésirable » à partir de mai 1940, il sera interné dans un nombre invraisemblable de camps en France mais aussi au Maroc, d’où il sera finalement exfiltré en août 1941. À son arrivée à New York, Blumenfeld est aussitôt engagé par Harper’s Bazaar, magazine pour lequel il réalisera nombre de couvertures historiques en couleurs. Autant de « tribulations » que le Mahj choisit de raconter en 180 photographies (dont deux séries inédites), avec la complicité de la petite-fille de l’artiste.
Par Natacha Nataf
Erwin Blumenfield, Untitled (Natalia), 1942
© Estate of Erwin Blumenfield.
Les Tribulations d'Erwin Blumenfeld, 1930-1950
Du 13 octobre 2022 au 5 mars 2023
Musée d'art et d'histoire du Judaïsme • 71 Rue du Temple • 75003 Paris
www.mahj.org
Deuxième rétrospective de Gérard Garouste au Centre Pompidou, après celle de 1988, l’exposition réunit 120 tableaux majeurs, souvent de très grand format, mais aussi installations, sculptures et œuvres graphiques de l’artiste, sous la houlette de la commissaire Sophie Duplaix. De quoi saisir toute la production du peintre, où se télescopent sa propre histoire et ses préoccupations pour les questions du temps et de la transmission, ses références littéraires et familiales, dans des toiles mêlant portraits et étrange bestiaire, aussi inquiétantes que joyeuses.
Gérard Garouste, Le Banquet, 2021
Collection de l’artiste / Courtesy galerie © ADAGP Paris 2022 pour les œuvres de ses membres.
Gérard Garouste
Du 7 septembre 2022 au 2 janvier 2023
Centre Georges Pompidou • Place Georges Pompidou • 75004 Paris
www.centrepompidou.fr
Retrouvez le dossier complet de nos 70 expositions de la rentrée dans le numéro de septembre :
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