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Musée d'art et d'histoire du Judaïsme

Helena Rubinstein, une collectionneuse effrénée

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Publié le , mis à jour le
Fondatrice d’un empire cosmétique mondial et avant-gardiste dans tous les domaines, Helena Rubinstein était aussi une grande collectionneuse. Retour sur le parcours aventureux d’une femme d’exception, amoureuse de la beauté sous toutes ses formes.
Helena Rubinstein devant sa collection de portraits, à New York
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Helena Rubinstein devant sa collection de portraits, à New York, dans les années 1960

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© ADAGP, Paris, 2019

En 1905, lorsqu’elle revient d’Australie, Helena Rubinstein fait un tour d’Europe et connaît à Paris ses premiers émois artistiques – en s’y faisant tailler des robes par Charles Frederick Worth ou Jacques Doucet, ou en s’achetant ses premiers vases signés Émile Gallé. Mais c’est en 1908, toujours à Paris, que commence véritablement son aventure de collectionneuse. Avec un flair étonnant, l’entrepreneuse revenue des antipodes est parmi les pionnières de l’art africain, en même temps que l’un de ses compatriotes polonais, Guillaume Apollinaire…

Elle fréquente l’hôtel Drouot, où elle réalise ses premiers achats de masques et d’idoles, sur les conseils de Jacob Epstein, sculpteur anglais que lui a présenté son mari. Elle est sur la même longueur d’onde que Pablo Picasso, Maurice de Vlaminck et André Derain, qui s’intéressent aussi à cet art « barbare ». Mais elle a un spectre étonnamment large : proche des avant-gardes, elle fréquente également les peintres mondains comme Paul César Helleu, habitué de la belle société, des courses et des régates, qui la croque dès 1908 – début d’une interminable série de portraits par les artistes les plus en vue du siècle. Elle a ses entrées chez Misia Sert, égérie de la Belle Époque, qui lui ouvre son carnet d’adresses, et chez qui elle fait notamment la connaissance de Raoul Dufy.

Sarah Lipska, Portrait d’Helena Rubinstein
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Sarah Lipska, Portrait d’Helena Rubinstein, vers 1930

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Huile sur toile • 81, 5 × 61 cm • Coll. musée des Années trente, Boulogne-Billancourt • © Musées de la ville de Boulogne-Billancourt / Photographie Philippe Fuzeau

Dès lors, la fièvre ne la quitte plus : elle achète tous azimuts et son aisance financière lui permettra de le faire toute sa vie. Dans certains cas, elle le fait par compassion : elle soutient ainsi Chaïm Soutine, juif errant et torturé, même si sa peinture ne correspond pas vraiment à ses propres goûts. Elle le fait par amitié, par exemple pour Marie Laurencin, pour Pavel Tchelitcheff, un ancien des Ballets russes, ou par goût pour ses compatriotes Louis Marcoussis et Elie Nadelman, sculpteur qui fait alors un four (mais qui a aujourd’hui six sculptures au Museum of Modern Art, à New York) : elle achète toutes les œuvres exposées à la galerie Paterson, à Londres, en 1911…

Helena Rubinstein avec un masque africain
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Helena Rubinstein avec un masque africain, vers 1934

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Photographie de George Maillard-Kesslère • © Paris, Archives Helena Rubinstein – L’Oréal/Dist. FIT Special Collections and Collages Archives

« Helena Rubinstein est la première femme d’affaires qui ait eu l’idée d’utiliser certains éléments de ses collections d’art moderne à des fins publicitaires », écrit Janet Flanner, correspondante du New Yorker, dans un article publié dans L’Œil en octobre 1957. La célébrissime Négresse blanche II de Constantin Brancusi, aujourd’hui à l’Art Institute de Chicago, orna ainsi un de ses salons de beauté parisiens, à côté d’une série de toiles de Marcoussis. Lorsqu’elle ouvre un institut à Chicago, en 1928, elle lui donne une touche Art déco avec un lampadaire de Pierre Chareau et des sculptures de Chana Orloff.

Il y a dans sa collection quelque chose de boulimique et de « non conventionnel », comme elle l’admettait elle-même. Aux côtés des géants de l’art moderne, qu’elle accumule souvent par séries – des douzaines de Laurencin, une dizaine de Juan Gris de première importance, des Braque, Chagall, Matisse (un Paysage à Cagnes-sur-Mer), Picasso (dont des esquisses pour les Demoiselles d’Avignon) –, elle s’intéresse aussi aux opalines, aux maisons de poupées, aux laques de Coromandel.

Helena Rubinstein face à une sculpture d’Elie Nadelman et à la tapisserie « Confidences » de Pablo Picasso
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Helena Rubinstein face à une sculpture d’Elie Nadelman et à la tapisserie « Confidences » de Pablo Picasso, vers 1955

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Photographie d’Erwin Blumenfeld • Coll. particulière • © The Estate of Erwin Blumenfeld

Et ses voyages lui font sans cesse découvrir de nouveaux horizons : lorsqu’elle s’éloigne de l’Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, une virée au Mexique lui fait rencontrer Diego Rivera et Frida Kahlo, dont elle acquiert immédiatement des œuvres. Cette collection extraordinaire, mais hétéroclite, n’avait plus vraiment de sens une fois sa propriétaire disparue – sauf pour un éventuel musée Helena Rubinstein… Au lendemain de sa mort, elle est dispersée aux enchères à New York chez Parke-Bernet (devenu Sotheby’s), du 21 au 29 avril 1966. Le simple catalogue – soit la bagatelle de six volumes – vaut aujourd’hui quelque mille euros chez les libraires. Chez Madame, tout est art…

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Helena Rubinstein. L’aventure de la beauté

Du 20 mars 2019 au 25 août 2019

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