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Grand nom de la sculpture moderne anglaise, Henry Moore (1898–1986) est un artiste de la figure. Mais loin de la figuration traditionnelle, il a abordé la forme humaine avec des qualités d’abstraction nouvelles. Souvent monumentale, son esthétique s’inscrit dans l’espace avec laquelle elle dialogue. Son prestige a dépassé les frontières de son pays natal.
Portrait d’Henry Moore
© Mark Gerson / Bridgeman Images
« Pour moi, la figure humaine reste la plus intéressante parce qu’elle exprime nos propres sentiments. »
Né en 1898 dans une famille nombreuse en Angleterre, dans un milieu étranger à l’art, Henry Moore est initié à la sculpture par l’une de ses professeurs. Il s’apprête à devenir lui-même enseignant. Mais le déclenchement de la Grande Guerre le contraint à partir, encore très jeune, s’abîmer dans les tranchées du front franco-allemand.
De retour de la guerre, Henry Moore enseigne et s’inscrit parallèlement dans une école d’art. À Leeds, il acquiert toutes les bases techniques et se forge surtout une culture artistique. Il découvre l’art moderne, et bientôt Cézanne, qui jouera un rôle majeur dans sa formation. Moore comprend que l’art moderne n’a pas à imiter la réalité, mais cherche à exprimer une vérité intérieure. En 1921, il intègre le Royal College of Art de Londres. L’enseigne académique le déçoit et le jeune artiste préfère se former seul, en allant admirer les œuvres de Michel-Ange au British Museum.
Le cœur des années 1920 est un temps de voyage et de découverte pour l’artiste, entre Paris et Florence. Il acquiert une grande connaissance de l’art de la Renaissance italienne. Moore s’intéresse aussi aux cultures archaïques et aux primitifs, notamment à l’art des Cyclades qui le séduit par son épure et sa grande stylisation. En 1925, il devient enseignant au Royal College of Art pour gagner sa vie et commence à répondre à des commandes publiques.
Dans les années 1930, Moore se découvre une passion pour la figure, suite à son mariage avec Irina Radetsky, une étudiante. Le couple s’est installé dans le Nord de Londres, où il fréquente d’autres artistes tels que Barbara Hepworth. Henry Moore continue d’enseigner, et son travail personnel gagne quant à lui en maturité, cherchant sans cesse plus de simplicité dans l’expression de la forme, aux frontières de l’abstraction. Il participe à certains mouvements d’art moderne britanniques, se rapproche aussi des surréalistes. Malheureusement, la Seconde Guerre mondiale impose un nouveau temps d’arrêt.
Après la guerre, la carrière de Moore prend son véritable envol. Ses Figures allongées sont admirées à travers l’Europe et il remporte le Prix international de sculpture à la Biennale de Venise en 1948. Il reçoit d’importantes commandes internationales, dont une pour le bâtiment de l’Unesco à Paris en 1957. Ses œuvres généralement monumentales sont le résultat d’un long travail préparatoire, qui passe par le dessin, l’élaboration de maquettes modelées ou travaillées en plâtre. En 1977, une fondation à son nom est créée au Royaume-Uni et l’artiste cumule tous les honneurs officiels. Il s’éteint en 1986.
Henry Moore, Reclining Figure (figure couchée), 1951
Paris, jardin des Tuileries
Bronze • 1.1 m x 2.25 m x 0.65 m • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Georges Meguerditchian / Henry Moore Foundation / © The Henry Moore Foundation. All Rights Reserved, DACS/Adagp, Paris, 2024 www.henry-moore.org
Reclining Figure (figure couchée), 1951
Entre figuration et abstraction, cette œuvre est typique du style d’Henry Moore, qui cultive comme son aîné Constantin Brancusi un rapport nouveau à l’espace. La figure humaine est très stylisée et entrecoupée de vides. Bien qu’elle soit monumentale, Moore travaillait d’abord d’après des maquettes en plâtre, qu’il agrandissait pour atteindre cette échelle.
Henry Moore, King and Queen, 1952–1953
Atami, Moa Museum of art
Bronze • 164 cm • © Yoshi Canopus
King and Queen, 1952–1953
Henry Moore s’est longtemps intéressé au thème de la famille et du couple. Ici encore, l’artiste se montre inspiré par l’art des Cyclades, ces cultures anciennes dont l’art dialogue avec le monde naturel. Ses œuvres sont ainsi perçues comme universelles, incarnant des thèmes positifs comme l’union, l’harmonie. Douces et pleines, ses pièces sont un peu l’antithèse des créations tourmentées de son contemporain, Francis Bacon.
Henry Moore, L’archer, 1964–1965
Toronto, Nathan Phillips Square
Bronze • 325 cm • © Leonard G
L’Archer, 1964–1965
En 1972, Toronto inaugure la plus grande collection au monde d’œuvres de Henry Moore, à l’Art Gallery of Ontario. La ville expose également une commande publique due au sculpteur sous le titre de l’Archer. Le titre est narratif et peut évoquer l’Héraklès archer de Bourdelle, mais la forme apparaît nettement plus abstraite. Il se différencie ici de la sculpture classique, figurative, plus habituelle dans le monument public encore à cette époque.
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