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Incubateurs culturels : où les rêves deviennent innovations

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Publié le , mis à jour le
« Période de la vie d’un jeune animal pendant laquelle il se développe dans un abri biologique et bénéficie d’une protection parentale » : voilà la définition de l’incubation dans le Larousse. Le terme a depuis quelques années inspiré un lieu essentiel pour les start-ups, leur offrant un espace de travail, un accompagnement et, parfois, un financement. De Paris à Montpellier, des incubateurs se tournent vers l’art et la culture. Tour d’horizon.
Atelier networking à la Halle Tropisme à Montpellier
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Atelier networking à la Halle Tropisme à Montpellier

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© Marielle Rossignol

Qui n’a pas connu ce moment d’excitation intense, en discutant avec quelques amis d’un grand projet autour d’une tasse de café ? Fonder un magazine, monter une exposition, inventer une application culturelle… Ce frisson au creux du ventre disparaît parfois au fil des jours – et parfois, non. Car à l’heure de la folie des start-ups et de la multiplication des success stories, les possibles semblent infinis : une idée peut devenir entreprise, un rêve peut devenir réalité. Les incubateurs sont là pour renforcer les débuts fragiles, et offrir aux nouvelles micro-entreprises des espaces de travail, des conseils, des formations et des financements. Le tout, pour des prix débutant autour de 160 euros par mois.

La Fabrique Numérique – salon professionnel de la Biennale les Bains numériques à Enghien-les-Bains
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La Fabrique Numérique – salon professionnel de la Biennale les Bains numériques à Enghien-les-Bains

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© Centre des arts, Enghien-Les-Bains

À Enghien-les-Bains (Val-d’Oise), le Centre des Arts – lieu spécialisé dans les arts numériques qui organise expositions, spectacles et projections de films – accueille depuis 2015 un incubateur nommé Numeric Lab. Pour 250 euros par mois, les entrepreneurs bénéficient d’un bureau privé (entre 10 et 16 mètres carrés), d’un studio numérique (gratuit 5 jours par an, payant ensuite) et de matériel de production audiovisuelle (payant). Ils peuvent louer un auditorium, avoir accès à une salle modulable selon les événements ou travailler dans le café coworking du Centre des Arts. Aussi, profitant de l’esprit collectif de l’incubateur, le Numeric Lab organise régulièrement des rencontres, et met en avant l’idée d’un environnement stimulant et créatif, au contact avec les artistes en résidence. Et pour ouvrir au plus grand nombre son expertise, le Lab a lancé un podcast : le premier épisode, sorti en février, éclaire « les défis de la gestion du temps à l’ère du digital  ».

Les start-ups, sélectionnées sur dossier, peuvent y travailler durant un an (renouvelable une fois) : actuellement, le Numeric Lab accueille trois « incubés », dont Samapass, une billetterie en ligne qui met en avant des événements artistiques et culturels africains partout dans le monde. Et côté porte-monnaie, la Communauté d’Agglomération Plaine Vallée intervient dans le fonctionnement de l’incubateur en offrant aux entrepreneurs une aide pour dénicher des financements. Ce, lit-on dans l’appel à projet, via des « prêts d’honneur, garanties bancaires, soutien pour des campagnes de crowdfunding et parrainage de chefs d’entreprises en exercice ». Un coup de pouce salutaire, les entrepreneurs s’exposant souvent à de très grands risques financiers personnels.

Profiter d’un environnement poreux

Le Timescope devant la 104Factory
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Le Timescope devant la 104Factory

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© Martin Argyroglo

Depuis son ouverture en 2008, le Centquatre-Paris offre l’exemple réussi d’un lieu où dialoguent les communautés créatives : amateurs de théâtre et d’art contemporain côtoient les jeunes danseurs venus s’entraîner dans la grande nef, mais aussi les familles du quartier qui ne font que passer – le lieu reliant deux rues du 19e arrondissement. Très spontané, cet usage multiple est à l’image du principal argument de la 104factory, incubateur ouvert en 2012 qui accueille chaque année entre 15 et 20 start-ups : « Expérimenter avec les publics ». Autrement dit, profiter du fait que le Centquatre-Paris soit visité par une population diverse et le voir comme un living lab pour tester leurs inventions en interaction avec les enfants, les étudiants, les professionnels de l’art et la foule des passants. La société de production de films Gengiskhan, qui se spécialise actuellement dans la réalité virtuelle, témoigne d’une cohérence entre leur projet et le lieu d’incubation : « La manière dont nous envisageons la création immersive implique une grande liberté d’expérimentation, ainsi que la rencontre entre des écritures artistiques plurielles ».

Au contact quotidien avec les artistes qui travaillent dans les ateliers du Centquatre-Paris et avec les autres start-ups sélectionnées – car la 104factory s’organise en open space ouvert 24 heures sur 24 –, chacun peut ainsi évoluer dans un environnement formidablement stimulant. De plus, les start-ups ont la possibilité de présenter le fruit de leur travail lors de l’Open Factory, un rendez-vous qui invite le public à découvrir les projets développés au sein de l’incubateur – la quatrième édition s’est déroulée le 19 janvier 2019 et réunissait 11 start-ups. Parmi elles, La Fabrique de la Danse, qui ouvrira prochainement un espace de 2500 m² dédié au métier de chorégraphe dans le 20e arrondissement de Paris.

Anciennement hébergé au sein de la Gaîté Lyrique, la résidence Créatis déploie aujourd’hui ses 2600 m² de bureaux partagés au cœur du 11e arrondissement. Les entrepreneurs de la culture et des médias (plutôt aguerris) peuvent y travailler pendant trois à douze mois, et recevoir une aide adaptée à leur taille et à leur ambition. Ici, le maître-mot est « écosystème » : de nombreux experts sont présents sur place pour fournir une aide fréquente à des tarifs relativement bas, des événements sont régulièrement programmés et l’accent est mis sur l’animation quotidienne de la communauté. Surtout, la sélection des entrepreneurs reflète une certaine cohérence dans la communauté, afin que les coworkers puissent échanger naturellement. Aujourd’hui, Créatis a grandi au point de faire des émules à Bruxelles et à Lyon. L’incubateur se double ici d’un rôle important pour les entreprises déjà établies : celui d’accélérateur, en multipliant ses partenariats avec des institutions internationales. Prometteur !

Les musées pour terrain de jeu

Même les grandes institutions traditionnelles, de plus en plus sensibles à l’innovation et au numérique, s’y mettent ! En témoigne le Centre des monuments nationaux (CMN), qui a décidé avec son Incubateur du Patrimoine de mettre en avant la valeur de ses lieux. Ouvert en juin 2018, il accompagne actuellement sept start-ups et propose à chacune d’expérimenter ses idées au sein de la centaine de châteaux, musées et lieux patrimoniaux dont il dispose. Parmi les initiatives les plus séduisantes, celle de Ce que mes yeux ont vu : cette jeune start-up se définit comme un « générateur de lien social  » et organise des ateliers avec des publics éloignés du monde de l’art. Le 27 novembre 2018, Ce que mes yeux ont vu a profité de son incubation au sein du CMN pour organiser, sous l’impressionnante coupole du Panthéon, une lecture de commentaires d’œuvres d’art (qui décrivent, à plusieurs voix et en quelques minutes, la création et l’histoire de peintures du XIXe siècle). 27 visiteurs qui ne se connaissaient pas (salariés, individus en réinsertion, retraités…) ont participé. Ces lectures ont été enregistrées, sont écoutables sur leur site et se savourent comme des petits podcasts.

Dans ces lieux de travail hybrides, le numérique est un outil clé qui décloisonne les disciplines et regarde constamment vers un futur plus collectif.

L’Incubateur du Patrimoine fournit aux start-ups un accompagnement d’une année, entièrement gratuit, qui va de pair avec cette mise à disposition du patrimoine français. Les jeunes entrepreneurs ne bénéficient pas d’un bureau, mais peuvent discuter avec des experts (en communication, ressources humaines, stratégie commerciale, etc.), et participer à des rencontres, des ateliers ou des sessions d’accélération (qui visent à débloquer les problèmes rencontrés).

Un accompagnement ancré dans l’univers muséal, à l’instar de celui proposé par les Ateliers de Paris. Ceux-ci accueillent artistes et créateurs en résidence dans le 11ème arrondissement : en plus de l’atelier et des services d’accompagnement fournis pour un prix compris entre 165 et 272 euros par mois la première année (selon la taille du local), les incubés bénéficient de la galerie des Ateliers de Paris, qui expose chaque année une centaine de créateurs et accueille plus de 20 000 visiteurs. Avec, en plus, des événements organisés pour les Journées Européennes des Métiers d’art et des partenariats avec des institutions internationales. À savoir : l’appel à candidatures pour la prochaine session est ouvert ! Les dossiers sont à rendre avant le 8 avril 2019.

Des lieux au croisement des disciplines

La Halle Tropisme à Montpellier
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La Halle Tropisme à Montpellier

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© Marielle Rossignol

Qui dit incubateur, dit innovation. Car, dans ces lieux de travail hybrides où tout un chacun invente son propre métier, sa propre histoire, le numérique est un outil clé qui décloisonne les disciplines et regarde constamment vers un futur plus collectif. Installée en 2018 sur un ancien site militaire de 4000 m² à Montpellier, la Halle Tropisme souligne « la façon dont les nouvelles technologies et innovations sociales ont un impact sur la création artistique et la société en général » et se définit « comme un lieu de croisements entre les différents champs qui constituent les ICC (industries culturelles et créatives) – spectacle vivant, arts visuels, gastronomie, jeu vidéo, nouvelles images, arts de vivre, médias, architecture, design ». Rien que ça !

C’est pourtant vrai : se croisent en ce moment, sous les verrières, la compagnie de théâtre d’Anne Nguyen, les éditeurs de Philippe Picquier, l’architecte Laurence Calafat, le fabricant de boissons artisanales Yann Lioux… Tous ont donné un coup de jeune à leur carrière en profitant d’outils nouveaux, et racontent volontiers l’importance des échanges que favorise la Halle Tropisme dans leur (nouvelle) conception du travail. L’incubateur comme lieu de vie vient donner un grand coup de pied dans l’atmosphère néon-machine à café emblématique du bureau, et redonner au travail son sens élémentaire : faire communauté.

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Centre des arts - Enghien-les-Bains

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Centquatre-Paris

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Créatis

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Centre des Monuments Nationaux (CMN)

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Halle Tropisme

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