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Sculpteur majeur du romantisme français, portraitiste privilégié de Napoléon III, Jean-Baptiste Carpeaux est l’homme de plusieurs chefs-d’œuvre, en particulier Ugolin et La Danse, célèbre groupe sculpté commandé pour orner la façade de l’Opéra de Paris. Carpeaux est aussi un portraitiste réputé de célébrités et de personnalités mondaines de son temps. La vie du sculpteur fut un véritable roman. Génial, tourmenté, ambitieux, rebelle, politique, Carpeaux a marqué l’histoire du Second Empire.
Portrait de Jean-Baptiste Carpeaux, Entre 1860 et 1890
Tirage sur papier albuminé • 9,5 × 5,3 cm • Coll. musée Carnavalet, Paris • CC0 Paris Musées Collection / Photo Poupin V.
« Plus de lumière ! disait Goethe mourant. Carpeaux, lui, répétait le mot d’ordre de son existence d’artiste épris de vérité : La vie ! la vie ! la vie ! » Jules Claretie
De Valenciennes à Paris
Jean-Baptiste Carpeaux est né à Valenciennes, le 11 mai 1827, dans un milieu modeste. Son père est maçon et sa mère ouvrière en dentelle. Le cousin de sa mère, Henri Lemaire, est un sculpteur célèbre de l’époque. En 1838, la famille Carpeaux déménage à Paris, et Jean-Baptiste, inscrit à la Petite-École, commence à pratiquer le modelage. Élève doué, il dessine d’après l’antique, et se montre. En 1844, doté d’une bourse, Carpeaux devient l’élève de François Rude, sculpteur controversé, puis est admis à l’École des beaux-arts dans la classe de Francisque Duret.
À la conquête du prix de Rome
Après un parcours exemplaire à l’École des beaux-arts, Jean-Baptiste Carpeaux travaille ardemment pour obtenir le prix de Rome qu’il remporte, en 1854, sur le thème d’Hector implorant les dieux en faveur de son fils Astyanax. Deux ans plus tard, il est à la Villa Médicis, à Rome. Carpeaux s’y révèle assez rebelle face à l’Académie, qui lui demande des envois. C’est à Rome qu’il entreprend son Ugolin, une œuvre puissante mais non conforme au règlement. Carpeaux se fait de solides amis, en particulier le sculpteur Alexandre Falguière. À Rome, il admire Michel-Ange auquel il voue un véritable culte. De retour à Paris en 1862, il est introduit à la cour impériale de Napoléon III. En 1869, Carpeaux se marie avec Amélie Clotilde de Montfort, d’un milieu plus favorisé que lui. Le couple, dont la relation est passionnelle, a trois enfants.
Un sculpteur proche de la cour impériale
Bien que Carpeaux soit républicain en privé, il devient l’un des proches de la cour de Napoléon III. À partir de 1864, il est invité à Compiègne, profitant d’un appartement proche de celui du couple impérial. Carpeaux y déploie son talent de portraitiste : il réalise les bustes de la princesse Mathilde, de l’impératrice et un portrait du jeune prince. Le sculpteur ne débute le portrait sculpté de Napoléon III qu’après la chute du Second Empire, en 1871, et sera achevé après sa mort en 1873. Carpeaux resta toujours fidèle au couple impérial, même pendant leur exil en Angleterre.
Carpeaux monumental
Grand sculpteur d’architecture, Carpeaux reçoit d’importantes commandes dans les années 1860, telles que la fontaine des Quatre-Parties-du-Monde (inaugurée en 1874), le relief de Flore (1865) pour le pavillon du même nom du nouveau Louvre confié à l’architecte Hector Lefuel, et La Danse (1869), célèbre groupe qui orne la façade de l’Opéra de Paris édifié par Charles Garnier. Ce relief est le plus célèbre de l’artiste. Il résume tout le talent de Carpeaux : une grande liberté d’exécution, un modelé vivant et vibrant, un style baroque. Se différenciant nettement des autres groupes néoclassiques de la façade, La Danse fait scandale et est considéré par le public comme obscène en raison du réalisme de ses nus féminins.
Une sombre fin de vie
Après la guerre de 1870, la vie de Carpeaux s’assombrit. Atteint d’un cancer de la vessie, il souffre terriblement. Le tarissement des commandes, en raison du contexte politique, porte un coup fatal à sa trésorerie. Son couple également se délite et se sépare en 1874. L’année suivante, Carpeaux décède à Courbevoie, après avoir cherché à déshériter sa famille. Il n’avait que 48 ans.
Jean-Baptiste Carpeaux, Ugolin, 1863
Groupe en bronze • 194 × 148 × 119 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris
Ugolin, 1863
Sujet dramatique digne de Michel-Ange, Ugolin est sculpté à Rome par Carpeaux pendant son séjour à la Villa Médicis. L’artiste s’écarte des attentes de l’Académie, qui demande un thème mythologique ou religieux. Ici, Carpeaux a emprunté son sujet au chant XXXIII de L’Enfer de Dante qui rapporte l’histoire d’un comte enfermé dans une tour et condamné à manger le cadavre de ses enfants. Le père, Ugolin, occupe la place centrale de cette pyramide tragique, chef-d’œuvre de la sculpture romantique au modelé puissant, expressif et naturaliste.
Jean-Baptiste Carpeaux, Le prince impérial et son chien Néro, 1865
Groupe en marbre • 140,2 × 65,4 × 61,5 cm – poids 317 kg • Coll. musée d’Orsay, Paris • © ARTGEN / Alamy / hemis
Le Prince impérial et son chien Néro, 1865
Carpeaux obtient cette commande à Compiègne, à la cour de Napoléon III. Ce portrait en pied représente le fils unique du couple impérial à l’âge de huit ans, auquel Carpeaux donne quelques leçons de sculpture. Le jeune modèle est en costume de ville, dans une pose naturelle, accompagné de Néro, le chien de l’empereur qui symbolise ici le dévouement et la fidélité. Cette œuvre connut un succès immédiat et fut reproduite par l’édition. L’image du jeune prince fut utilisée par le régime impérial, au titre de la propagande, après le rachat des droits au sculpteur.
Jean-Baptiste Carpeaux, La Danse, 1869
Groupe en pierre d’Echaillon • 420 × 298 × 145 cm – poids 18000 kg • Coll. musée d’Orsay, Paris
La Danse, 1869
Groupe considéré comme l’un des plus scandaleux du Second Empire, La Danse est destinée à orner la façade de l’Opéra de Paris. Elle représente une bacchanale effrénée menée par cinq danseuses aux chairs modelées, autour d’un génie juvénile et androgyne au sexe à peine voilé. Un putto brandit un hochet de fou au pied de la ronde. Très naturaliste, d’un érotisme explicite, le haut-relief est jugé indécent et fut même l’objet d’une attaque de bouteille d’encre peu après son dévoilement, en 1869. L’original est déposé au musée d’Orsay, tandis qu’une réplique le remplace sur la façade du monument depuis 1964.
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