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Influencée par Vincent Van Gogh, Paul Cézanne, Vassily Kandinsky et Claude Monet, Joan Mitchell (1925–1992) a donné naissance à une œuvre abstraite en prise avec la nature et les couleurs, mais aussi avec les sentiments et les émotions. Aux côtés de Jackson Pollock et de Willem de Kooning, elle incarne l’art expressionniste américain des années 1950–1960. Abstraite, son œuvre se concentre dans le geste, une énergie à la fois sensuelle et furieuse. Celle qui aimait peindre sur des toiles de grande dimension vécut longtemps en France, à Vétheuil, près de Giverny, sur les terres de Monet qu’elle admirait.
Robert Freson, Joan Mitchell dans son atelier à Vétheuil, 1983
© Fondation Joan Mitchell
« Je préfèrerais laisser la nature où elle est. Elle est assez belle comme ça. Je ne veux pas l’améliorer. »
Joan Mitchell est née à Chicago dans une famille fortunée et ouverte à l’art (sa mère était poétesse, son père médecin et peintre amateur). À l’âge de 20 ans, elle entame des études d’arts plastiques à l’Art Institute. En 1950, après avoir obtenu ses diplômes, elle s’installe à New York et se rapproche d’artistes abstraits. Joan Mitchell participe à l’aventure de l’avant-garde de l’École de New York. Elle commence à connaître le succès, alors que tant d’autres femmes artistes sont dans l’ombre.
Dans les années 1950, après un premier divorce, Joan Mitchell fait la rencontre de l’artiste québécois Jean-Paul Riopelle. En 1959, Mitchell s’installe à Paris afin de le rejoindre définitivement. Huit ans plus tard, elle fait l’acquisition d’une maison à Vétheuil, au bord de la Seine, tout près du village dans lequel vécut Claude Monet. Le couple vit donc à la frontière de la Normandie, tout en ayant chacun leur atelier. Leur rupture, en 1979, marquera profondément Joan Mitchell. C’est la fin de ce qu’elle appelait « la Vie en rose ».
Joan Mitchell cultive un rapport ambigu vis-à-vis de l’œuvre de Monet. Elle l’admire mais ne veut en aucun cas lui être comparée. Pour autant, les deux artistes ont des points communs : leur observation constante de la nature, leur travail sur la lumière, l’usage des grands formats (surtout dans la dernière partie de la vie de Monet).
Joan Mitchell n’est pas une peintre impressionniste mais expressionniste. Sa peinture est énergique, la gestuelle est essentielle. Son but est avant tout visuel et émotionnel. Les titres de ses œuvres expriment une dimension symbolique, métaphorique, allégorique qui viennent éclairer le sentiment qu’elle exprime à travers le paysage (par exemple, le décès de sa sœur donne naissance à La Grande Vallée, une série de 21 toiles abstraites). L’artiste est très attachée à la notion de souvenir, de mélancolie, de séparation, de traces. Elle aimait peindre de nuit, pour ne pas être dérangée, et signait rarement ses toiles. En 1982, son œuvre fait l’objet d’une rétrospective au musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Elle décède dix ans plus tard.
Joan Mitchell, Sans titre, 1954
huile sur toile • 254 × 203 cm • Coll. centre Pompidou, Mnam, Paris • © Estate Joan Mitchell / © RMN-Grand Palais / Jacques Faujour
Sans titre, 1954
Dans les années 1950, l’œuvre de Joan Mitchell est totalement abstraite. La toile ne représente aucun sujet identifiable : elle montre la peinture elle-même et pour elle-même. Les œuvres de l’artiste expriment une énergie, parfois violente, que renforce l’usage de grands formats. Joan Mitchell était une femme sensible et très réservée, mais aussi passionnée et authentique. Bien qu’elle recherchait la solitude, notamment pour peindre, elle souffrait aussi d’un certain isolement.
Joan Mitchell, Chasse interdite, 1973
huile sur toile • 280 × 720 cm • Coll. centre Pompidou, Mnam, Paris • © Estate Joan Mitchell / © RMN-Grand Palais / Philippe Migeat
Chasse interdite, 1973
Riopelle adorait la chasse, Joan Mitchell l’exécrait. Ce sujet de discorde, comme les infidélités de Riopelle, sont à l’origine de leur rupture. Cette œuvre monumentale se développe sur quatre tableaux. Il s’agit d’un polyptyque. Le geste est plus retenu que dans les œuvres de la période précédente, comme si Mitchell avait observé et retranscrit plus calmement la nature. C’est une forme de poème dédiée à sa sagesse intemporelle.
Joan Mitchell, La Grande Vallée XIV, 1983
huile sur toile • 280 × 600 cm • Coll. centre Pompidou, Mnam, Paris • © Estate Joan Mitchell / © RMN-Grand Palais / Philippe Migeat
La Grande Vallée XIV, 1983
Cette œuvre appartient à la série peinte par Joan Mitchell après le décès de sa sœur. Il ne s’agit nullement de l’évocation de la défunte mais plus largement du thème du souvenir, du refuge, du passé. La Grande Vallée renvoie à un lieu connu dans l’enfance, qui reste accessible et ouvert à notre imaginaire. De multiples coups de pinceaux jaune et bleu (ses couleurs préférées) couvrent la toile, et laissent planer l’influence diffuse du dernier Monet. Le geste est énergique mais sans violence, il évoque surtout l’infini et le retour perpétuel vers soi-même et vers la nature.
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