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George Nelson, Ball Clock, éditée par Vitra, 1948
© Vitra Collections AG
En 1947, aux États-Unis, on ne compte plus tellement sur sa vieille pendule en bois ou son horloge murale pour donner l’heure, mais plutôt sur sa montre bracelet, accessoire fashion par excellence. Pour le designer américain Georges Nelson (1908–1986), directeur de sa propre agence, il n’y a plus de doute : l’horloge traditionnelle n’est désormais bonne qu’à décorer les intérieurs… De plus, il constate que les gens se repèrent grâce à la position relative des aiguilles et non grâce aux chiffres !
George Nelson, Ball Clock, éditée par Vitra, 1948
© Vitra Collections AG
Chargé de créer une collection d’horloges pour le fabricant Herman Miller, le designer se lance alors le défi de créer une gamme décorative aux aiguilles bien reconnaissables pour une lecture simplifiée et instinctive. Naît la fameuse Ball Clock, une horloge en forme d’étoile composée de douze rayons métalliques interrompus par des boules en bois (pour reprendre la position des chiffres). En son centre, l’aiguille des heures dotée d’une flèche et celle des minutes dotée d’une ellipse gravitent sur un disque. Un bijou graphique élégant et ludique, à l’allure presque constructiviste, qui se joue des ombres une fois accroché au mur… Rapidement, le monde de la publicité en fait le must-have des cuisines américaines. « Pourquoi la cuisine, je ne sais pas » avoue Nelson… Peut-être est-ce la pièce de la maison où les minutes (de cuisson) importent le plus ? Toujours est-il que l’horloge devient rapidement un best-seller.
« Je ne sais toujours pas à ce jour qui l’a inventée. Je sais que ce n’était pas moi. »
Dont le véritable auteur demeure encore inconnu ! « Je ne sais toujours pas à ce jour qui l’a inventée. Je sais que ce n’était pas moi », déclare Georges Nelson dans sa biographie « The Design of Modern Design ». Une surprenante révélation… Selon lui, l’horloge est née lors d’une soirée arrosée en compagnie de son assistant Irving Harper (1916–2015), l’inventeur Buckminster Fuller (1895–1983) et l’artiste américano-japonais Isamu Noguchi (1904–1988) qui buvaient tout en griffonnant des idées d’horloges décoratives. Le lendemain, « il y avait ce brouillon que nous avons regardé avec Irving – et quelque part sur ce brouillon il y avait la Ball Clock », raconte Nelson, suggérant ensuite que Noguchi en serait l’auteur « parce qu’il a un don pour créer quelque chose d’extraordinaire en combinant deux choses stupides ». Mais n’oublions pas l’influence de l’énergie nucléaire (découverte au sortir de la Seconde Guerre mondiale) sur Buckminster Fuller, qui donnera vie au premier dôme géodésique. Or, la Ball Clock, avec sa forme éclatée et son disque central, ne fait-elle pas penser à la structure d’un noyau atomique ?
Georges Nelson
© Vitra
« Irving au final, fut celui qui rendit les horloges compliquées, belles, etc… » admet le designer dans sa biographie. Car si l’Histoire retient uniquement le nom de Georges Nelson, considéré aujourd’hui comme l’un des pères du modernisme américain, il ne faut pas oublier le rôle majeur de son talentueux assistant, également à l’origine du fameux canapé Marshmallow (1956), assise ludique composée de coussins ronds et colorés.
C’est donc le duo de choc Nelson-Harper qui donne vie à cette Ball Clock rapidement esquissée au milieu des vapeurs d’alcool, en l’équipant d’un mécanisme à quartz de haute précision, en colorant son disque central et ses douze boules en rouge – superbe audace. Après ce succès fulgurant décliné en plusieurs coloris, le studio poursuit sur sa lancée : les designers de Nelson Associates signeront quatorze autres horloges murales et presque une centaine d’autres (dont des pendules de table portables ou horloges intégrées) dessinées pendant trente-cinq années de travail !
“Sunflower Clock” et “Wheel Clock”
© Vitra Patente AG
La Polygon à l’effet 3D, la Asterisk ou la Turbine évoquant de nouvelles formes en vogue, la Wheel clock, étoile de cylindres de noyer qui semble tourner sur elle-même, ou encore la Sunflower clock, véritable prouesse technique… Pourtant merveilleusement différentes, fabriquées à partir de divers essences de bois ou métaux, les horloges de Nelson se réunissent toutes autour d’un point commun fondamental : elles irradient, à la fois ostentatoires et légères, modernes et décoratives. Depuis 1999, elles sont fabriquées de manière artisanale par la marque Vitra. La Ball Clock multicolore demeure le premier prix (299 €), merveilleux témoin du tournant qu’était l’après-guerre. En 1947, rappelons-nous, le temps n’avait jamais semblé aussi précieux, et les heures aussi prometteuses…
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