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La Figuration narrative en 2 minutes

En bref

Hervé Télémaque, Bernard Rancillac, Eduardo Arroyo, Émile Aillaud, Jacques Monory, Gérard Fromanger… Voici quelques noms attachés à la Figuration narrative, un mouvement pictural né en France au début des années 1960, opposé tant à l’abstraction qu’aux expérimentations des Nouveaux Réalistes. Les membres de la Figuration narrative ne sont liés par aucun manifeste mais partagent un désir commun : le retour à la peinture comme récit, aussi anodin soit-il, aussi engagé puisse-t-il être. Leurs œuvres ont souvent pris un accent esthétique politique et sociétal dans une France bouleversée par la guerre d’Algérie, celle du Vietman et la crise de mai 1968. À chacun de présenter ses mythologies personnelles !

André Morain, Dîner de vernissage de « Mythologies quotidiennes » au restaurant Le Train bleu, à Paris
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André Morain, Dîner de vernissage de « Mythologies quotidiennes » au restaurant Le Train bleu, à Paris, juillet 1964

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Debout de gauche à droite : Samuel Buri, Jean Tinguely, Jacques Monory, Hervé Télémaque, Marie-Claude Dane, Gérald Gassiot-Talabot, Peter Foldes, Bernard Rancillac, Daniel Humair, Antonio Berni, Atila, Cheval-Bertrand, Edmund Alleyn

Assis de gauche à droite : Peter Klasen, Klaus Geissler, Niki de Saint Phalle, Jan Voss

© Photo André Morain

Histoire du mouvement

L’acte de naissance de la Figuration narrative tient en une date : 1964, année qui voit l’organisation de l’exposition « Mythologies quotidiennes » au musée d’Art moderne de la ville de Paris. Bernard Rancillac et Hervé Télémaque, qui en sont les têtes d’affiche, entendent réagir à l’envahissement de l’espace artistique et culturel par les Américains, le pop art en tête.

Les membres de ce mouvement, qui n’ont jamais été liés par aucun manifeste ou document, ne se désintéressent pas de la vie quotidienne, de la culture populaire et de l’actualité, mais ils entendent l’appréhender autrement que par la dérision (pop art) ou l’évitement (abstraction). Pour eux, l’artiste a un rôle véritable à jouer dans la société. Ce sont des militants, qui entendent bien s’exprimer, même si leur message est mal perçu par le monde de l’art qui les prend pour de « faux blousons noirs » (Pierre Restany). Ils organisent plusieurs expositions de groupe, qui réunissent entre autres Émile Aillaud, Eduardo Arroyo, Henri Cueco, Antonio Recalcati et Gérard Tisserand.

La notion de récit, de narrativité, qui avait été éclipsée dans l’ADN de l’art moderne, revient en force au travers de leurs propositions picturales. Ils adhérent à l’importance de la peinture d’histoire, mais sans le vernis de l’académisme. La peinture et l’histoire ne doivent faire qu’un. Ces artistes sont ainsi particulièrement attentifs aux évènements de mai 1968.

Jacques Monory est sans doute l’un des artistes les plus connus de la Figuration narrative. Passionné de cinéma, il réinvente dans ses toiles sa propre fiction personnelle, en couleur bleue. Unité de lieu, de temps et d’action : chaque œuvre de Monory s’impose comme un plan-séquence qui manifeste une forte tension dramatique. On ne sait pas s’il s’agit de scènes tirées de la vie réelle ou d’un scénario à la Alain Resnais ou Chris Marker. D’abord passé par l’abstraction, Monory est revenu vers la figure en 1962. L’artiste travaille beaucoup à partir de photographies, prises par lui-même ou d’autres, qu’il agrandit et peint, à l’aide d’une couleur monochrome. De cette manière, il brouille les pistes entre la réalité et la fiction, le réel et le rêve, voire le cauchemar ou l’hallucination.

Hervé Télémaque, de culture haïtienne et qui a passé un long séjour aux États-Unis, joue sur une narration décalée, dans laquelle il insère souvent des images issues de la bande dessinée. Ses thèmes de prédilection sont l’exil, les discriminations et les préjugés racistes.

Gérard Fromanger est un peintre de la foule contemporaine, forte ou victime de son anonymat. Il est l’un des fondateurs de l’Atelier populaire ouvert à l’École des Beaux-arts de Paris en 1968, période de trouble pour l’institution. Les affiches produites par cet atelier ont accompagné les luttes des étudiants et des ouvriers. Cet ami d’Alberto Giacometti, de Jean-Luc Godard et de César, a toujours aimé livrer bataille. L’artiste travaille par série, développant dans les années 1960 une peinture à contenu sociologique, qui interroge les combats politiques conduits par les masses populaires.

Des œuvres clés

Eduardo Arroyo, Cavalier espagnol
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Eduardo Arroyo, Cavalier espagnol, 1970

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Huile sur toile • 162 × 130,5 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / image Centre Pompidou, MNAM-CCI © ADAGP, Paris 2020

Eduardo Arroyo, Cavalier espagnol, 1970

L’artiste d’origine espagnole s’est installé en France en 1958. Son travail, fort en parodie et en satire, est tout en théâtralité, n’hésitant pas à emprunter ses grands mythes à l’imaginaire populaire. Ici, Arroyo représente un danseur de flamenco, symbole de l’Espagne pittoresque et touristique, travesti en femme, qui n’est pas sans évoquer l’héritage de Francis Picabia. Arroyo a été fortement marqué par le passé fasciste de son pays d’origine, qu’il tourne en dérision. Un réalisme fort, dans la lignée de Francisco de Goya et de Pablo Picasso.

Gérard Fromanger, Le Rouge
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Gérard Fromanger, Le Rouge, 1968

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Ensemble de 21 sérigraphies • 60 × 89 cm. • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris • © Gérard Fromanger © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Georges Meguerditchian

Gérard Fromager, Le Rouge, 1968

Le rouge est la couleur du désir, mais aussi de la révolte et du conflit. Fromanger le sait bien, lui qui est né en 1939, à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Cet album de 21 sérigraphies a été réalisé par l’artiste en plein mai 68. Il y interprète certaines photographies d’émeutes populaires. Les personnages non identifiables incarnent l’utopie d’une révolution politique et sociétale auxquels les membres de la Figuration narrative adhéraient. Le rouge devient le symbole de la revendication populaire, non sans lien avec les idéaux militants de l’époque.

Jacques Monory, Meurtre n°10/2
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Jacques Monory, Meurtre n°10/2, 1968

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Huile sur toile et miroir brisé avec impacts de balles • 163 × 333.5 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / image Centre Pompidou, MNAM-CCI © ADAGP, Paris 2020

Jacques Monory, Meurtre n° 10/2, 1968

C’est une véritable scène de polar que représente ici Monory, dans cette gamme de bleu hypnotique qui est devenue sa signature. Cette œuvre appartient à une série datant de 1968, alors que le peintre réalisait un projet cinématographique expérimental. Qui est ce personnage paraissant s’échapper de la toile ? Le peintre, le tueur, le témoin ? Monory développe ici le thème du suspens, au cœur du récit et du piège visuel tendu au spectateur.

Par • le 11 février 2020
Retrouvez dans l’Encyclo : Figuration narrative Gérard Fromanger

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