Actu

La jeune artiste ukrainienne engagée Marharyta Polovinko tuée sur le front par un drone russe

Par

Publié le , mis à jour le
Marharyta Polovinko
voir toutes les images

Marharyta Polovinko

i

@mrgrt.plvnk / Instagram

La guerre meurtrière qui déchire l’Ukraine depuis le début de l’invasion russe fin février 2022 vient d’arracher la vie à une jeune artiste engagée, qui servait courageusement sur le front tout en continuant de créer. Originaire de Kryvyï Rih, Marharyta Polovinko (née en 1994) n’avait que 31 ans lorsqu’elle a été tuée le 5 avril par un drone russe. Lors de son enterrement le 11 avril dans le cimetière de sa ville natale, ses proches et frères d’armes lui ont rendu un vibrant hommage.

Son regard intense en disait long. Elle était l’une des voix les plus singulières de la scène artistique contemporaine du pays, rapporte le journal ukrainien The Kyiv Independent. Formée à la peinture à Dnipro puis à l’Académie nationale des beaux-arts de Kyiv, son talent avait rapidement été remarqué. Animées d’une profonde sensibilité, ses œuvres poétiques (portraits, scènes de genre, natures mortes…) accordaient une large place aux laissés-pour-compte, aux personnes invisibilisées, oubliées et marginalisées de la société ukrainienne contemporaine.

Des dessins depuis le front ukrainien

La mère et les frères d’armes de Marharyta Polovinko, artiste ukrainienne, ambulancière et volontaire de la 3e brigade d’assaut, déposent des fleurs lors de la cérémonie funéraire à Krivyi Rih
voir toutes les images

La mère et les frères d’armes de Marharyta Polovinko, artiste ukrainienne, ambulancière et volontaire de la 3e brigade d’assaut, déposent des fleurs lors de la cérémonie funéraire à Krivyi Rih, 11 avril 2025

i

© Alex Babenko / AP / SIPA

Peu après le début de l’invasion, l’artiste s’était mise à produire de nombreux dessins au stylo, griffonnés dans l’urgence et la douleur. Le premier, en réaction aux enfants tués lors de la bataille d’Irpin, représentait une petite fille ailée, flottant comme un ange au-dessus de la ville. Cinq mois après l’éclatement de la guerre, elle s’était rendue dans les régions de Mykolaïv et de Kherson pour aider à reconstruire les maisons détruites, puis s’était engagée sur le front comme volontaire en 2024, en tant qu’opératrice de drone et secouriste, chargée notamment d’évacuer les soldats blessés près de la ligne de combat.

« Avec la guerre, il y a eu plus d’art dans ma vie, mais […] cet art, c’est du sang, de la douleur, de la souffrance. Je ne veux même pas qu’il existe. »

Parce qu’elle voulait à tout prix continuer d’exister en tant qu’artiste et citoyenne, Marharyta Polovinko avait poursuivi son activité artistique sur le front, au milieu des bombes. Suite à des actes d’automutilation causés par des crises de panique, elle s’était mise à utiliser son sang pour peindre des œuvres exprimant ses tourments face à l’horreur du conflit. « Avec la guerre, il y a eu plus d’art dans ma vie, mais […] cet art, c’est du sang, de la douleur, de la souffrance. Je ne veux même pas qu’il existe. Il a de la valeur aujourd’hui parce qu’il fonctionne comme un miroir de la réalité, mais je veux que vienne le moment où il cessera de refléter ce monde ». Ces mots, confiés en novembre 2023 par l’artiste au magazine d’art ukrainien Artslooker, sonnent désormais comme une puissante épitaphe.

Une artiste à l’engagement infaillible

À ses funérailles, ses proches ont rendu hommage à une « artiste talentueuse » au « caractère fort », un « ouragan » de courage, de détermination et d’engagement, qui « pensait que l’art n’existe pas en dehors du monde ». L’artiste, qui devait présenter ses œuvres à Kharkiv en août prochain, laisse derrière elle un témoignage poignant des effets de la guerre.

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi