Pour Benjamin Franklin, « l’homme est un animal fabricateur d’outils ». Et pour le philosophe Henri Bergson, « en définitive, l’intelligence […] est la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils, et d’en varier indéfiniment la fabrication ». Ce qui distingue l’homme de l’animal est donc sa capacité à fabriquer et à créer.
« Homo Faber », tel est aussi le nom de la biennale imaginée à Venise par la Michelangelo Foundation for Creativity and Craftsmanship, fondée en 2000 par Johann Rupert, alors directeur général du groupe de luxe Richemont (Cartier, Van Cleef & Arpels, Vacheron Constantin, etc.), et Franco Cologni (philosophe et ancien président de Cartier). Soit une biennale et une plateforme digitale pour valoriser, découvrir et mettre en réseau des milliers d’artisans d’art du monde entier via une vision contemporaine.
Pendant tout le mois de septembre, les magnifiques bâtiments de la fondation Giorgio Cini, sur l’île de San Giorgio Maggiore, ont accueilli la 3e édition d’Homo Faber, présentant 800 objets créés par plus de 400 artisans de 70 pays dans une scénographie immersive et spectaculaire, prouvant combien l’artisanat d’art n’a rien à envier, par sa créativité, à l’art contemporain. Vases en papier ondulant comme des derviches tourneurs, fauteuil « nid » en lévitation, horloges aux mécanismes féeriques et excentriques tout droit sorties d’Alice au pays des merveilles, service de table en porcelaine comme déformé sous LSD, jouets d’enfants en bois plus hallucinants que le plus fou des jeux vidéo, marmite en cuivre et béton recyclés, chapeaux tissés comme de la dentelle…
Dans ce monde de plus en plus virtuel et intangible, l’objet d’art peut être jouissif et refléter notre capacité de création sans limites.
Une myriade d’objets du quotidien magnifiés par le savoir-faire et l’inventivité d’artisans considérés comme de véritables maîtres – « des trésors vivants », disent les Japonais – mais aussi des jeunes pousses et même des autodidactes. Intitulée« The Journey of Life » (que l’on pourrait traduire par« Le voyage dans la vie »), cette édition d’Homo Faber démontrait combien, dans ce monde de plus en plus virtuel et intangible, l’objet d’art peut être jouissif et refléter notre capacité de création sans limites.
Ces objets nés de « l’intelligence de la main », pour reprendre l’expression portée par la fondation Bettencourt-Schueller, pionnière dans la valorisation des métiers d’art, offrent aussi un autre regard sur notre rapport au temps – celui de la transmission du savoir-faire, celui de la création et de la fabrication, celui aussi de la durée de vie des objets dans notre société du jetable. Partez à la découverte de ces hommes et de ces femmes, de ces savoirs et de ces objets incroyables sur le site internet d’Homo Faber : c’est un véritable voyage dans l’inouï de la vie !
À lire
Geste/s, Beaux Arts Éditions 220 p. • 20 €
Homo Faber
Venise, du 1er au 30 septembre 2024
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique