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Shepard Fairey s’indigne de l’utilisation de sa Marianne par Jordan Bardella, « quelqu’un qui prône la haine et la division »

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Shepard Fairey (Obey) lors de l’exposition “We Are Here” au Petit Palais
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Shepard Fairey (Obey) lors de l’exposition “We Are Here” au Petit Palais, 12 juin 2024

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© Romuald Meigneux / Sipa

Ce détail n’aura pas échappé aux amateurs d’art : à l’arrière-plan de plusieurs vidéos publiées sur les réseaux sociaux par Jordan Bardella, le président du RN actuellement sous le feu des projecteurs à l’approche des élections législatives, se tient une œuvre du street artiste et sérigraphiste américain Shepard Fairey (né en 1970). Également présentée en ce moment au Petit Palais dans l’exposition « We Are Here », cette affiche représente une Marianne stylisée aux couleurs du drapeau tricolore, accompagnée de la devise de la République française « Liberté, Égalité, Fraternité ». Réalisée juste après les attentats du 13 novembre 2015, elle était une manière pour l’artiste, également connu sous le pseudonyme d’Obey, d’exprimer son soutien aux victimes, à la France et à ses valeurs démocratiques…

Cette présence n’a pas manqué d’interroger les observateurs. Certes, les symboles de la France, dont le drapeau tricolore, et le soutien aux victimes des attentats islamistes sont des thèmes privilégiés de l’extrême droite. Mais les commentateurs n’ont pas manqué de contester le respect réel par ce parti des valeurs démocratiques qui composent la devise inscrite sur l’affiche. Et surtout, de souligner que l’artiste Shepard Fairey est un symbole très éloigné de l’esprit du RN

Capture d’écran de la vidéo diffusée par Jordan Bardella sur son compte X
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Capture d’écran de la vidéo diffusée par Jordan Bardella sur son compte X, 21 juin 2024

Connu pour détourner les codes des affiches de propagande politique à des fins positives pour créer un « éveil des consciences », l’artiste doit en effet sa célébrité à son affiche Hope (« Espoir »), diffusée en pleine campagne présidentielle américaine de 2008. Celle-ci représentait le candidat Barack Obama : un démocrate, fils d’immigré kényan, qui s’est imposé comme le premier président noir de l’histoire des États-Unis !

Une copie avait été offerte à Emmanuel Macron

« Un homme politique qui utilise cette image, mais qui ne porte pas une politique qui défend ces valeurs, ne mérite pas de pouvoir l’utiliser. »

Shepard Fairey

Autre élément troublant, Obey avait offert une copie de cette même œuvre à Emmanuel Macron à son arrivée à l’Élysée, si bien qu’elle a figuré en arrière-plan de plusieurs interventions télévisées du président. En la plaçant également derrière lui lorsqu’il se filme dans son bureau, Bardella semble donc signifier qu’il est prêt à prendre la place de Macron. Histoire de bien souligner que le RN ne serait pas incompatible avec l’exercice officiel du pouvoir et la défense de notre devise…

Shepard Fairey signant ses lithographies « Hope Barack Obama » à Los Angeles
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Shepard Fairey signant ses lithographies « Hope Barack Obama » à Los Angeles

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© Damian Dovarganes /AP / SIPA

Cette utilisation de l’œuvre d’Obey lui a valu des accusations de détournement et de réappropriation. « Un homme politique qui utilise cette image, mais qui ne porte pas une politique qui défend ces valeurs, ne mérite pas de pouvoir l’utiliser », a réagi Shepard Fairey, interrogé à ce sujet au micro de France Inter vendredi 21 juin. L’artiste, auquel est consacrée en ce moment une exposition monographique à la galerie Itinerrance à Paris, explique cependant qu’il ne peut pas empêcher le RN d’utiliser sa Marianne. « J’ai fait cette image, je l’ai rendue gratuite pour tout le monde », rappelle-t-il. « Ce que j’espère, c’est que lorsque les gens verront la contradiction ridicule de quelqu’un qui prône la haine et la division et qui essaie de s’associer à cette image, ils se diront qu’il ne peut pas être pris au sérieux. »

Un soutien aux « gens qui s’opposent aux injustices »

L’affiche en question avait été créée par Obey la nuit même de son arrivée en France en novembre 2015. Venu pour suspendre sa sphère Earth Crisis sous la tour Eiffel, il avait débarqué dans un pays secoué par les attentats du Bataclan. Conçue pour exprimer sa « solidarité avec les Parisiens et toute l’humanité », cette Marianne est une variante de l’une de ses précédentes œuvres, Peace Girl, associée au slogan « Make Art Not War » (« Faites de l’art, pas la guerre »). En juin 2016, l’artiste en a tiré une fresque monumentale dans le 13e arrondissement de Paris. Après un acte de vandalisme (la devise avait été rayée et des larmes rouges ajoutées), Obey l’a restaurée et a ajouté une petite larme bleue sur la joue de la Marianne, en soutien aux « gens qui s’opposent aux injustices ». Seul problème avec les concepts louables brandis par Fairey : comme tout slogan, ils peuvent être interprétés à leur façon et repris par tous les bords politiques…

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Swan Song. Shepard Fairey

Du 20 juin 2024 au 15 juillet 2024

itinerrance.fr

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