L’œuvre qui a changé ma vie

Laurent Fabius : « Pour moi, devant un tableau ou une sculpture, le bon critère, c’est… la chair de poule »

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Chaque mois, une personnalité nous raconte sa rencontre décisive avec une œuvre d’art. De Laurent Fabius, on connaît le pilier du Parti socialiste ou le président du Conseil constitutionnel, moins le passionné d’art. Fils d’antiquaire, ami de Pierre Soulages et Yan Pei-Ming, il manie lui-même le pinceau depuis quelques années. Ce qui l’a poussé à écrire sur le caractère matériel et spirituel des polyptyques, thème de son dernier livre à paraître le 20 octobre chez Gallimard.
Portrait de Laurent Fabius
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Portrait de Laurent Fabius

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© AFP / Photo Joël Saget

« Personnellement, je n’ai pas éprouvé comme d’autres ce basculement soudain, cette vision-déclic devant une sculpture ou un tableau précis. Ma vie avec les œuvres d’art a connu plusieurs étapes. La première, jusqu’à mes trente ans, a été marquée par un rejet complet. Mon père, d’une famille d’antiquaires et antiquaire lui-même, nous emmenait, encore enfants, presque chaque semaine, visiter un musée pendant des heures. Ce fut l’overdose. Dans une deuxième phase, j’ai réappris, en autodidacte, à fréquenter les galeries, les artistes, les spécialistes, les salles de vente, avec un plaisir grandissant.

Alberto Giacometti, Femme debout
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Alberto Giacometti, Femme debout, 1957

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Sculpture en bronze • 131,5 × 19 × 32,5 cm • © Succession Alberto Giacometti / © The Estate of Alberto Giacometti / ADAGP, Paris, 2022 / © Bridgeman Images

En 2007–2008, je suis tombé en arrêt devant une Femme debout d’Alberto Giacometti, alors à l’affiche du Centre Pompidou. Devant cette figure, d’une force et d’une fragilité touchantes, j’ai mieux compris que, pour enrichir et transmettre une émotion, il me fallait écrire. En 2010, paraissait mon premier livre Le Cabinet des Douze : regards sur des tableaux qui font la France. Ultime (?) étape : il y a quelques années, je me suis mis moi-même à peindre. Cela m’a permis à la fois de mieux comprendre le point de vue du créateur, tenté de peindre de grands formats et conduit à juxtaposer des panneaux, souvent faute d’espace.

Tel est le point de départ de mes recherches sur les œuvres à panneaux multiples et de mon nouvel ouvrage, Tableaux pluriels – Voyage parmi les polyptyques d’hier et d’aujourd’hui, à paraître. À travers ces étapes, l’art est devenu un pan essentiel de ma vie. Si on me demandait, aujourd’hui, ce qui m’est nécessaire pour apprécier une œuvre, je répondrais volontiers, au-delà de toutes les analyses utiles, que pour moi, devant un tableau ou une sculpture, le bon critère, c’est… la chair de poule. »

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À paraître le 20 octobre

Tableaux pluriels – Voyage parmi les polyptyques d’hier et d’aujourd’hui

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