Andreï Molodkin à côté de son installation “The Red and the Black” contenant du sang humain, pour le pavillon russe à la biennale de Venise, 2009
© Alberto Pizzoli / Afp
Performance, coup de bluff ou chantage réel ? Le 13 février sur la chaîne de télévision britannique Sky News, l’artiste russe Andreï Molodkin (né en 1966) a proféré une menace radicale : si le fondateur de WikiLeaks Julian Assange venait à mourir en prison, il détruira à l’acide seize œuvres d’art signées entre autres de Pablo Picasso, Rembrandt, Andy Warhol et Andres Serrano. Des trésors d’une valeur totale de 45 millions de dollars, qui auraient été donnés par des artistes et des collectionneurs solidaires du projet.
« Je ne fais pas ça pour les détruire, mais pour faire libérer Assange. Aujourd’hui, détruire une œuvre d’art est plus tabou que détruire une vie humaine », a expliqué Molodkin. Basé à Paris et fondateur en 2013 du centre d’art The Foundry à Maubourguet (Hautes-Pyrénées), le Russe, qui a baptisé ce projet « Dead Man’s Switch », s’exprime à la télévision depuis l’entrée d’un coffre de banque suisse de 30 tonnes installé dans le hall d’un ancien sanatorium à Cauterets, en France. À l’intérieur du coffre, on aperçoit plusieurs caisses en bois supposées abriter les œuvres…
Juste à côté figurent un compte à rebours numérique et deux barils, l’un contenant de l’acide en poudre, l’autre de l’explosif. Le compte à rebours est relancé par l’artiste toutes les 24 heures. Si Julian Assange meurt, l’artiste assure qu’il ne le relancera pas, ce qui aura pour effet d’enclencher automatiquement le dispositif destructeur.
Andreï Molodkin, Putin filled with ukrainien blood, 2022
Projection sur l’autel de l’église St John’s à Londres • © The Foundry- Andreï Molodkin
Après s’être réfugié durant sept ans dans une ambassade à Londres, l’Australien Julian Assange est désormais détenu à Belmarsh, une prison londonienne de haute sécurité, pour hacking et violation de l’Espionage Act. En 2010, WikiLeaks (organisation à but non lucratif qu’il avait fondée en 2006 afin de dénoncer des scandales de corruption et de violation des droits de l’homme en publiant des documents classifiés), avait fait fuiter des informations sensibles concernant les activités militaires américaines en Irak et en Afghanistan. Ce 20 février, une audience a justement été ouverte à la Haute Cour de Londres pour examiner la demande d’Assange, qui fait appel de son extradition aux États-Unis, autorisée en 2022.
Cette affaire prend une résonance particulière depuis la mort, révélée le 16 février, du dissident russe Alexeï Navalny dans un centre pénitentiaire sibérien. Molodkin étant lui aussi un dissident (il a signé notamment un portrait géant de Vladimir Poutine maculé de sang symbolisant celui des Ukrainiens, accompagné d’un compteur affichant le nombre de victimes ukrainiennes), il est en apparence peu probable que la Russie soit impliquée dans sa menace artistique. Mais l’opération tombe à pic pour Poutine, qui peut ainsi renvoyer les critiques concernant les prisonniers politiques et les droits de l’homme à son grand ennemi, les États-Unis…
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