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Mouvement d’essence française, le classicisme s’épanouit dans les arts durant le règne de Louis XIV. Ordre, raison et quête de perfection, sont les mots-clés qui le caractérisent. Considéré comme une forme d’âge d’or de la culture et de l’art français, le classicisme correspond à l’édification d’une véritable école nationale. Incarné par Jean Racine dans le champ de la tragédie, par Molière dans celui de la comédie, par Nicolas Boileau et Jean de La Fontaine dans le domaine poétique, le classicisme est associé aux noms de Philippe de Champaigne, Nicolas Poussin et Charles Le Brun dans l’histoire de la peinture.
Nicolas Poussin, Écho et Narcisse, vers 1630
Huile sur toile • 74 × 100 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Scala
L’histoire du classicisme est attachée à la création de l’Académie royale de peinture et de sculpture, en 1648, sous le règne du jeune Louis XIV. Sa fondation signale, en France, l’anoblissement du statut de l’artiste, qui s’éloigne du modèle des corporations. L’Académie compte une centaine de membres, souvent d’anciens maîtres de la corporation ayant changé de statut. Élus, ces artistes passent sous la tutelle du roi et en contrepartie, travaillent pour l’état et doivent présenter leurs œuvres au Salon, la grande exposition annuelle de l’école française. C’est la naissance de l’artiste de cour.
Les peintres adoptent pour modèle l’art grec classique, considéré comme l’expression de la pure beauté, que ce soit dans l’architecture ou dans les beaux-arts. Dans les compositions classiques, les poses sont statiques, le dessin prime sur la couleur, la nature est idéalisée. Ainsi, le classicisme se différencie-t-il du goût baroque, réputé pour son exubérance. Ce retour aux fondements s’est amorcé en Italie (Annibal Carrache, Le Guerchin) avant de gagner la France.
Dans le paradigme classique, les genres sont très hiérarchisés et la peinture d’histoire domine. À portée morale, elle a pour thèmes principaux les sujets bibliques et mythologiques, intégrant aussi l’allégorie. Genre le plus noble qu’un peintre puisse pratiquer, la peinture d’histoire demande une maîtrise parfaite de tous les genres inférieurs (paysage, portrait, scène de genre et nature morte), de l’imagination et de l’érudition.
L’art classique promeut les notions d’ordre, de rationalité, de clarté et de moralité. Contrairement à l’art baroque, qui privilégie les compositions ouvertes et mouvementées, le classicisme s’évertue à donner un cadre lisible aux actions. Il valorise l’intelligibilité et la rigueur. Ce mouvement s’épanouit dans le contexte de la monarchie absolue de Louis XIV, la plus puissante d’Europe. L’art classique devient l’image de la France sur le plan international, faisant rayonner sa magnificence (malgré l’appauvrissement des caisses de l’État). Charles Le Brun, fondateur de l’Académie royale, devient le peintre officiel du roi et prend en charge la décoration des grands chantiers que représentent le Louvre et le château de Versailles.
Philippe de Champaigne, La Cène, 1652
Huile sur toile • 181,4 × 256 cm • Lyon, musée des Beaux-arts • © Bridgeman Images
Philippe de Champaigne, La Cène, 1652
Travaillant pour les jansénistes, Philippe de Champaigne était déjà très célèbre à cette période. Bien que le peintre se soit inspiré de modèles italiens, il innove fortement en plaçant Judas de dos, au premier plan, sur le côté droit de la scène, dans une posture opposée à celle du Christ et le doigt pointé vers lui. La modernité tient aussi dans le traitement de la nappe blanche, qui forme comme un quadrillage géométrique. Ce sujet a été traité à plusieurs reprises par Philippe de Champaigne.
Charles Le Brun, Peintures au plafond de la galerie des Glaces, château de Versailles, 1679
Fresque • Château de Versailles • © Bridgeman Images
Charles Le Brun, Peintures au plafond de la galerie des Glaces, château de Versailles, 1679
Entré au service de Louis XIV en 1647, puis devenu son premier peintre en 1664, Charles Le Brun doit sa réputation aux décors qu’il a réalisés pour le château de Versailles. Non seulement l’escalier des Ambassadeurs, mais aussi la célèbre galerie des Glaces. En trente compositions décorant la voûte, Le Brun magnifie les dix-huit premières années de règne du Roi-Soleil. L’allégorie et la référence à l’antique sont légions dans ce décor impressionnant.
Nicolas Poussin, Éliézer et Rébecca, 1648
Huile sur toile • 118 × 199 cm • Paris, musée du Louvre • © Bridgeman Images
Nicolas Poussin, Éliézer et Rébecca, 1648
Nicolas Poussin, le plus romain des peintres français, incarne l’art classique par excellence. Ici, il représente un sujet biblique tiré de la Genèse, la rencontre entre Éliézer, envoyé par Abraham, et Rébecca, sa future femme. Le thème de la fertilité est omniprésent dans la toile (le puits, les cruches…). La scène est très lisible, aucun personnage n’est tronqué, et le peintre équilibre avec subtilité les couleurs chaudes et froides. Le protagoniste principal occupe le centre de la composition, devant un paysage accueillant et calme qui évoque l’Italie antique.
Hyacinthe Rigaud, Portrait de Louis XIV en costume de sacre, 1701
Huile sur toile • 277 × 194 cm • Paris, musée du Louvre • © Bridgeman Images
Hyacinthe Rigaud, Portrait de Louis XIV en costume de sacre, 1701
Emblème de la monarchie absolue de droit divin, ce portrait du roi à l’âge de 63 ans est devenu l’archétype des portraits officiels au-delà même des ruptures historiques : depuis la Troisième République, les présidents sont représentés dans une posture proche de celle choisie par Hyacinthe Rigaud. Ce peintre, qui obtient le prix de Rome en 1682 et est reçu à l’Académie royale dès 1700, a su gravir tous les échelons de l’institution. Il a été qualifié par Saint Simon de « premier peintre de l’Europe, pour la ressemblance des hommes et pour une peinture forte et durable ».
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