Jean-Siméon Chardin, Le Panier de fraises des bois, 1761
Huile sur toile • 38 × 46 cm • © musée du Louvre / Hervé Lewandowski
L’une après l’autre, des mains anonymes déposent une fraise dans un panier, qui se remplit peu à peu de ces fruits vermillon. « Vous apportez le dessert ? » : telle est l’accroche gourmande de la vidéo mise en ligne le 7 novembre par le Louvre.
Bien ficelée, cette campagne de pub en appelle à la générosité des particuliers, auxquels le musée demande leur aide pour acquérir une nature morte : Le Panier de fraises des bois (1761) de Jean Siméon Chardin (1699–1779). Une savoureuse pyramide de fruits rouges dont on a presque l’impression de goûter la chair, rendue irrésistible par quelques perles de lumière…
Le 7 novembre, le Louvre a lancé une souscription publique pour l’achat de ce « très grand chef-d’œuvre de la peinture du XVIIIe siècle », auquel le groupe de luxe LVMH s’est engagé à participer en apportant les deux tiers des 24,3 millions d’euros nécessaires, soit 15 millions — don qui lui permet de bénéficier en retour d’une réduction d’impôt sur les sociétés égale à 90 % de ses versements. Un million sera également offert par un collectionneur, et 500 000 euros par la Société des Amis du Louvre.
Le musée, lui, complétera en puisant un peu plus de 6 millions dans son budget d’acquisition (qui plafonne à 13 millions d’euros annuels). Il espère réunir le reste, soit 1,3 million d’euros, grâce à un élan de solidarité collectif avec l’opération « Tous mécènes ! » qui, chaque année depuis 2010, demande au public de cofinancer un projet précis.
Jean Siméon Chardin, Autoportrait aux bésicles, 1771
pastel sur papier bleuté • 46,4 × 37,7 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © 2017 RMN Grand Palais presse / Michel Urtado
« Il ne s’agit pas d’un Chardin de plus, mais du Chardin manquant. »
Laurence des Cars
Depuis des décennies, le Louvre rêvait d’acquérir cette œuvre qui avait été exposée pour la première fois en ses murs, au Salon de 1761. Mais la toile se trouvait depuis le XIXe siècle chez les descendants du collectionneur Eudoxe Marcille (1814–1890). Lorsqu’en mars 2022, elle avait été adjugée chez Artcurial à 24,3 millions d’euros pour le compte du Kimbell Art Museum (Texas), l’État français avait suspendu la vente et bloqué l’exportation du tableau en le déclarant trésor national. Statut qui lui donne un délai de trente mois pour le racheter.
Le plus grand musée du monde étant déjà en possession de 41 tableaux de Chardin, dont 24 natures mortes (un record planétaire), plusieurs commentateurs se sont interrogés sur la nécessité d’une telle dépense pour un 42e tableau du maître.
« Il ne s’agit pas d’un Chardin de plus, mais du Chardin manquant », a répliqué la présidente du Louvre, Laurence des Cars, lors de sa conférence de presse du 7 novembre. Rappelant au passage le statut d’icône de ce tableau dont les vibrants contrastes de couleurs, l’épure géométrique de la composition, ainsi que la simplicité magique de la touche, ont inspiré, au XIXe siècle, les peintres Édouard Manet et Auguste Renoir. Pour participer à l’achat, les donateurs ont jusqu’au 28 février 2024.
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